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“Musique et amour ? C’est difficile”

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Patrick Andrey : “Musicien et amour ? C’est difficile”

Il y a quelques semaines,  Patrick Andrey, zoukeur martiniquais, était à Abidjan pour ‘’La grande nuit du zouk’’. Il en a profité pour s’ouvrir à Top Visages. Et tous les sujets y passent, de sa famille à son métier, en passant par ses relations avec les femmes.

‘’Comme un poison dans mes veines/Comme cette souffrance que je traîne/ Pourtant, on dit à chaque jour sa peine/ Là, tu vois, je perd les veines/ Car tu coules dans mes veines, tous  les mots qui peuvent me consoler, ne chasseront pas ma peine/ Tu coules dans mes veines, tous les mots et les poèmes de Verlaine ne peuvent pas dire combien je t’aime/ Regarde-moi ces amoureux, l’air heureux et insoucieux…’’, les  amateurs de zouk connaissent certainement ce refrain dont l’auteur n’est autre que Patrick Andrey. Pour la petite histoire, cet autre zoukeur martiniquais voulait devenir professeur de musique. Et pour ce faire, il avait fait des études de musicologie à l’Université de Paris VIII. Il s’était même spécialisé dans les orchestres symphoniques avant de prendre des cours particuliers d’orchestration, de composition, d’harmonie, etc. «C’était ma passion depuis l’âge de 13 ans où je chantais du Claude François, du Jackson Five», se souvient-il.

Mais entre 1993 et 1994, le jeune Patrick Andrey change quelque peu ses plans.  Il entre en studio sur proposition du producteur guadeloupéen Freddy Marshall. «Il m’a dit Patrick, je te donne

20 000 Francs Français (à l’époque) pour faire un album. J’étais étudiant et c’était beaucoup d’argent pour  moi. J’ai compris qu’on pouvait gagner de l’argent dans le show-biz. J’ai commencé à délaisser les études pour m’attacher à la musique. C’est comme cela que je suis entré dans le zouk», se rappelle-t-il.

  • Déjà 20 ans de carrière…

– Tout à fait ! Je n’ai pas trahi la musique. Je lui suis resté fidèle, jusqu’aujourd’hui. Entre-temps, j’ai écrit aussi un livre.

  • Comment t’es venu l’idée d’écrire le livre (Anticipation) en 2008 ?

– L’écriture a été une revanche pour moi. Parce qu’à l’école, je n’étais pas un élève assidu. L’école m’ennuyait en réalité. C’est après que je m’y suis intéressé. Peut-être qu’il y avait des gens plus doués que moi qui n’ont pas écrit de livre. C’est une revanche que je voulais prendre sur eux. Quand j’ai commencé à écrire, je ne faisais que faire des fautes. J’ai acheté un livre de conjugaison et de grammaire.

  • Tu es arrivé pour la première fois en Côte d’voire en 2004…

– Effectivement ! J’étais en Côte d’Ivoire en 2004 où j’ai fait la première partie du concert du rappeur français Bouba. C’était aussi l’année où j’ai sorti l’album ‘’De jour comme de nuit’’, avec la chanson ‘’Dans mes veines’’, que les Ivoiriens connaissent aujourd’hui. En 2004 quand on m’a proposé de venir  faire la première-partie de Bouba, je n’ai pas hésité à répondre positivement. Même si je ne savais pas que les Ivoiriens ne savaient rien de moi.

– En 2001, je partais déjà au Burkina-Faso pour des concerts avec mon premier album ‘’Andrey’’, sorti en 2000, qui a eu un gros succès là-bas. Du coup, je connaissais pratiquement le nom ‘’Côte d’Ivoire’’. Même si je vis à Paris, j’entendais parler de la Côte d’Ivoire, d’Abidjan, par sa musique avec le zouglou et le couper-décaler.

  • Pour ton premier séjour en Côte d’Ivoire, le public n’avait pas bien réagi…

– Oui ! Parce qu’en fait, le titre ‘’Dans mes veines’’, était à peine sorti sur le marché. Les gens ne connaissaient pas forcément la chanson. Je vais toujours me souvenir de ça, parce que ça m’a marqué. Le public ne bougeait pas du tout. D’une part, les gens ne me connaissaient pas et ils étaient là en train d’écouter quelqu’un chanter. Jusqu’au moment où j’ai chanté ‘’Dans tes yeux, l’amour’’, le public s’est levé subitement pour danser. Je me suis dit ‘’ouf ! Heureusement, ce titre-là est venu sauver la mise’’.

  • Qu’est-ce qui t’a marqué quand tu es arrivé pour la toute première fois en Côte d’Ivoire ?

– Ce qui m’a marqué pour la première fois, c’est le mélange de béton, l’eau et la nature en Côte d’Ivoire. Quand on voit le quartier Plateau avec ses grands bâtiments et la lagune Ebrié, j’ai trouvé ce mélange-là merveilleux, fantastique. Quand tu vas en Europe, on ne voit que du béton. Il y n’a pas d’eau et il n’y a pas ces choses-là, là-bas. Il n’y a pas la chaleur non plus et le côté équatorial de la température qu’on a ici. Tout cela crée quelque chose de particulier ici. J’ai connu véritablement les Ivoiriens lors de mon second séjour. Le premier séjour en 2004 a été très court pour moi. C’était à peine un week-end.

Je suis arrivé, j’ai chanté et je suis reparti. Je n’ai vraiment pas eu le temps  de discuter avec les gens. Les Ivoiriens ne m’ont vértitablement pas reconnu. Il a fallu dix ans pour que je revienne. Le contact s’est fait très rapidement.

  • A l’écoute de tes différentes productions, on a l’impression que l’amour est omniprésent. Qu’est-ce qui explique cela ?

