01242017Headline:

Huit ans après la mort subite de Joëlle C, son manager fait des nouvelles révélations/ce qui l’a tuée

joelle c

Huit ans après la mort de Joëlle C, son manager Georges Aziz parle

«Des gens lui en voulaient»
De nouvelles révélations sur ce qui l’a réellement tuée

La mort brusque de la chanteuse ivoirienne Joëlle C, Séka Yaba Joëlle, à l’état civil, dans la nuit du 14 février 2008, a défrayé la chronique en Côte d’Ivoire. De nombreuses spéculations ont été faites autour de cette disparition. 8 ans après, Georges Azziz Haddad, manager-producteur, a décidé de rompre le silence. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il parle de ses relations avec l’artiste, évoque les derniers instants de sa vie, lève un coin de voile sur les rapports de son artiste avec les hommes de Dieu.

A quand remonte votre rencontre avec la chanteuse Joëlle C ?

La date de notre rencontre, je ne m’en souviens pas très exactement. Mais, je la connaissais il y avait bien longtemps. Il faut dire que Joëlle a fait ses armes à la bonne école. Elle a été choriste dans de nombreux orchestres. Elle répétait à l’Orti (Orchestre de la Radiodiffusion télévision ivoirienne:Ndlr). Elle jouait avec le Gatl (Groupement aérien de transport et de liaison). Elle faisait les chœurs en studio. Donc on se croisait tout le temps. On se connaissait déjà disons 10 ou 15 ans, avant de travailler ensemble.

Quels sont les moments forts qui ont marqué votre collaboration ?

Difficile comme question. Les moments forts, c’est difficile. Il y avait que des émotions avec elle, quand elle chantait. Parce qu’à un moment de nos rapports, les choses étaient confuses. On n’avait plus de rapports de producteur ou de manager, mais d’ami ou de père. Quand ça n’allait pas pour moi ou pour elle, on se soutenait. Je dirai que le premier concert que j’ai organisé pour elle, en 2005, était un des temps forts. Parce qu’elle revenait d’Europe avec tout ce que les Ivoiriens ont dit sur elle. Elle était allée avec son manager qui était son fiancé et est revenue. Cela avait fait la Une des journaux et l’album était à bout de souffle. J’ai repris Joëlle en ce moment. Je ne dirai pas qu’elle était décomposée mais elle était très touchée parce qu’elle était en quête d’amour et d’affection. C’était quelqu’un qui aimait partager, être entouré d’amour et d’affection d’amis, de parents. Elle aimait surtout qu’on prenne soin d’elle. Pendant cette période, c’est elle qui faisait l’actualité mais pas musicalement. Son album était très bon. C’était l’album qui marchait en ce temps. On parlait d’elle, non plus pour son album, mais pour sa déconvenue sentimentale.

Comment a-t-elle vécu cette période-là ?

C’était difficile. On parlait à tout moment de l’échec de son couple. Et elle le voyait dans le regard de chacun de nous. Elle avait toujours l’impression que ce n’était que cela. A chaque fois qu’il y avait une rencontre ou une émission, les journalistes ne faisaient que parler de sa déconvenue sentimentale. C’était devenu agaçant et difficile pour elle. Voilà que dans cette période de tumulte, je décide de faire une concert au palais de la culture, à la 1500 places. C’était pénible pour qu’elle accepte. Car elle était en plein doute. Quand on doute, on n’ose pas. Elle avait peur. Il y avait cette histoire. Si elle faisait un bide, autant dire que sa carrière allait prendre doublement un coup. J’ai su la rassurer et la persuader. Avec l’aide de Dieu, nous avons fait le concert. Ce fut une belle réussite. Un grand succès. Je pense que celui-là, plus que l’autre, a été le concert des concerts.

Qu’est-ce qui vous a motivé à miser sur elle, alors qu’elle était en période de doute ?

