03302017Headline:

Alpha Blondy/De Houphouët à Ouattara, en passant par Bédié, Guéi et Gbagbo, agit-il pour la Côte d’Ivoire ou pour ses propres intérêts ?

alpha politique
Qualifié de fou au départ de sa carrière pour son verbe direct, tranchant et critique et des illustrations mal comprises tirées de la Thora, de la bible, du Coran, la star ivoirienne Alpha Blondy demeure malgré toutes les invectives une voix qui compte au-dessus des partis politiques en Côte d’Ivoire.
«Quand vous avez, le pouvoir de regrouper mille, deux mille, dix mille, cent mille personnes ou un million de personnes, il viennent systématiquement vers vous», disait-il en 2012, parlant des hommes politiques.
Depuis Houphouët-Boigny, face à qui il a eu le courage de chanter ‘’Politiki’’et dénoncer tous ceux qui sont dans l’entourage du ‘’vieux’’, Blondy, qui dit n’être pas un politique mais un [simple] chanteur et un vrai thermomètre, a eu des lectures sur la gestion du pouvoir [Félix Houphouët-Boigny, Bédié, Guéi, Laurent Gagbo, Alassane Ouattara] qui lui ont souventes fois donné raison (trop tôt) et attiré par ailleurs le courroux de plus d’un.
«Je fais mes chansons, j’alerte. Après, on me dit toujours : ‘’Alpha, tu avais raison, on aurait dû t’écouter’’. C’est ça qui m’énerve», déplorait-il en 2011, expliquant la mauvaise lecture faite de ses chansons.
Si une grande partie de la population ivoirienne a vu en lui le défenseur de leur cause, elle n’a maintes fois pas compris ses rapports avec les dirigeants qui se sont succédé jusqu’à ce jour en Eburnie. Aujourd’hui comme hier, le chanteur, éveilleur de consciences, a ‘’décidé de ne plus en parler’’ parce que n’ayant ‘’plus rien à dire’’.
Cette position est une répétition de l’histoire et de ses tirades à l’endroit des dirigeants qu’il a tous côtoyés. «Je suis fatigué de toujours vous mettre en garde. Je ne veux plus avoir raison», se vantait-il en 2011.
Son mutisme malgré la grogne sociale, la tension entre étudiants et policiers à l’université Félix Houphouët-Boigny, la réconciliation nationale en berne, la lutte de succession qui fait rage au sommet du pouvoir d’Abidjan, rappelle déjà sa position déclarée en 2008. «Tout le monde pense qu’il est politicien. Il faut qu’on laisse aux politiciens le soin de faire de la politique», se rétractait-il.
Si, dans ses prises de positions, certains voient un double-jeu, Alpha Blondy,  qui n’a toujours jamais voulu ‘’vivre pour vivre de guerre’’ en Côte d’Ivoire, avait été l’initiateur d’un plan de rapprochement des acteurs politiques ivoiriens : Laurent Gbagbo, Ouattara, Soro… Le plan n’aboutira pas car le messager ne pouvait rapprocher des êtres qui n’en voulaient pas.
Aujourd’hui proche de Gbagbo, demain proche de Ouattara, Alpha Blondy agit-il  pour la Côte d’Ivoire ou pour ses propres intérêts ?
Messager de paix et d’amour, le chanteur,  malgré tout le mal qui lui est reproché, ne renonce pas pour autant à mener les politiques à la raison. D’où le chant «Querelles inter-minables» tiré de de l’album Positive Energy (2015) qu’il a écrit pour la Côte d’Ivoire parce que ‘’ce n’est pas les Ivoiriens qu’il faut réconcilier mais la famille politique ivoirienne’’.
Infatigable, même s’il décroche le temps d’une pause, le rapprochement Blondy – Gbagbo, son candidat face à Ouattara, lui avait valu beaucoup d’inimitiés dans le camp adverse (Pdci Rda, Rdr). Mais, le chanteur qui disait‘ ’adorer’’ Gbagbo en 2008 avait entre autres ses raisons : «C’est lui le mal qui a sauvé la Côte d’Ivoire, disait-il de Gbagbo. Quand il y a eu la querelle Alassane Ouatara-Bédié et que Robert Guei est venu faire un coup d’Etat, s’il n’y avait pas Gbagbo, on serait dans la merde. Donc, aujourd’hui, Dieu merci, Gbagbo est là et le pays marche. On a connu la guerre, mais la situation pouvait être plus dramatique».