– Il n’y a pas que l’amour dans mes albums. J’aborde d’autres sujets. Par exemple, il y a des titres en créole que les Ivoiriens ne comprennent pas, mais qui parlent de fête, de prostitution, de femmes battues etc.

  • Ton titre ‘’Celui qu’elle attend’’, par exemple, tu l’as écrit quand tu ne connaissais pas encore le grand amour. Explique-nous un peu…

– (Il rit) Oui ! C’est tout un album et c’est dans ‘’Intime’’, en 2006. Je l’ai écrit au moment où je ne vivais pas de sentiment amoureux avec quelqu’un. Je n’avais même pas de copine en ce moment-là. Je me suis dit que je vais créer un univers où je vais parler que d’amour. C’est comme cela que les titres ‘’A demi mot’’, ‘’Celui qu’elle attend’’, ‘’Je t’aime trop, tu vois’’, etc. ont été créés. Parce que j’aspirais à des sentiments amoureux.

  • Alors, enfin amoureux ?

– Le problème, c’est que quand tu fais ce métier, il est très difficile d’avoir une compagne. Parce que tu bouges beaucoup. J’étais en Côte d’Ivoire à peine dix jours. Avant la Côte d’Ivoire, j’étais au Cap-Vert, où je suis resté une semaine et je suis reparti à Paris pour au moins une journée. C’est difficile de pouvoir tenir une relation sérieuse avec une fille. Elle voudrait te voir tout le temps auprès d’elle. Aujourd’hui, je suis en Côte d’Ivoire, demain, je suis ailleurs. C’est difficile et comme chanter, c’est un métier que j’aime énormément, je sacrifie cette partie-là pour me consacrer à mon art.

  • N’empêche que tout homme a besoin d’amour…

– L’amour que je reçois, il vient du public. Cela vaut tous les diamants du monde. Les gens te donnent tellement d’amour que tu oublies la solitude pendant un bon bout de temps. C’est assez particulier, quand je chante et que je rencon-tre le public. Je reçois beaucoup d’amour des gens et ça me réconforte.

  • Peut-être mais ça ne remplace pas l’amour d’une femme

– Tu n’as pas tort. Mais le problème est que si je rencontre une Ivoirienne, par exemple, qu’est-ce que je fais ? Je lui dis que je repars et je ne sais pas quand je reviens ? Que va-t-elle penser ? Ce n’est pas évident. Tu vas rester un mois, voire quatre ou un an. Tu penses qu’elle va attendre un an ? Ce n’est pas possible. Soit, je décide d’arrêter la musique et vivre comme les autres. Je vais me stabiliser avec une personne et avec le métier que je fais, c’est très difficile. Même si je trouve l’âme sœur, comment va-t-elle accepter le fait que je bouge énormément ? C’est très compliqué et si j’avais une âme sœur, elle serait venue avec moi en Côte d’Ivoire.

– On est souvent seul dans ce métier qu’on fait. On semble être  souvent entouré de gens, mais ce n’est pas vrai. On est forcément dans une bulle quelque part. Dans un univers et les gens pensent qu’on connaît beaucoup de personnes. Ce n’est pas vrai. On ne connaît pas beaucoup de personnes. On chante pour beaucoup de personnes, mais on ne les connaît pas. Du coup, on se retrouve tout seul. C’est le paradoxe de ce métier-là. C’est pour cela que c’est difficile de construire quelque chose de concret.

  • Oui mais, tu dragues quand même…

– Oui, mais on  me drague aussi. J’aime aussi les jolies femmes. Je suis un homme comme tout le monde.  Quand tu t’attaches à quelqu’un ou quand la personne s’attache à toi, on revient encore dans le même problème, c’est-à-dire que la personne va s’attacher à toi, mais tu n’auras pas le temps pour elle. Cela crée de la souffrance et au bout d’un moment ça devient pénible. Quand j’ai commencé à chanter, j’ai découvert ça. J’ai découvert que les femmes aimaient ma musique. Je reste tranquille, je limite ces choses-là, pour éviter de faire du mal à quelqu’un.

  • Quels sont tes rapports avec ta famille, tes parents, tes frères, tes sœurs ?

– J’aime beaucoup ma famille. J’ai un frère et deux sœurs. Mais je suis comme Robinson Crusoé, c’est-à-dire quelqu’un qui se suffit. Je peux être dans une maison de quatre pièces, je reste dans une pièce et j’ignore les autres. Parce que j’aime bien le côté intime. C’est pour cela qu’avec ma famille, je les vois très rarement. C’est au téléphone, mais on n’est pas tout le temps ensemble. Je suis assez solitaire comme personne.

– Mes parents se sont séparés tôt. Ils sont déjà contents de mon parcours musical. Parce qu’il n’y a personne du côté de ma famille qui fait de la musique, vraiment. Ils m’ont découvert à la télé et écouté à la radio.

  • As-tu des enfants ?

– J’ai un seul garçon de 15 ans. Il est né en 1998, il s’appelle Michaël. Je ne suis pas quelqu’un de très papa poule, non plus. Je suis plutôt le papa qui va donner des conseils au lieu d’être présent tout le temps avec lui. Je ne supporte pas.

  • Pourquoi tu n’es pas resté avec la mère de ton fils ?

– Ce sont les choses de la vie. C’est très difficile à expliquer. On n’a jamais les raisons exactes, à savoir comment les gens se mettent ensemble ou ils se séparent ? Tu as une femme qui te trompe et quand tu lui demandes, elle ne sait pas quoi te dire. Elle va trouver une excuse pour te satisfaire et qui n’est pas la vérité. On ne peut pas justifier le pourquoi on fait des choses.

Par Patrick Bouyé 

bouyepat@topvisages.net

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