10212017Headline:

Logement à Abidjan: Le diktat des propriétaires de maison/les souffrances et temoignages de certains locataires

Résidant à Yopougon, Massoul, un chauffeur de taxi, a, quant à lui, préféré retourner dans la cour familiale à Anyama

Logement à Abidjan: Le diktat des propriétaires de maison

Pascale Goffry coulait, avec son fils, des jours paisibles dans l’appartement qu’elle occupait depuis quelques années, à Cocody-Angré. Jusqu’au mois d’avril 2015, quand la propriétaire des lieux, pour des problèmes personnels, décida de vendre la cour.

Alors qu’elle croyait pouvoir perpétuer, avec le nouvel acquéreur, les bons rapports qu’elle entretenait avec l’ancienne propriétaire, la jeune dame va très vite déchanter. Les choses vont tourner au vinaigre. L’homme, un pasteur, et son épouse vont, en si peu de temps, se révéler être des personnages encombrants et intrigants.

« Le monsieur et sa femme ont commencé à me rendre visite régulièrement pour m’inviter à participer aux cultes de leur église. Invitations que j’ai toujours poliment déclinées (…). A une occasion, l’homme n’a pas manqué de faire une remarque sur ma tenue (un collant jusqu’aux genoux et une robe couvrant le bassin). ‘‘Madame, crois-tu que Dieu aime la manière dont tu es habillée ?’’, m’a-t-il lancé », se souvient Pascale.

Sous une forme déguisée de harcèlement, elle subira d’ailleurs plusieurs appels du pied de ses locateurs pour rejoindre leur congrégation religieuse. La jeune dame use de stratégies pour résister. A bout de réserve, elle avoue finalement au pasteur et à sa femme qu’elle n’est pas et ne veut pas être une chrétienne évangélique.

« Les jours qui ont suivi, le propriétaire et son épouse sont venus m’informer de leur décision de bâtir une église sur leur terrain. Et qu’il faut que je libère leur maison dans les plus brefs délais. J’ai plaidé auprès d’eux afin qu’ils m’accordent un peu de temps jusqu’aux vacances scolaires pour ne pas perturber mon fils (…). Peine perdue. Sans état d’âme, ils ont commencé, alors que j’étais encore là, à creuser devant ma porte. J’ai donc été contrainte de partir sans attendre. Alors que mon voisin immédiat qui, entre temps, a accepté de devenir un fidèle de leur église, n’a pas du tout été inquiété », témoigne la locataire. Soulignant que, jusqu’à une date récente, ce dernier occupait encore son appartement.

Les histoires plus ou moins semblables à celle qu’a vécue Pascale sont légion à Abidjan. A défaut d’en avoir été victimes, tous ceux avec qui nous avons échangé sur le sujet ont, au moins, un témoignage. « Ceux qui ont des maisons profitent de la forte demande de logement pour imposer leur diktat aux demandeurs. Ils sont les rois de la domination. Je ne sais pas si dans ce pays quelqu’un a plus de pouvoir sur son prochain qu’un propriétaire immobilier sur un locataire », relève Honoré Kouamé.

L’homme a dû bander les muscles pour obtenir de son locateur le remboursement de sa caution avant de quitter la maison à Koumassi. « Dès la première pluie, l’appartement, qui ne présentait aucun bobo apparent, s’est avéré être un véritable parapluie de grillage. L’eau sortait de partout du plafond (…). A la dernière saison des pluies, ma famille et moi avons pratiquement veillé toutes les nuits pour recueillir l’eau dans des bassines afin qu’elle n’inonde pas toute la maison », relate l’agent de police à la retraite. Qui, face à la situation, a demandé au propriétaire du logement de refaire les travaux de la toiture.

« Il m’a répondu qu’il n’avait pas les moyens d’engager des réparations et que si je le voulais, je pouvais le faire puis défalquer progressivement les dépenses du loyer. Quand je lui ai dit que, moi-aussi, je n’avais pas de moyens, il a rétorqué que rien ne m’empêchait de partir… Mais qu’il ne fallait surtout pas que je compte sur lui pour me reverser ma caution dans l’immédiat, et que je devais attendre qu’un nouveau locataire paie pour que je rentre en possession de mon dû », explique le sexagénaire.

Cette réplique, ajoute-t-il, « a été pour moi la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je lui ai dit que je partais dans une semaine, mais que je lui en accordais deux pour me donner mon argent, sinon je ne répondrais de rien. Il a certainement compris que je ne plaisantais pas du tout. Et m’a remis ma caution avant même que je ne libère sa maison ».

Résidant à Yopougon, Massoul, un chauffeur de taxi, a, quant à lui, préféré retourner dans la cour familiale à Anyama, parce qu’il ne pouvait en aucun cas accepter de payer le double de son loyer. « Mon propriétaire a décidé, sur un coup de tête, d’augmenter le loyer de 50 000 à 100 000 Fcfa. Au prétexte que le coût de la vie a grimpé. Y compris ses charges d’entretien et d’impôt. Ça m’a paru tellement surréaliste que j’ai plié bagages aussitôt pour ne pas avoir à supporter davantage ses incongruités », raconte notre interlocuteur.

Pour ce dernier, le comportement des propriétaires immobiliers est symptomatique du sentiment de pouvoir qu’ils détiennent sur les personnes qui louent leur maison. « On a l’impression qu’en Côte d’Ivoire, aucune loi ne régit l’habitat locatif, encore moins la relation locateur-locataire. Le premier se croit tout permis. Le second a fini par accepter sa position de dominé. Et donc, on assiste à tous les abus », regrette Massoul.

Victime lui aussi du diktat de son locateur, Dénis Kra s’en est finalement remis qu’à l’Office national de l’assainissement et du drainage (Onad). Dans le courrier qu’il a adressé, le 2 mars 2017, à la structure, il écrit: « Je suis locataire depuis 2010 d’un appartement de deux pièces à Abobo-Té, carrefour Tchapatcha, ilot 31 / lot 319 (…). Depuis 2015, je suis confronté à un problème d’insalubrité lié au ruissellement des eaux usées, eaux de vannes et pluviales qui stagnent dans la cour à cause du non fonctionnement des regards et des canalisations.

Ayant à cet effet saisi, à plusieurs reprises l’huissier en charge de la gestion de la maison, ce dernier m’a conduit auprès du propriétaire qui, après des échanges a déclaré ne pas être en mesure de faire des réparations. Et plus décevant, il m’a laissé entendre clairement qu’il serait préférable pour ma famille et moi de quitter son appartement si nous sommes insatisfaits ». Même s’il dit ne pas savoir à quelle porte il a frappé, Dénis soutient qu’il a besoin d’assistance. « J’espère que l’Onad va m’aider à régler mon problème », implore-t-il.

Les difficultés de Dénis ressemblent à celles que Larissa Kouakou nous a confiées à propos d’une voisine à Yopougon Niangon. « Chaque fois que la dame, qui est une amie, demande à la propriétaire de la maison de faire des travaux, cette dernière menace d’augmenter le loyer. Elle s’arc-boute sur cette position pour justifier, par exemple, son refus de réparer la clôture qui s’est effondrée, et de faire le dallage de la cour », explique-t-elle.

Conséquence, la voisine et sa famille sont obligées de vivre dans une maison (la seule dans le quartier) qui n’a pas de clôture, et dont la cour s’inonde après chaque pluie.

GERMAIN GABO

fratmat.info

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