03302017Headline:

Ce que David Tayorault révéle sur Premier Gaou de Magic System…

david tayauro

Interview / David Tayorault fait des révélations sur Premier Gaou de Magic System

De son vrai nom Tayoro Edson David, il n’a pas voulu changer de nom pour ne pas avoir une double identité. Pour faire plus artiste et commercial, il a ajouté le « Ault » à la fin de son nom. Il est dans la musique depuis 30 ans.

David Tayorault a été lead-vocal du groupe Woya des années 1985 à 1990. Aujourd’hui, il est plus connu pour ses arrangements musicaux que pour ses chansons. Dans cette interview, David Tayorault parle des années Woya, du couac qu’il a eu avec Petit Denis, de l’arrangement de Premier Gaou, du Bureau ivoirien des droits d’auteur (Burida), des artistes dont il a arrangé les oeuvres et jette un regard sur la musique ivoirienne.

Qu’est-ce que le groupe Woya vous a apporté ?
Le groupe m’a beaucoup apporté et si c’était à refaire je le referais mille fois. Cela a été une école de la vie, parce que prendre des jeunes gens et les mettre ensemble pour un projet commun et réaliser ce que nous avons fait, c’est quelque chose d’extraordinaire. Tout ce que je sais faire aujourd’hui, je l’ai appris au sein du groupe Woya. C’est le seul groupe auquel j’ai appartenu.

Vous restez aujourd’hui, une figure marquante du groupe Woya avec Tiane. Ne pouvez-vous pas relancer le groupe ?
Si cela ne tenait qu’à moi, nous aurions relancé le groupe. Mais, vous savez que chaque membre du groupe à une carrière solo. Chacun à son niveau est tellement avancé que c’est difficile de regrouper tout le monde pour un même événement. Nous en discutons tout le temps. La volonté y est. Maintenant, il faut trouver le temps de le faire. Vous savez, le groupe Woya, c’est une grosse machine, ce n’est pas un petit groupe. Pour démarrer, il nous faut de gros moyens financiers. Cela veut dire qu’il faut un gros sponsor. Parlant de Tiane actuellement, je suis en train de mixer des chansons pour elle qui vont sortir à la fin de l’année. Cela veut dire que nous nous voyons tout le temps et qu’on continue de bosser ensemble.

Quels sont vos meilleurs souvenirs en tant que lead-vocal des Woya?
J’ai de superbes souvenirs. Il y a un qui me revient tout le temps. C’est qu’on avait un grand fan qui était le président de la République du Burkina, Thomas Sankara. J’ai été vraiment touché par sa mort puisqu’on l’avait vu, quelques mois, plus tôt. Nous étions au Burkina pour participer à un événement et il avait prévu de nous faire repartir là-bas pour un autre événement. Malheureusement, il n’a pas eu le temps de le faire. A l’époque, nous jouions aussi en privé quand le Président Houphouët-Boigny recevait ses pairs. Nous avons énormément voyagé et rencontré de grands hommes du show-business. Quand vous évoluez dans un groupe de la trempe de Woya, vous évoluez au haut niveau et forcement vous rencontrez des gens de haut niveau. Ce sont de très grands souvenirs qui sont restés gravés dans ma mémoire. Après, quand j’ai mené ma propre carrière solo, j’ai aussi rencontré de grandes personnalités du show-business et cela fait toujours plaisir. Ce sont des choses que l’on n’oublie pas comme cela.

Quels regards pouvez-vous jeter sur la musique ivoirienne de maintenant et celle des années Woya?
Ce n’est pas la même chose. Ce sont deux époques différentes. Le milieu culturel et surtout musical évolue très vite, à la vitesse de la lumière. Il y a des jeunes gens, aujourd’hui, qui sont très talentueux, passionnés et qui viennent avec leur regard sur la musique ivoirienne et qui apportent leur contribution à la musique. C’est ce que nous avons fait quand nous sommes arrivés en 1985 avec Kacou Ananzé. Aujourd’hui, les fans de Woya sont des personnes qui ont entre 45 et 55 ans. C’est donc une question de génération et je suis très fier des jeunes gens qui sont à l’affiche : les Serge Beynaud, Bebi Philip ce sont nos enfants qui se sont inspirés de nous pour faire ce qu’ils font aujourd’hui. Nous leur avons laissé le Coupé-décalé que nous avons créé, ils en ont fait ce qu’il est aujourd’hui avec leur apport, avec leur génie.