Si des voix l’ont cependant accusé de vouloir casser le rapprochement des héritiers de Houphouët [Houphouëtisme dont se réclame Alpha], Blondy – messager de la paix et facilitateur des accords de paix de Ouagadougou, entre le pouvoir de Laurent Gbagbo et la rébellion des Forces nouvelles menée par Guillaume Soro – a tenu à aller vainement au bout de la mission à lui confié.
Rapports d’intérêt personnel ? Quand le chanteur devait réunir à Abidjan et à Bouaké les populations ivoiriennes pour communier dans la paix alors qu’il n’avait pas d’argent [Il lui fallait 300 millions de FCFA], Gbagbo lui a donné 50 millions de Fcfa quand ‘’certains ont contribué à hauteur de 2 à 5 millions’’.
Fils du nord, son rapprochement avec Gbagbo (fils de l’ouest) était pour lui l’équilibre qu’il apportait à la situation politique de crise tendue entre Ouattara et Gbagbo.
Au lendemain de la présidentielle de 2010, le chanteur se désolidarisera, au nom de la paix, de Gbagbo l’appelant à reconnaître la victoire de Ouattara et d’éviter un bain de sang.
S’il a bien pu recevoir des aides de certains politiciens pour embarquer les Ivoiriens dans des caravanes ou concerts de réconciliation et de paix, Blondy prêche pour la paroisse Côte d’Ivoire, voulant toujours donner une thérapie collective.
«Ce que j’aime chez Alpha Blondy, confiait dans un reportage vidéo en 2012, il est comme Jésus. Quand on a besoin d’adorer quelqu’un, c’est lui qu’on sort. Quand on besoin de crucifier quelqu’un, c’est lui qu’on va chercher. Des fois, c’est pénible».
Naïf en politique, Blondy en paie le prix.
S’il en a payé le prix, Blondy, qui reconnait être un ‘’naïf politique’’, ne cache pas pour autant qu’il a été trahi par Gbagbo. «Je ne suis pas un politicien, je suis un artiste», précise-t-il.
Rejoignant le camp Ouattara après sa prise de pouvoir en dénonçant toutefois la ‘’déportation’’ par Alassane de Gbagbo à la Haye, le chanteur, qui essuiera les critiques acerbes des pro-Gbagbo, défendra contre vents et marées [au grand mécontentement des pro-Ouattara dont il est dit proche]  la libération de l’ex-président et de Charles Blé Goudé.
Le résultat escompté à la Haye, où il a fait le déplacement sans pouvoir rencontrer Gbagbo, ne sera pas ce qu’il entendait. Depuis, Alpha Blondy, qui n’est pas (plus) écouté par le pouvoir Ouattara sur le sujet de la libération des détenus de la Haye, a tiré sur le frein en main et s’en tient à ‘’des choses sur [sa] page Facebook’’. «La réconciliation, ce n’est pas un vain mot, c’est un comportement», écrivait-il récemment, paraphrasant la citation «La paix, ce n’est pas un vain mot, c’est un comportement».

Alpha est découragé. Est-ce parce que Ouattara est plus dur en affaires ? Celui qui a toujours pu tirer son épingle du jeu, et a toujours su tirer des avantages en espèces et en nature (terrains, autorisations, exonérations…) du locataire du palais présidentiel, se heure au client dur d’oreille Ado.

S’il est arrivé à Blondy de plaider pour la Côte d’Ivoire, il l’a toujours fait d’une manière qui ne fâche pas le Prince et qui puisse garantir ses intérêts propres. Il est le plus sain des fous du reggae.
Cheick Koné
abidjanactu

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