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L’artiste du zouglou Bobby Yodé se confie : “Ma femme m’a jeté dehors 2 fois”

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Il est l’un des pionniers du zouglou. En chantant ‘’Ziopin’’, il disait «Faut pas fâcher, nous s’amisé ». Depuis, c’est devenu le titre d’une série satirique à la télévision ivoirienne et la chanson en est le générique.

Installé en France depuis de nombreuses années, Bobby Yodé va remonter sur la scène. Il s’apprête à sortir une série de singles en prélude à un nouvel album qu’il publiera bientôt. L’artiste parle ici du zouglou, de sa carrière et de ses projets…

• Salut Bobby Yodé, c’est un long silence radio côté musique ?

– Effectivement, il y avait un long silence autour de ma carrière musicale. C’est un choix que j’ai fait pour mieux organiser mon retour sur la scène. Et puis, beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte. En France, ce n’est pas facile de se positionner. J’ai connu de nombreuses difficultés. Ma particularité, c’est que je ne cache pas ma vie, encore moins ce que je fais comme activité. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, c’est dur parfois. Mais avec le courage, ca réussit toujours (rire). Sinon, ma voix est encore intacte et je suis toujours inspiré. J’ai plusieurs compositions avec lesquelles, je peux sortir un, deux ou trois albums.

• Quelles sont les difficultés auxquelles tu as été confronté ?

– Au départ, j’ai eu pas mal de problèmes conjugaux. Et à deux reprises, j’ai été mis dehors par la femme avec qui je vivais. Parce qu’elle n’arrivait pas à me comprendre. Car souvent, après le boulot, je rentrais un peu tard parce que j’allais dans des spectacles. Elle avait du mal à admettre cela. Donc, il y avait toujours des disputes entre nous. Et la relation prenait un coup. Après ses différents échecs, j’ai pris mon mal en patience et depuis un an, j’ai rencontré cette dame du nom de Rachel Kéké. Je l’aime beaucoup et elle me donne la joie de vivre (Ndlr : Il lui fait une bise). Elle, elle me comprend et se bat d’ailleurs pour la relance de ma carrière musicale.

• Ne penses-tu pas être tombé aux oubliettes ?

Des gens tentent de me décourager en disant que je suis tombé aux oubliettes. Mais j’ai une sacrée chance avec l’émission satirique ‘’Faut pas fâcher’’, dans laquelle ma chanson est utilisée comme générique depuis de nombreuses années. Et cela rappelle aux mélomanes que Bobby Yodé est encore là. Mais ça ne suffit pas. Le public veut voir du concret de ma part après toutes ces années écoulées. Et je vais prouver mon talent artistique d’ici peu.

• Tu annonces un single, c’est juste un coup de pub ou c’est un vrai retour ?

– Je suis au sérieux. Je suis désormais prêt pour mon grand retour sur la scène. C’est pourquoi j’ai lancé le single intitulé ‘’Parapéray’’. Nous allons libérer en ‘’Parapéray’’. C’est un concept ‘’zougloutique’’ avec de l’humour dans lequel les mélomanes m’ont connu. Après cette chanson, chaque trois mois, je vais publier successivement deux autre singles, l’un baptisé ‘’Je s’en va à Djékanou’’, et l’autre ‘’Gaou met à l’aise ‘’. Avant de sortir l’album complet. Mon nouveau style musical, c’est un zouglou techno qui vise à toucher un public européen. Car c’est le vœu de tout artiste de percer sur le marché européen. Donc, je ne vais pas rester en marge de ce combat. C’est pourquoi je produis une musique qui peut intéresser les majors, afin qu’elle soit jouée en radio et le clip diffusé par les télévisions françaises. Je pense que je vais y arriver.

• Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour te lancer dans la conquête du marché européen ?

– Je suis arrivé en France en 1998. Et depuis 2001, je cherche le circuit pour m’introduire sur la scène internationale. Dans ce milieu, c’est une question de chance. Sinon, j’ai sorti une œuvre avec Patson (Jamel Comedy club) qui est passé inaperçue. Après ce projet, j’ai frappé à d’autres portes, je n’ai pas eu gain de cause. Cette fois, j’ai la certitude que c’est la bonne.

