10232018Headline:

Zimbabwe: La victoire du dirigeant sortant, ancien bras droit de Robert Mugabe, a été annoncée dans un climat tendu ; Il a obtenu 50,8 % des suffrages.

Le dirigeant zimbabwéen sortant, Emmerson Mnangagwa, ancien bras droit de Robert Mugabe tombé en novembre, a été élu dès le premier tour de la présidentielle avec 50,8 % des suffrages, a annoncé, vendredi 3 août, la commission électorale.

M. Mnangagwa a devancé le leadeur de l’opposition Nelson Chamisa, qui a obtenu 44,3 % des voix, a annoncé la présidente de la commission, Priscilla Chigumba, lors d’une conférence de presse à Harare, organisée dans un climat tendu alors que l’armée patrouille dans la capitale.

« Par conséquent, Emmerson Mnangagwa Dambudzo du parti de la ZANU-PF est déclaré président élu de la République du Zimbabwe, à compter du 3 août », a déclaré la présidente de la commission électorale, Priscilla Chigumba, sous quelques acclamations.

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a, lui, salué « un nouveau départ », avant d’appeler à l’unité. « Unissons-nous dans la paix, l’unité et l’amour et, ensemble, construisons un nouveau Zimbabwe pour tous », a-t-il lancé sur son compte Twitter.

Résultats contestés
Mais l’opposition a immédiatement rejeté sa victoire, annonçant qu’elle allait saisir la justice. « Les résultats sont faux, (…) nous les rejetons, nous allons dénoncer l’ensemble du processus devant un tribunal », a déclaré Morgan Komichi, porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Nelson Chamisa.

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu que deux présidents, tous les deux issus de la ZANU-PF : Robert Mugabe, qui a dirigé d’une main de fer le pays pendant trente-sept ans, et Emmerson Mnangagwa, âgé de 75 ans, arrivé au pouvoir après un coup de force de l’armée. Celui qui est surnommé « le crocodile » a confirmé dans les urnes son emprise sur le pays.

A l’annonce des résultats dans la nuit de jeudi à vendredi, les rues de la capitale Harare et du fief de l’opposition Bulawayo (sud) étaient désertes. Seuls des militaires et des policiers étaient visibles à des points névralgiques de Harare.

La veille, le gouvernement avait prévenu qu’il ne « tolérerait » aucune contestation, après la mort de six personnes lors d’une manifestation de l’opposition, réprimée par l’armée par des tirs à balles réelles. Les manifestants dénonçaient des fraudes, selon eux, dans le processus électoral.

Lundi, les Zimbabwéens se sont déplacés dans le calme et en masse pour ces élections générales historiques qui devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays où les élections ont été régulièrement entachées de fraude et de violence.

Mais ces espoirs ont été douchés par la répression meurtrière de mercredi, après l’annonce de la victoire écrasante de la ZANU-PF aux législatives.

Le président Mnangagwa a appelé, jeudi matin, à l’apaisement, affirmant vouloir résoudre « pacifiquement les différends » avec l’opposition. Il a aussi assuré avoir été en discussions avec Nelson Chamisa pour tenter de « désamorcer » la crise. L’intéressé a démenti, affirmant « n’avoir eu aucune communication avec lui ».

Inquiétude internationale
La communauté internationale s’est inquiétée de ces tensions post-électorales. Le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale du Zimbabwe, a demandé à Harare de retirer l’armée des rues de la capitale. Le Commonwealth a « catégoriquement dénoncé l’usage excessif de la force contre des civils non armés ». « Quelle perte de temps de s’être inscrit sur les listes électorales, d’avoir voté, pour avoir au final des gens tués », a estimé, dépitée, Sharon Nhamo, une employée de parking de 40 ans.

Le président Mnangagwa, soucieux de se démarquer de son prédécesseur, avait promis des élections libres, pacifiques et transparentes, dans l’espoir d’attirer de nouveaux les investisseurs occidentaux dans son pays au bord de la faillite.

« C’est vraiment décevant », a réagi un autre habitant de Harare, Timie Manuwere, 37 ans, expliquant, cependant, ne pas être surpris. « Je ne m’attendais pas à ce que les choses changent beaucoup avec les élections. Il était très improbable que ces gars abandonnent juste le pouvoir au bout de huit mois. Il faut aussi qu’ils profitent du coup. »

Postes-clés aux militaires
Emmerson Mnangagwa a succédé à Robert Mugabe à la suite d’un coup de force de l’armée, qui a contraint le nonagénaire à démissionner. Le nouveau président a confié à plusieurs militaires des postes-clés dans son gouvernement.

« Nous avons tous été naïfs, y compris la communauté internationale », a estimé Ibbo Mandaza, un analyste du groupe de réflexion Southern African Political and Economic Series (SAPES) basé à Harare.

« Nous avons refusé d’appeler un coup un coup et la communauté internationale a été naïve de penser que les élections seraient libres et justes sous un gouvernement militaire », a-t-il déclaré à l’AFP.

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