Son talent, je dirai. Je le disais de son son vivant. Je l’ai dit au cours de la promotion de cet album. A un de mes passages télé, j’ai dit, non pas pour vendre le concert, que si on mettait un rideau et qu’on plaçait derrière ce rideau des artistes de calibre international, qui devaient faire un chant chacun, de façon improvisée, on ne saurait pas qui. Mais je suis sûr que Joëlle C sortirait du lot. Je ne parlerais même pas encore de la formule de The Voice. Je ne savais pas si ça existait. Au fait, c’était ça l’idée. Si elle était derrière un grand rideau avec des artistes de grande renommée, et qu’elle devait les défier dans un concours, je pense que Joëlle C tirerait son épingle du jeu parce qu’elle avait le talent. Elle avait la voix et la volonté parce qu’elle aimait son travail. Parce qu’elle avait de l’humilité et n’avait fait que cela. Souvenez-vous quoiqu’elle eût un ou deux albums déjà, elle a accepté d’être la choriste de Gadji Céli dans le King Fusion. Joëlle C a fait le chœur d’Espoir 2000, alors qu’elle avait un album avant eux. Vous voyez quelqu’un qui a un album et qui était connu avant eux mais qui accepte de faire leurs chœurs. C’était une preuve d’humilité suffisante pour qu’on puisse travailler ensemble.

Qui était Joëlle C particulièrement?

C’est une question qui est difficile à répondre. Mais je dirai tout simplement qu’en studio, sur scène et dans la vie active, c’était une bête. C’est quelqu’un qui ne rechignait pas. Qui n’aimait pas être deuxième. Qui veut toujours y croire. Qui répétait tous les jours au moins cinq fois voire plus, dans la journée. Quelqu’un qui travaillait à l’envi. Qui savait ses capacités et ses limites. C’est l’une des rares artistes ivoiriennes à faire appel à divers compositeurs et qui savait interpréter parce qu’elle avait fait plusieurs écoles à travers ses différents chœurs. Elle savait ses suffisances et savait palier ses insuffisances. Et dans la vie de tous les jours, quand elle n’était pas l’artiste adulée, c’était un gros bébé, je dirai. Quelqu’un qui avait besoin d’amour sincère. Elle n’en avait pas toujours. Elle aimait partager des moments de convivialité. Elle invitait toujours ses amis à la maison ou au restaurant pour partager un repas. Elle aimait faire la cuisine quand elle n’était pas sur scène ou en studio. Elle avait aussi une grande considération pour la spiritualité. Elle était en quête de salut. Elle cherchait perpétuellement Dieu.

Le pasteur Gnaly a été accusé d’avoir précipité la mort de Joëlle C, en la soumettant à des jeûnes sévères. Dites-nous, qu’est-ce qui s’est réellement passé?

Non. Ce n’est pas vrai. C’est une méconnaissance des choses. Le pasteur Gnaly était quelqu’un avec qui elle avait de très bonnes relations. C’est quelqu’un qui était vraiment un ami pour Joëlle. J’ai dit qu’elle cherchait Dieu et non des pasteurs. C’est vrai qu’on lui a fait un faux procès. C’est le dernier avec lequel, je l’ai connu. Avant ça, elle était chez le pasteur Guy Vincent qui était son pasteur qu’elle considérait aussi comme son collègue artiste-chanteur. Avec l’autre, c’était différent. Ils avaient des rapports d’amitié puisque lorsqu’elle ne se sentait pas bien, elle quittait sa maison et elle partait dormir là-bas. Et, elle n’y allait pas pour un quelconque besoin matériel car elle n’était pas dans le besoin. Elle avait juste besoin d’être entouré. Je pense qu’elle a toujours considéré le demeure de ce monsieur comme sa seconde maison et c’est de chez lui qu’elle est partie pour l’au-delà.

Les derniers instants de Joëlle C ont été des moments douloureux pour vous. Comment les avez-vous vécus ?

Ça a été trop rapide. Je veux dire aujourd’hui, il faudrait que les Ivoiriens comprennent qu’il est nécessaire de faire un contrôle médical pour vérifier l’état de sa tension, la santé des reins… Aujourd’hui, j’ai un ami que je n’avais pas vu, il y a longtemps et on lui dit qu’il a une insuffisance rénale. Et Joëlle C ne l’a pas vu venir. Elle avait les pieds qui enflaient. Et les gens on dit beaucoup de choses fausses. Ce n’est pas une honte mais je dis qu’il y a assez de choses fausses qui ont été dites sur sa maladie.

Donc elle souffrait d’insuffisance rénale ?

Oui ! Et c’est ce qui l’a emportée.

Quel est le dernier message que l’artiste vous a laissé, vous qui étiez très proche d’elle ?