Quels sont vos rapports avec François Konian, le patron des Woya ?
C’est mon papa et nous avons des rapports de père et fils. Nous sommes souvent en contact et nous nous appelons tout le temps. Si ce n’est pas à la radio, nous avons des projets personnels.

Vous êtes l’un des meilleurs arrangeurs de la place. Dans quelles dispositions morales étiez-vous pour l’arrangement de la chanson ‘’Premier Gaou’’ qui a fait un tabac?
Aucune disposition particulière. J’étais dans les mêmes dispositions morales que toutes les personnes que j’arrange. La seule chose différente, c’est que j’étais malade. Je faisais près de 40° de fièvre et il fallait absolument que je travaille, ce jour-là. Parce que j’avais donné au groupe Magic System un délai que je n’avais pas respecté. Donc, il fallait que j’aille travailler.

Qu’avez-vous gagné avec ‘’Premier Gaou’’ ?
Nous avons tous gagné de l’argent. Nous avons tous eu nos droits d’auteur affairant à cette chanson.

Qu’est-ce qui s’est passé pour votre spectacle annulé ?
Pour résumer le tout, je n’étais pas satisfait des conditions d’organisation et je ne voulais pas salir une réputation que j’ai mis 30 ans à construire. Je n’ai pas voulu mettre à mal mes relations avec Kassav’, Lokoua Kanza, Sam Fan Thomas et tous les autres artistes que j’ai invités qui ne pouvaient plus être là malheureusement au dernier moment parce que leur contrat était très mal géré. Je n’ai pas voulu faire de la mascarade pour que les gens m’accusent de m’être servi de leur nom pour remplir un espace et venir faire ensuite le concert tout seul. Je n’ai pas voulu me foutre du public. Je n’ai pas voulu me foutre de tous les mélomanes ivoiriens et internationaux. J’ai préféré arrêter l’hémorragie au bon moment pour ne pas que tout se gâte. C’est pour cette raison que j’ai reporté le spectacle de mes 30 ans de carrière. Je travaille avec mon staff et tous les partenaires et sponsors qui m’ont dit de reporter l’événement après l’élection présidentielle. Nous sommes toujours en train de trouver la bonne formule à proposer au public et de toute façon cet anniversaire sera fêté.

Quel commentaire faites-vous du nouveau texte régissant le Burida?
J’ai fait partie du conseil de gestion provisoire du Burida pendant 3 ans. J’ai donc participé à l’élaboration de ce décret pour régir le nouveau Burida. Il y a eu des bruits de couloir un peu partout parce qu’il y a certaines personnes se sentaient visées par ce texte, écartées par certaines dispositions. Nous avons essayé tant bien que mal de faire la promo de ce texte pour faire comprendre aux artistes qu’il était nécessaire qu’il soit adopté parce que l’ensemble des dispositions qui sont dans ce texte étaient bien pour le renouveau du Burida. Un texte n’arrange jamais tout le monde à 100%. J’ai toujours pris l’exemple de la constitution ivoirienne qui a reçu des propositions de toutes les couches sociales et religieuses. Je me souviens qu’il y a eu même une proposition pour insérer la charia (NDR : loi islamique). Je tiens donc à dire que ce texte ne vise personne.

Quel conseil pouvez-vous donner au nouveau président du Burida?
Je peux lui dire qu’il est surveillé. Je lui dis cela tout le temps pour le taquiner. Je lui dis aussi qu’il a de nouvelles fonctions et que tous les regards sont rivés sur lui et qu’il est condamné à réussir son mandat. Nous allons l’aider comme on peut pour que sa mission réussisse pour le bien de tous les artistes ivoiriens.

