04222019Headline:

Le petit frere d’Akissi Delta raconte “Le pasteur a pris ma femme”

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BERNARD YAO MAFILI, réalisateur du film Illusion perdue
“Le pasteur a pris ma femme”
«Incarcéré pour escroquerie, Kobi en sort après douze mois de détention. Pour sa réinsertion, Kobi crée une église et s’autoproclame pasteur. Avide d’argent, Kobi va assassiner et sa femme et son fils pour des sacrifices rituels…» Tel est le synopsis d’”Illusion perdue”, film de Bernard Yao Mafili dont la diffusion sur RTI1 a fait sortir des pasteurs de leurs gongs. Pourquoi est-ce seulement en 2013 que le film suscite des réactions alors qu’il est sorti depuis 2008 et projeté dans toutes les salles de cinéma de la place ? Quelles ont été les sources d’inspirations du réalisateur ? Le concerné s’explique.

 

• On te présente généralement comme le cousin d’Akissi Delta, quel est ton véritable lien de parenté avec elle ?

– Je ne suis pas le cousin de delta, je suis son petit frère. On est sorti du même ventre, delta et moi. Nous avons la même mère, mais nous n’avons pas le même père.

• Comment es-tu arrivé au cinéma ?

– Vous savez dans la vie, vous pouvez avoir suivi n’importe quelle formation, exercer partout, mais tant que vous n’avez pas encore trouvé le chemin que Dieu a tracé pour vous, vous n’arriverez nulle part. Moi, j’étais employé d’usine. En 2000, j’ai été licencié. delta avait commencé à travailler sur son film “ma famille”. Elle m’a appelé pour que je vienne lui donner un coup de main. Je suis venu sur le projet, je n’y connaissais rien en cinéma, c’est avec Delta que j’ai tout appris. Après, j’ai pu participer à des ateliers de formations au Maroc.

• C’était quoi ton rôle sur les tournages de Ma famille ?

– Dans “ma famille”, j’ai été tour à tour éclairagiste, scripte et assistant réalisateur. Le premier film que j’ai écrit, c’est Le choix de Marianne, une adaptation.

• Qu’est-ce qui t’a inspiré le scénario d’Illusion perdue ?

– Le scénario d’Illusion perdue est né de tous les problèmes que j’ai vécus. Dans le temps, je sortais avec une jeune dame. Nous étions en train de préparer notre mariage. Moi, je suis un fidèle des Eglises des Assemblées de Dieu. Ma compagne fréquentait une autre église. Mais un moment donné, le pasteur de cette église est tombé amoureux de ma compagne. Tous les préparatifs du mariage ont échoué parce que le pasteur a fini par me l’arracher et à se marier avec elle.

• Quelle a été la réaction des autres pasteurs quand on t’a pris ta femme ?

– Non, il n’y a pas eu de réaction particulière puisque moi je suis des Assemblées de Dieu et ma compagne était d’une autre église.

• …

– Cette histoire m’a beaucoup marqué. Et si j’ai écrit ce film, ce n’était pas du tout pour dénigrer, je voulais que certaines pratiques de certains pasteurs se sachent.

• Oui mais, en plus de parler des femmes que certains pasteurs arrachent, le film présente l’avidité d’autres pasteurs, les pratiques mystiques …

– Cette partie du scénario, je pense que c’est juste une inspiration. Après avoir mis en scénario mon histoire malheureuse avec le pasteur qui m’a arraché ma femme, il fallait la compléter pour la rendre consistante. Je ne savais pas que toutes ces pratiques-là existaient, c’est une inspiration qui m’est venue, je voulais la mettre à l’écran. Ce n’était pas dans l’intention de détruire qui que ce soit.

• …

– Illusion perdue a été tourné en 2007. Le film est d’abord sorti au cinéma en 2008, il a été projeté partout, il a fait le tour de toutes les salles ici. La version DVD a même été piratée et le film était partout. J’ai représenté la Côte d’Ivoire avec ce film au festival international du cinéma d’auteur, au Maroc, en 2010.