D’abord, elle ne savait pas qu’elle allait décéder donc il n’y a pas eu de message particulier aux Ivoiriens. À moi, par exemple, elle a laissé un message. Mais personne ne pensait qu’elle allait partir, y compris elle-même. Ça a été un coup de massue pour tout le monde. C’était inexplicable. Ce n’était pas un manque de moyens financiers ou de soutiens. Nous étions là. Ça a été très rapide. Elle est tombée malade le 8 février et elle est décédé le 14 février. Et avant cette date, il n’y avait aucun signe. Et avant, nous l’avons tous vue sur scène. Ça nous a surpris. Je pense qu’aujourd’hui, il faut arrêter de déblatérer et honorer sa mémoire. C’est une icône. Il faut qu’on arrête les spéculations inutiles et fausses, dans le but de vendre des journaux.

Vous donnez l’impression de quelqu’un qui a du mal à combler le vide de son départ. Comment entrevoyez-vous l’avenir?

C’est un vide qui ne pourra jamais être comblé.Ce vide est là en moi, dans ma famille … Il n’y a pas très longtemps, son fils Arnold me disait: «Papa, il faut te remettre! Maman n’aurait pas aimé que tu sois comme ça». Je le comprends mais ce n’est pas chose aisée.

Quel était l’état de ses relations avec sa mère, avec qui elle était en rupture pour une histoire de sorcellerie?

À la réalité, je n’en sais pas trop grand-chose. Parce qu’elle ne m’en a jamais parlé. Et pour ce que je sais, lui et sa mère se voyait toujours. Son frère aîné, Lucien, passe à la maison. Et aucunement, il n’a parlé de ce problème. Et je pense que ce sont des rumeurs encore une fois mensongères distillées par des individus qui lui en voulaient.

Dans deux ans, cela va faire 10 ans que Joëlle C a quitté la terre des hommes. En attendant ce jour, qu’est-ce qui est prévu pour le 14 février, jour anniversaire de sa mort?

Comme ces dernières années, prions pour le repos de son âme. Il faut que tout le monde ait une pensée pieuse pour elle. Je souhaite que chacun fasse ce qu’il peut, à son niveau, pour que Dieu l’accueille dans son royaume. On fera ce qu’on pourra, mais il faut que tout le monde s’implique. Je plaide pour que vous les hommes de médias, les promoteurs et tous ceux qui l’ont connue ou aimée, fassent ce qu’ils peuvent pour elle. Nous ne voulons pas et ne ferons pas de manifestations qui puissent devenir des fonds de commerce. Nous respectons la mémoire de Joëlle C pour faire cela, comme nous le conseillaient des gens.

Le Femua 2016 est annoncé en grande pompe. En tant que membre du commissariat général de cet événement, qu’est-ce qui est prévu pour cette édition?

Il y a une programmation qui va être dévoiler par le commissaire général très bientôt. Je ne veux pas être plus royaliste que le roi. À quoi cela servirait de faire une conférence de presse dans les locaux de l’Unesco, si on dévoilait déjà les articulations. Nous sommes à l’entière disposition du commissaire général du Femua, A’salfo, pour pouvoir travailler. En ce qui concerne cette manifestation, chaque année, elle va de l’avant. A chaque fois qu’il sollicite des conseils particuliers pour la réussite du Femua, nous sommes disponibles. C’est une équipe élargie.

Pour la suite de votre carrière, à quoi pourrait-on s’attendre ?

Il y a beaucoup de belles choses en perspective. L’avenir est très prometteur. Très bientôt, il y a des choses qui vont se faire. Vous verrez. Nous travaillons pour cela. Patientez un tout petit peu et vous apprécierez. Je terminerai en disant aux fans de Joëlle C. qu’il faut savoir pérenniser les choses. On en a pas l’habitude, mais je pense qu’il faut apprendre. Pour nous, 8 ans, 10 ans, c’est rien parce que ce sont des artistes intemporels. Si la filière artistique fonctionne comme il se doit, les artistes qui nous ont donné de la joie, qui nous ont offert ne serait-ce qu’un petit brin de gaieté, il faut savoir le leur rendre, en créant des fans clubs ou des amicales pour leur manifester notre amour. Cela vaut pour Joëlle C.

DIARRA Tiémoko

linfodrome.com

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