Quels sont les artistes qu’avez-vous arrangés ?
Il y a au niveau des artistes Zouglou, plusieurs groupes : ‘’Les Poussins Chocs’’ qui se sont mués en ‘’Yodé et Siro’’, ‘’Aboutou Roots’’, ‘’Les Youlés’’, ‘’Magic System’’, ‘’Les Patrons’’, ‘’Les Mercennaires’’, ‘’Atito Kpata’’, ‘’Yabongo’’, qui est le tout dernier. En Coupé-Décalé, j’ai arrangé le grand ‘’Doug-Saga’’, ‘’Dj Djeff, ‘’Boulevard Dj’’, ‘’Chanaka Yakuza’’, ‘’Tata Keny’’, ‘’Konty Dj’’, ‘’Dj Lewis’’ avec « Grippe aviaire ». Pour les tous récents, il y a ‘’Zouglou Makers’’, ‘’Josey’’. Au niveau international, j’ai bossé avec ‘’Youssou N’dour’’, ‘’Bisso na Bisso’’. J’ai également fait le titre « c’est dans la joie » du rappeur franco-malien ‘’Mokobé’’.

Lesquels de vos arrangements ont connu plus de succès ?
Toute modestie mise à part, j’ai 90% de mes réalisations qui ont connu du succès. Avec la liste des précités qui n’est d’ailleurs pas exhaustive. C’est une fierté pour moi. Cela veut dire que le travail que j’ai abattu n’est pas gratuit et cela m’oblige à être plus performant. Je fais quand même 30 ans de carrière musicale et je compte y rester encore longtemps. Donc, cela m’oblige à travailler pour être meilleur qu’hier et cela m’oblige également à travailler pour être meilleur demain qu’aujourd’hui. Je suis donc dans cette perspective.

Pourquoi quand David fait ses albums, ils ne prennent pas alors que ceux des autres qu’il arrange, marchent ?
Je n’ai pas une carrière comme celle des artistes que j’arrange. Je suis un artiste de carrière. J’ai démarré ma carrière en 1985. Il y a encore des fans de 1985 qui continuent d’acheter mes œuvres. Je travaille sur le temps, je continue de vendre jusqu’aujourd’hui mes premiers albums. Je peux donc dire que je ne suis pas artiste saisonnier pour venir faire du tapage et >>>>> >>>> disparaître après. Je suis un artiste de carrière. Ma carrière est construite pour une longue durée. Ce n’est pas parce qu’on ne me voit pas à télé que je ne marche pas. En matière de concert, je joue beaucoup plus à l’extérieur qu’en Côte d’Ivoire. Cela veut dire que David travaille beaucoup plus à l’extérieur. Je suis de tout le temps parti. J’ai plusieurs casquettes et ce qu’il faut savoir c’est que quand un artiste que j’ai arrangé, marche, c’est ma musique qui marche. La chanson lui appartient, c’est ma musique qui l’accompagne. Donc, cela marche. Même s’il est vrai que mes chansons n’ont pas les mêmes succès médiatiques. Je sais combien de CD (ndlr : compact disc) je vends. Certains artistes sont très célèbres pourtant ils n’ont pas un seul CD sur le marché. C’est cela qu’on appelle le succès médiatique. En deux jours, tu peux faire le buzz, on peut te rendre célèbre grâce aux réseaux sociaux. Mais, dans le fond, c’est comme un arbre qui n’a pas de racines. Il faut se construire une carrière normale d’artiste-chanteur. Et c’est ce que je fais depuis 30 ans. Mes albums marchent comme cela doit marcher.

Qu’est-ce qui s’est passé entre David et Petit Denis ?
C’est juste un petit incident. Cela a été une petite incompréhension. Il n’a pas compris ce que je voulais. Il m’a manqué de respect. Donc, la collaboration a été annulée. C’est tout. Il n’y a rien eu de grave. C’est un petit-frère qui n’était pas dans un état normal. Il m’a dit des choses que je n’ai pas appréciées. C’est un artiste que j’aime beaucoup. Malheureusement, Dieu n’a pas voulu qu’il passe par moi pour réaliser son projet. Sinon, nous avons déjà réalisé des albums ensemble. C’est un incident qui est clos.