• Le fait que vous vous produisez uniquement pour la communauté ivoirienne complique-t-il votre percée sur le marché européen ?

– Bon, c’est aussi une réalité. J’ai même fait cette remarque à mes collègues. Les prestations pour la communauté black risquent de nous fermer les portes. Parce que les promoteurs ne font pas l’effort d’inviter des tourneurs, des impresarios ou des managers à venir découvrir le zouglou. Afin de voir comment ils peuvent l’exploiter. Voilà pourquoi je ne preste plus et je ne fréquente plus ces espaces de zouglou ou ces night-clubs de la communauté ivoirienne. J’ai décidé de prendre du recul parce que les Ivoiriens ne respectent pas leurs artistes. Dans ce milieu, malheureusement, j’étais humble et les gens ont profité de ma largesse pour me marcher dessus. Tout ça, c’est fini. Je suis dans mon coin et je travaille pour réussir par d’autres moyens.

• Quel est ton regard sur le zouglou 25 ans après ?

– Je remercie la génération intermédiaire et la nouvelle vague de zougloumen qui se battent pour maintenir le cap. Malheureusement, les pionniers dont je fais partie mettent parfois trop de temps pour revenir sur la scène. Et cela fait qu’on a du mal à retrouver le succès d’antan. Sinon, je réitère encore toutes mes félicitations à la nouvelle génération.

• Que penses-tu de la nouvelle musique du zouglou ?

– Je ne suis pas de l’avis de certains devanciers qui blâment les jeunes parce qu’ils ont apporté de nouvelles sonorités au zouglou. Je ne vois pas d’inconvénient puisque leurs textes sont poignants et on y retrouve de l’humour. C’est tout ça qui fait la musique zouglou. Je ne condamne pas du tout les jeunes zougloumen pour l’évolution qu’ils apportent à cette musique. Si la vie évolue, pourquoi l’art doit rester statique ? Les années 1990 et 2000 ne sont pas pareilles. Donc, on doit accepter ce changement. Dans ma nouvelle production musicale, c’est dans ce style que l’arrangeur Freddy Assogba m’a orienté. Et mon staff apprécie les différentes chansons.

• Y a t-il des jeunes zouglou que tu apprécies particulièrement ?

– Il y a Yabongo Lova qui est parti pour être une fierté de la musique ivoirienne. Je reconnais également le poids de Magic System sur la scène internationale. Ce groupe fait la fierté des Ivoiriens. Ce sont mes amis, je ne suis pas jaloux d’eux, je reconnais l’honneur qu’ils font à la Côte d’Ivoire.

• As-tu des regrets dans ta carrière musicale ?

– Oui, j’ai des regrets lorsque je regarde mon parcours musical. Je devais être plus grand que je ne le suis aujourd’hui. Je le répète très souvent à ma femme. Et elle me taquine en disant : «Tu parles toujours de ton passé, avant je faisais ceci ou cela. Mais aujourd’hui, qu’est-ce que tu deviens ?» Comme on a pour habitude de le dire : «Découragement n’est pas Ivoirien. Je continue de me battre et je sais que je vais atteindre mon objectif un jour».

• Ton titre ‘’Ziopin’’ qui est le générique de ‘’Faut pas fâcher’’, ça te rapporte de l’argent ?

– Je ne perçois rien de la RTI car le BURIDA n’a jamais rien dit sur les droits d’auteur liés à mon œuvre diffusée par la RTI pour l’émission ‘’Faut pas fâcher’’. Dans le temps, j’avais essayé de revendiquer mes droits, ça a coûté la suspension du titre à l’antenne. C’est pourquoi pour l’instant je laisse l’affaire en stand-by. Lorsque je serai à Abidjan, je vais engager une vraie procédure pour tirer tout ça au clair.

Réalisée à Paris par Charly Légende

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