• Mais si le film est vieux de six ans, pourquoi donc est-ce maintenant que des pasteurs s’en plaignent ?

– Justement, c’est la question que je me pose. Il n’y avait pas eu de réactions au début. Aujourd’hui, il y a des réactions parce que la RTI l’a diffusé. Les gens se plaignent à gauche et à droite. A ces personnes qui se plaignent, je présente toutes mes excuses, parce que mon film, ce n’était pas pour leur faire du mal ou les choquer. Ce film n’est pas fait pour indexer quelqu’un. Mais d’un autre côté si des pasteurs se livrent à ces pratiques, ils ne le feront peut-être plus grâce au film. Les mauvais grains sortiront des rangs des pasteurs.

• …

– Sincèrement c’est par presse interposée que j’ai appris que les pasteurs se plaignent. Aucun pasteur ne m’a appelé ou n’est venu me voir pour se plaindre directement à moi. Physiquement, je n’ai pas non plus reçu de menace. Par contre, j’ai reçu certains appels anonymes pour me dire merci parce que mon film aidait à conscientiser le peuple. Si ce film plaît à certaines personnes, tant mieux.

• Si on ne te menance pas, c’est sans doute parce que par rapport à Guy Kalou (l’acteur principal du film), tu es moins connu…

– Oui, c’est vrai qu’en tant qu’acteur il est menacé. Si on me connaissait, on allait sans doute s’en prendre à moi également. Je tiens à dire que Guy Kalou n’y est pour rien. J’ai écrit mon film et je l’ai appelé pour venir jouer et il a accepté de jouer. Ce n’est pas le premier film qu’il tourne avec moi. ensemble on a fait Extrême Obsession et Sens interdit. C’est mon acteur, je l’ai sollicité, j’aurais pu utiliser un autre acteur, donc il n’y est pour rien. (Bernard Mafili a sept films à son actif : Illusion perdue, Le choix de Marianne, coproduit avec Yves Tapa. Il a réalisé Coup de force conjugal, Sens interdit, Extrême obsession, Harcèlement et Jalousie mortelle, ndlr).

• Même pas de plainte dans l’église que tu fréquentes ?

– Mon pasteur a vu le film, il n’a pas trouvé à redire, il m’a dit simplement que c’était du travail bien fait. Pas de réaction au niveau des autres fidèles parce que dans mon église, personne ne sait ce que je fais. Même dans mon quartier à Koumassi, mes voisins ne savent même pas quelle activité j’exerce, on me prend certainement pour un vagabond puisqu’on me voit dans le quartier matin, midi et soir (il rit).

• C’est un choix de rester loin de feux de la célébrité ?

– Ce n’est pas un choix, mais dans un premier temps je me suis demandé à quoi cela sert de se mettre au devant de la scène juste pour l’être. Je me suis toujours dit que c’est à partir du travail qu’on me connaîtra. Ça ne sert à rien de venir chaque fois embrouiller les gens «me voici, me voici» alors que quand les gens vont te demander qu’est-ce que tu fais, tu n’as pas de réponse à leur donner. Je pense pour ma part que c’est à travers le travail qu’on doit être connu.

• Et d’où vient ton inspiration ?

– Souvent c’est à partir des discussions que j’ai avec mes proches que naissent des histoires. Et quand une histoire naît, je l’écrit une fois que je rentre chez moi, c’est dans ma chambre que j’écris mes scénarios. Quand je ne peux pas l’écrire, je sollicite mon ami Alain Sanhoun pour le faire.

• “Illusion perdue” version série télé a combien d’épisodes ?

– Illusion perdue acte I a neuf épisodes et le dernier épisode finit avec la fuite du pasteur Kobi. mais j’avais aussi prévu de tourner la suite de l’histoire.

• Avec les mêmes acteurs, notamment Guy Kalou ?

– Si Guy Kalou est prêt on le fera, sinon je changerai le scénario pour tourner la suite.

 

Par Usher Aliman
usheraliman@topvisages.net

 

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