02202018Headline:

Abidjan est dure, le chanteur Dickaël Liadé conduit wôrô-wôrô

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Ligne Deux-Plateaux mobil-Yopougon-lavage
Dickaël Liadé conduit wôrô-wôrô

On le savait chanteur, chantre du tradi-moderne. Mais chauffeur de taxi wôrô-wôrô, c’est une autre facette de Dickaël Liadé, alias “Vava”, qu’on ignorait. Découverte au volant.

 

Au départ, cela ressemblait à une blague. Comme les “Affairés” en font souvent sur les artistes. Ou même une simple rumeur. “Le chanteur Dickaël Liadé serait devenu chauffeur de taxi wôrô-wôrô sur la ligne Deux-plateaux-Yopougon”, entend-on ici et là. Vrai ou faux ?

Nous décidons d’aller le vérifier par nous-mêmes, ce vendredi 27 septembre. Il est 16h30mn quand le photographe et moi, arrivons à la gare de wôrô-wôrô des Deux-plateaux, située en face de la station Mobil. L’endroit grouille de monde. Mais l’artiste est invisible. Renseignements pris, il est encore à Yopougon. Nous tentons donc de le joindre sur son téléphone- portable. «Je suis sur l’autoroute, j’arrive dans une trentaine de minutes», dit-il. Nous en profitons pour échanger avec un syndicaliste du nom de Traoré Moussa. «Y a tout le monde à la gare ici, confie-t-il. Officiers de police encore en fonction, hauts cadres à la retraite, tous conduisent leurs propres taxis. Donc le cas de Dickaël ne nous a pas vraiment surpris. On a trouvé ça bien. C’est une preuve de simplicité. Et puis, c’est un commerce comme tout autre». Du côté des “chargeurs”, Dickaël est aussi apprécié. «Le vieux-père Vava est trop cool. Il nous respecte et il nous gère bien», affirme “Ancien”, l’un des doyens des chargeurs.

Autour de 17 heures, le chanteur-chauffeur entre avec son taxi à la gare. C’est une voiture de marque Nissan, immatriculée 333 EG 01, 4 portières, de couleur grise. Il en descend vêtu d’un complet survêtement bleu-blanc, basket aux pieds et casquette vissée sur la tête. «J’espère que vous n’avez pas attendu longtemps ?», glisse-t-il avec un large sourire. Avant d’aller saluer ses “collègues” et chef Soro, l’un des patrons des syndicats. ‘’Ancien’’ recharge immédiatement le taxi de Dickaël. Deux jeunes clientes montent à bord, plus le photographe et moi. Il est 17 H 20 mn, quand nous quittons la gare à destination de Yopougon-Lavage. Au niveau des feux tricolores du carrefour Mobil, Dickaël Liadé “cale le moteur” deux fois. La voiture s’arrête en pleine chaussée et les klaxons fusent de partout. Il a un problème d’embrayage qui ne passe pas. L’artiste ne panique pas. Mais cela nous donne des sueurs froides. «Aujourd’hui-là, on est star aussi, c’est notre artiste même qui nous conduit», lance l’une des passagères, prénommée Djénéba. Des propos qui détendent l’atmosphère. Djénéba et la deuxième passagère, Linda, nous révèlent, chemin faisant, qu’elles ne savaient pas que Dickaël Liadé conduisait wôrô-wôrô. Elles sont surprises, mais elles n’y trouvent pas d’inconvénients. Surtout que c’est le sien. Un avis très différent de ceux de certaines personnes, en particulier des gens du show-biz. «Des artistes se moquent de moi. Des mélomanes racontent que je suis tombé. Même des parents ont mal pris ça au départ. Jusqu’à ce qu’ils comprennent que le transport est une passion pour moi depuis l’enfance. Car j’ai grandi dans une famille dioula, transporteur de père en fils», raconte “Monsieur Vava”.

Mais comment s’est-il retrouvé à conduire le wôrô-wôrô, avec son standing de star ? «J’ai commencé ce business depuis 2005 avec un taxi-compteur et deux wôrô-wôrô, rappelle-t-il. Chaque chauffeur de wôrô-wôrô me donnait 10 000 F par jour. Avec pleins de problèmes de pannes, de rackets de policiers, etc. Les bénéfices étaient finalement maigres. Alors j’ai pris le volant pour faire l’expérience moi-même. Curieusement, j’ai gagné près de 20 000 F net après les charges à la fin de la journée. Depuis ce jour, quand je peux, je remplace mes chauffeurs pour rouler».

Arrivé au niveau de la station Shell du Banco, le taxi commence à laisser échapper une épaisse fumée noire. L’inquiétude se lit sur tous les visages. Que se passe-t-il encore ? «Il n’y a plus suffisamment d’eau dans le radiateur, mais ce n’est pas grave. On va se débrouiller pour arriver à Siporex», rassure Dickaël.

Une fois à Siporex, au niveau de la gare UTB, Dickaël ouvre le capot d’où s’échappe encore la fumée et remplit le radiateur. C’est l’attroupement. Des badauds l’interpellent de partout. Avec des propos parfois sympas, parfois moqueurs. «Mon frère, il n’y a pas de sot métier, ne t’occupe pas des gens-là», commente Djénéba, qui descend à Keneya. On dépose Linda, elle, au carrefour Saint-André. Une policière qui nous aperçoit, pensant avoir reconnu l’artiste, crie : «Eh, c’est Boni Gnahoré !». Une grosse méprise qui fait marrer Dickaël.

Il est 17 H 50 minutes, quand nous atteignons SICOGI-Lavage. Après un voyage quelque peu mouvementé à bord du wôrô-wôrô de notre star de chauffeur d’un jour, qui est à la recherche de chauffeurs professionnels. A bon entendeur…

Par Eric Cossa
ecossa@topvisages.net

 

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