01192017Headline:

Gbi de Fer, comédien et acteur : Voici le plus grand regret de ma vie

gbi de fer

]Kouya Gnépa dit Gbi de Fer sera face au public abidjanais, samedi, au Palais de la culture de Treichville. Il y donnera un spectacle inédit pour commémorer ses 30 ans de carrière sur la planche. Avant cette date, il se confie à Nord-Sud Quotidien.
Comment se sent-on quand on a passé 30 ans sur les planches ?

C’est une satisfaction morale. Jouer pendant 30 ans, égayer les familles, rendre heureux les Ivoiriens, vendre l’image de mon pays un peu partout et donner la chance à des jeunes qui voulaient faire de l’art d’apprendre auprès de moi, c’est une joie immense que je ressens.

Pourquoi avoir décidé de célébrer cela maintenant ?

Je veux rendre hommage aux personnes qui m’ont permis de tenir durant ces 30 ans. Je veux leur dire merci. La personne qui m’a aidé à créer ma troupe, c’est Doukouré Moustapha, ancien maire de Yopougon. J’ai collaboré avec Camara Yéréfé dit H, paix à son âme. C’est lui qui a payé les frais d’adhésion de ma troupe pour intégrer la Fédération nationale de théâtre. J’ai aussi eu la chance d’avoir Barthélémy Inabo sur ma route. Il m’a donné une image au plan médiatique.

Quand avez-vous débuté réellement ?

J’ai débuté le théâtre lorsque j’étais en classe de 5e au Collège moderne de San Pedro, en 1979.

Qui vous a inspiré à cette époque ?

C’est Gondo Pierre de l’ensemble Kotéba. Je l’aimais bien. Quand je l’ai vu jouer, ça agrandit ma passion pour cet art. C’est ainsi que j’ai commencé à participer aux compétitions de théâtre scolaire entre écoles. C’est après que je suis arrivé à Abidjan. Nous avons créé le Guézabo théâtre avec un ami qui n’est plus de ce monde. Ensuite j’ai intégré le N’Zassa Théâtre avec Assandé Fargas. Je suis entré à l’Institut national des arts (INA) actuel Insaac pour une formation. C’est lorsque je suis sorti de cette école que j’ai créé le ‘’Djéli théâtre d’Abidjan’’ avec mon ami Gaston Jupon. Nous nous sommes lancés dans la formation.

Qui avez-vous formés ?

Des jeunes qui aimaient notre art. Nous pouvons citer Ibo Laurent plus connu sous le nom de Jimmy Danger qui a été l’un de mes meilleurs élèves. Aujourd’hui, le théâtre est en perte de vitesse, voire dans l’agonie.

Quel est votre regard là-dessus ?

Pour être honnête, il n’y a pas de mécènes dans le milieu. Il n’y a pas d’investisseurs. Ce qui fait que tous ceux qui veulent vivre de cet art quittent le pays. Assandé Fargas, Alexis Don Zigré sont partis. Moi qui suis resté, qu’ai-je gagné ? Rien. La preuve, pour organiser la célébration de mes trente ans, je cours depuis deux ans derrière des responsables politiques. Ce sont les petites sommes que je gagne qui me permettent d’espérer. C’est la musique qui intéresse.

Que pensez-vous de l’absence de salles ou de la cherté de celles qui existent ?

Même si des salles existent, comment allons-nous jouer ? Le Palais de la culture où je dois me produire, samedi, est hors de prix. Heureusement que Koné Dodo m’a fait des faveurs. Les spots à la télé me reviennent à 1,6 million. Je dois payer le cachet des acteurs qui vont m’accompagner. Un tel spectacle revient cher. Il n’y a pas de salles, c’est un fait. Même s’il y en a, comment faire pour y avoir accès. J’en profite pour dire qu’il y a une absence totale de politique de valorisation du théâtre.

Regrettez-vous d’avoir choisi de faire du théâtre ?

J’ai mal au cœur d’être né en Côte d’Ivoire. Je regrette d’avoir fait du théâtre mon métier ici.

Donc, vous ne regrettez pas de faire du théâtre. Ce que vous déplorez, c’est de l’avoir fait en Côte d’Ivoire…

Oui. A mon âge et avec mes 30 ans de carrière, on me soutient avec 100000 FCfa pour cette célébration. Est-ce une vie ça ? Les enfants qui veulent faire de l’art et qui voient leurs devanciers après 30 ans de pratique souffrir voudront-ils s’y engager ? Personnellement, c’est énervant.

Que proposez-vous pour faire rayonner l’art des planches ?

Ce n’est pas difficile. Il faut qu’on comprenne que c’est un métier et qu’on vit de cela. De ce fait, il faut réfléchir à son financement. Il faut que les mass medias nous aident. Qu’on fasse la promotion des arts. Nous les acteurs devrons créer un réseau de communication en notre sein. Faire inscrire les troupes à des festivals au plan international. Il faut donner une image au théâtre.

Si votre art ne vous permet pas de vivre, ne pensez-vous pas à une reconversion ?

Qu’on se reconvertisse à quoi ? C’est le théâtre que nous avons décidé de faire. Assandé Fargas a du succès, c’est le théâtre qu’il fait. On peut penser à faire des films avec des investissements pharaoniques. Mais nous qui y jouons, de quoi vivons-nous ? De rien. Nous sommes ignorés. Alors que c’est nous qui vendons l’image de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui on connaît notre pays grâce à Akissi Delta. Il faut qu’on soit reconnaissant à ceux qui montrent une belle image de notre pays. On n’en parlera jamais assez, il faut des financements. Notre espoir réside sur l’application de la loi sur la copie privée à partir de 2017. Avec les retombées de cette loi, il faudra mettre en place un fonds conséquent pour la création artistique. On ne doit plus se contenter d’un ou deux millions F qu’on nous attribue. Si on a cela, nous allons créer. Aujourd’hui, je remercie le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro qui a accepté de parrainer mon spectacle. Je lui dis merci de cet accompagnement. Nous allons lui transmettre un message pour le président de la République.

A quoi doit s’entendre le spectateur ce samedi ?

Nous allons interpréter une pièce intitulée : « Au cœur du pouvoir ». Il parle de l’antichambre du pouvoir. Nous serons avec Gaston Jupon, Jimmy Danger, Zongo, Guéï Veh, Tao. La partie chorégraphique sera assurée par ‘’Les reines mères’’ avec Wêrê-wêrê Liking. Bomou Mamadou sera le parolier. Ce sera une fête totale.

Réalisée par Sanou A.

Source: Nord Sud Quotidien

Comments

comments

What Next?

Recent Articles

Leave a Reply

Submit Comment