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Paris / Consty EKA :On m’a forcé à quitter la Côte d’Ivoire/ J’ai tout perdu

Consty EKA

Consty EKA : Il débarque sur Sud 1ère

Près de 13 ans qu’il a quitté la Côte d’Ivoire. Nous avons retrouvé Consty Eka du côté de Paris. Toujours dans la communication, l’homme vient d’entrer à Sud 1ère, une nouvelle chaîne de télé dont on parle de plus en plus, Consty évoque son actualité et revient sur son départ d’Abidjan.


ans les années 80, il faisait déjà entendre sa voix sur les ondes de radios. Puis, après son passage à Tabala FM, l’une des premières radio Black parisiennes, il pose ses valises sur les bords de la Lagune Ebrié où il participe au décollage de la 1ère FM ivoirienne Fréquence 2, au début des années 90. A Abidjan, Consty bâtit son empire de communication : CEKAM. Depuis sa Côte d’Ivoire d’adoption, sa côte de popularité grimpe en Afrique et son talent est reconnu partout dans le monde où sont les Africains de la diaspora. On se souvient des nombreux événements qu’il a organisés en Côte d’Ivoire et en Afrique. Entre autres, les Africar Music Awards, les Nuits de la Mode Africaine. Il compte aussi de multiples productions audiovisuelles à succès telles que ‘’Noël en couleur’’, ‘’Cameroun Top Star’’, Music Video Show pour ces dernières années. Patron de la radio Voltage 2 au Cameroun, le lauréat 2014 du Prix du meilleur communicateur vient de débarquer sur la télévision SUD 1ère. Pourquoi a-t-il quitté la Côte d’Ivoire ? Où était-il passé depuis son départ d’Abidjan ? Pourquoi le choix de SUD 1ere ? Consty Eka a bien voulu répondre à toutes ces questions ?
Entretien.

• J’ai envie de dire : enfin Consty sort de sa cachette.

– Moi, je suis en version World, je suis dans la planète. Je n’ai jamais été dans une cachette. Maintenant, si tu réduis tout à la Côte d’Ivoire, là, je peux te donner raison.

• Qu’as-tu fait dans cette version World après avoir quitté la Côte d’Ivoire ?

– On m’a un peu forcé à quitter la Côte d’Ivoire. Heureusement que les choses sont un peu revenues dans l’ordre. Mais j’ai simplement transféré tout ce que je faisais en Côte d’Ivoire. C’est-à- dire, la télévision et la radio. Aujourd’hui, je suis propriétaire de Voltage 2, une radio qui émet sur l’Afrique Centrale. Et la boîte CEKAM que j’ai montée à Abidjan, en 1993, continue de faire des productions télé. Je peux me vanter de ce que je possède une des rares sociétés de télévision à détenir au moins plus de 9.000 heures de programmes de télévision. Je crois qu’à part l’INA (Institut National d’Audiovisuel) en France, qui a plus 110.000 heures de programme, moi, je m’inscris depuis longtemps dans cette vision. C’est-à-dire de devenir un gros gite de productions télé.

• Je suis un peu surpris de t’entendre dire qu’on t’a forcé à quitter la Côte d’Ivoire ?

– J’ai tout perdu, tout ce que j’ai bâti en 20 ans en Côte d’Ivoire. Je suis propriétaire des locaux qui abritaient mes bureaux en Côte d’Ivoire. Tout a été pillé. Je veux dire qu’on te force, d’une certaine manière, en te créant des soucis financièrement parlant, en bloquant certaines de tes activités. Je dirais, en te glissant de grosses peaux de banane sous les pieds. Toutes ces choses ont fait que je suis parti. Et ça s’est concrétisé avec le pillage systématique de mes bureaux…

• La Côte d’Ivoire est tout de même un pays de droit ?

– Mais en ce moment-là, il n’y avait plus de droit. C’était n’importe quoi, c’était devenu la gabegie. Est-ce qu’il y avait même un commissariat à Abidjan ? C’est une mauvaise époque que je veux mettre loin derrière moi. Je peux simplement dire Dieu merci, l’année dernière, avec mon collaborateur, je suis allé dépoussiérer mes locaux après 13 ans d’absence. J’ai retrouvé mes bandes. Le plus important de ce que j’avais. C’étaient des productions essentielles

° Tu es amer envers la Côte d’Ivoire ?

– Je ne suis pas amer envers la Côte d’Ivoire. Tout a été fait pour qu’aujourd’hui je ne sois plus amer. Parce que moi, je ne crache pas sur mes amis. Le Ministre Hamed Bakayoko m’a permis, après 13 ans, de renouer avec la Côte d’Ivoire. Quand on dit qu’on aime un pays, quand on dit même qu’on est ivoirien, il faut le faire avec des preuves. Mon épouse est ivoirienne, mes enfants, à l’heure où je vous parle, sont en vacances en Côte d’Ivoire. J’ai des biens en Côte d’Ivoire que je n’ai même pas dans ce qu’on peut appeler son pays, naturellement parlant. Donc la Côte d’Ivoire, c’est dans mon cœur. Vous savez, quand vous divorcez, vous avez mal parce que personne ne peut comprendre et connaître les causes ; parce que c’est un mal qui est profond en vous et c’est parce que vous aimiez ou que vous continuez à aimer cette femme ; ou alors parce que vous savez que vous avez été trahi au plus profond de vous. Mais j’ai beaucoup perdu en Côte d’Ivoire, j’ai complètement recommencé à zéro. Heureusement que j’ai le soutien de mon épouse, de mes amis qui sont aujourd’hui au pouvoir qui me font oublier ce passé douloureux.

• Tu es désormais à SUD 1ère. Qu’est-ce qui a motivé le choix de cette chaîne ?