Que pensez-vous de la politique ou des artistes qui font de la politique?
Je n’aime pas la politique. Je ne la fais pas. Par contre, pour ce qui est des artistes qui font de la politique, je pense plutôt que ce sont les politiciens qui utilisent les artistes pour certaines choses. L’artiste, lui-même ne fait pas de la politique. Il n’a pas besoin de cela. Mais, en tant que citoyen, chaque artiste a le droit d’avoir ses opinions. Ce qui est tout à fait normal. Je ne comprends qu’en Europe ou aux Etats-Unis, des artistes de grande renommée s’affichent avec des hommes politiques. Mais, cela ne dit rien à personne. On trouve cela normal. Pourtant, quand c’est en Afrique, on s’attaque à la famille de l’artiste, on détruit sa maison, on détruit sa carrière. Malheureusement, nous n’avons pas compris cela. Les artistes sont des humains, des citoyens. Ils ont le droit d’aimer la politique de telle ou telle personne. Ils en ont le droit. C’est tout à fait normal. Comme chez nous, nous n’avons pas encore compris cela, je ne me mêle pas de la politique. Si vous avez besoin de moi pour faire votre musique, je la fais, vous me payez et je me casse.

David est-il un homme riche ?
Je suis riche de relations, de grands projets, de beaucoup de choses. J’ai un peu d’argent qui me suffit pour nourrir ma famille, pour réaliser mes projets, pour faire ce que je veux. Je ne tends pas la main, heureusement. Dieu merci, je me suffis.

Des rumeurs font état de ce que votre épouse vous a quitté. Est-ce vrai?
En venant pour cette interview, j’ai laissé mon épouse à la maison. Qu’ils disent ce qu’ils veulent. D’ailleurs, nous avons fêté nos 15 ans de mariage le 26 août dernier. Qu’ils apportent donc les preuves de ce que ma femme est partie. Comme ce sont des rumeurs, les rumeurs sont les rumeurs.

Quel est votre cri du cœur ?
Nous avons tous le même problème au niveau des artistes. C’est la piraterie. C’est une gangrène qui mine notre corporation. C’est notre Sida à nous. Comment faire pour l’éradiquer. Même si nous ne pouvons pas la tuer à 100%, nous pouvons la faire reculer. Déjà, pour ma part, je pense qu’il faut rééduquer le consommateur. En même temps, la chose qui ne nous arrange pas est l’avancée technologique. Aujourd’hui, par Bluetooth, on transfert des chansons d’un portable à un autre ou d’un ordinateur à un autre. C’est ce qui fait que les gens ont perdu l’habitude d’acheter des œuvres. Cela n’existe plus dans leur vie. C’est ce qui est dangereux. Le CD est en train de vivre ses derniers jours. Comment faire donc pour redistribuer des œuvres. Il existe déjà des téléchargements payants. Donc, le téléphone-mobile peut devenir un canal de distribution de musique. Il faut repenser la distribution parce que la distribution physique avec le CD est morte. Les gens n’achètent presque plus. Il faut donc repenser. Mais en même temps, nous avons besoin de l’aide de l’Etat pour poser les garde-fous. Aujourd’hui, vous prenez un pirate, il paye 300 mille francs et il ressort le lendemain. Parce que dans nos lois, il n’existe pas de clause qui condamne la piraterie comme un crime. Les pirates le savent. Ils connaissent la loi. Donc, ils se disent que s’ils sont pris aujourd’hui, ils vont payer 250 ou 300 mille francs à la police le lendemain, et ils ressortiront. C’est cela le drame. Il faut qu’il y ait des dispositions au niveau de la loi de sorte que le pirate connaisse le même sort qu’un braqueur ou un tueur. Si un pirate fait 5 ou 10 ans de prison, il ne sera plus prêt à recommencer quand il sortira. Il y a beaucoup de choses à faire. C’est cela mon cri du cœur, parce que l’artiste est quelqu’un qui travaille tous les jours, même la nuit il travaille pour faire plaisir à son public. Ce n’est donc pas normal qu’il ne gagne rien à la fin. Il faut prendre conscience de ce concept.

M. Ouattara

SourceL'Intelligent d'Abidjan

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