– Je connais le patron de SUD 1ère depuis 1988. C’est un professionnel de média, c’est quelqu’un qui a une vision qui s’apparente à la mienne. Alors, dès qu’il a tendu la perche à ma société de production, je me suis dit : pourquoi pas ? On y va ! J’ai un principe pour que CEKAM fasse des productions pour une chaine : il faut que sa ligne éditoriale corresponde à ce que je pense. Et voilà ! Nous collaborons et on a décidé d’aller très très fort. Et très vite.

• C’est quoi cette vision ?

– Il fait de la télévision comme moi je pense. D’abord, ce n’est pas une télévision totalement africaine. Les Africains vont se retrouver dans cette télévision, parce qu’il y aura des Africains, les Blancs vont se sentir dans cette chaîne parce qu’il y a des Blancs, les Antillais, tout le monde. C’est vraiment la première chaîne au départ de Paris qui est métissée. Et pour moi, c’est très important. Ensuite, il a une logique que j’aime : c’est-à- dire, faire des choses proprement et bien, sans apartheid, sans parti pris. Regardez, je suis arrivé avec des productions politiques, j’étais étonné de savoir qu’il n’y a pas du tout de partis pris politique. Regardez l’ouverture qu’il y a sur cette chaîne. Il y aura une série de productions politiques qui vont démarrer sur la Côte d’Ivoire. Là-dessus, il n’y a pas du tout de parti pris. D’autres m’auraient dit : non, c’est pas mes aspirations, je préfère qu’on travaille sur tel ou tel domaine. Il a ouvert son antenne à toutes les productions CEKAM.

• Tu n’as pas que des programmes politiques sur SUD 1ère ?

– J’ai 450 programmes pour deux saisons, comme nous, on parle en termes de saisons, à raison d’une émission toutes les semaines. Du prêt à diffuser sur deux saisons. Mais j’ai encore des émissions qui sont en post- production, donc plus de 500.
Je produis tous les jours que Dieu fait, même quand je suis en vacances. J’ai donc des émissions politiques, des émissions sur la santé, l’économie, la culture. Mais, par exemple, dans cette émission Exclusivité Planétaire, j’ai décidé de donner une chance à des jeunes pousses. Je considère avoir une certaine popularité, donc l’année dernière, par exemple, à Abidjan, j’ai enregistré des artistes qui n’avaient pas de nom, c’est-à-dire, ceux qui avaient besoin d’avoir une popularité à l’international. Et j’en ai une pléthore, pour te dire ; j’ai des productions de télé dans différents domaines.

• J’imagine que tu n’es pas seul à présenter toutes ces productions ?

– Non ! Les émissions médicales et économiques sont présentées par d’autres personnes. Mais il faut que les gens aspirent un peu à mes concepts, parce que c’est difficile aujourd’hui de trouver des gens qui répondent à ce que tu veux. Si je trouve des gens aptes, je fais avec eux. Mais pour les émissions politiques, je les fais moi-même, parce que c’est une vision. Certains ne savent pas que je conçois beaucoup de programmes de communication politiques. La première, c’était il y a près de 20 ans, avec le président Bongo.

A cette époque, il n’y avait pas de chaîne privée en Afrique. Mais je l’ai diffusée sur TV5. Cette émission politique, c’est moi qui la présente. Je vais aussi avoir une autre émission, toujours sur SUD 1ère. J’ai aussi une émission pour mes amours de culture que je présente aussi.

• Bientôt Consty en Côte d’Ivoire ?

– J’y étais déjà l’année dernière. Je mets en place des capsules pour la campagne électorale, parce que la Côte d’Ivoire a montré des prouesses qu’aucun pays, avec la même histoire, n’a pu faire avec un tel revirement. En moins de 4 ans, on a vu une Côte d’Ivoire, qui sort d’une guerre de 10 ans, permettre a des investisseurs étrangers d’arriver de part et d’autres. Ça veut dire que le pays a donné un engouement. Il y a des réparations qui se font de part et d’autres à ceux qui ont perdu leurs biens. Vous savez, perdre 20 ans de sa vie !… Moi, j’avais du matériel chiffré à plus d’un milliard. Aujourd’hui, on achète une caméra à 5000 euros (près de 3 250 000 F CFA).

A l’époque, une seule camera nous coûtait 60 millions de francs CFA. J’en avais 10. J’avais des tables de mixage que je prêtais à beaucoup de boîtes de production. J’ai perdu tout ça et ça me fait mal au cœur, parce que c’est une grosse partie de ma vie qui est partie. Malgré tout, je vais en Côte d’Ivoire, il y a un bon gouvernement, j’ai des amis, des relations qui me donnent envie de revenir dans ce pays. Même sa propre famille, son propre pays, on peut l’oublier par moments. Il y a des apatrides, il y a des gens qui s’exilent, ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas; c’est pace qu’ils ont souffert. Donc, je considère aujourd’hui que la Côte d’Ivoire, c’est chez moi. Quand on me voit travailler ailleurs, on sent toujours que j’ai un zeste de la Côte d’Ivoire. Il n’y a rien que je fais où il n’y a pas la Côte d’Ivoire.

• Par exemple ?

– Ho lala ! On va y passer la journée si je me mets à citer. Volatage 2, ma radio, au Cameroun, il y a de la Côte d’Ivoire dans sa programmation musicale. Même lorsque je fais des émissions qui sont reprises par une chaîne de radio, on y sent la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, je pense que ce pays qui est un pays qui fédère toute l’Afrique devrait avoir tout le continent à ses côtés pour regagner son statut de plaque tournante.

Carino DE DIMI à Paris
carino_ad@yahoo.fr

Source : www.topvisages.net

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