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Queen Etémé: grande chanteuse“Ma vie sentimentale, un désastre”

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Queen Etémé : “Ma vie sentimentale, un désastre”

La chanteuse camerounaise, Queen Etémé a fait certainement d’Abidjan sa base. Puisqu’elle y était, il n’y a pas longtemps pour achever un projet musical réalisé avec des artistes-chanteuses ivoiriennes. Depuis quelques mois, elle a été sollicitée par la RTI pour aider les candidats de Star Karaoké 2014 à perfectionner leur voix. Dans cette entrevue, la chanteuse  parle de sa vie et de la construction d’une école de musique, spécialisée dans la perfection de voix. Un projet qui lui tient particulièrement à cœur.

Delphine Etémé, alias Queen Etémé, a une voix, une présence, un charme, une sensualité dans ses chansons. Elle n’a pas vraiment usurpé son statut de grande chanteuse. Aînée d’une famille de six enfants, celle qui était destinée à une carrière de juriste ou de médecin, plaque tout pour se retrouver avec un micro à la main. Est-ce un signe prémonitoire ? Puisque Queen a été bercée depuis son enfance par les chants de sa grand-mère dans son village à Endinding. Puis, elle a été initiée par un père mélomane aux rythmes camerounais (bikutsi, magambeu, makossa) et étrangers (jazz, bossa nova, blues, rumba….). ‘’C’est une passion, je ne peux pas faire autrement. C’est ma raison de vivre et je ne peux tout simplement pas m’en passer. Il a fallu tout de même que j’aille au bout de mes études, pour convaincre mes parents que je pouvais enfin commencer à faire de la musique’’, confie-t-elle. Au départ, ses parents n’étaient pas d’accord avec son choix de se lancer dans une carrière musicale. ‘’Il y a eu beaucoup de grincements de dents. Quand mon père m’a envoyée en France à l’âge de 16 ans, c’était une manière de prendre une revanche sur la vie. Parce qu’il n’est pas arrivé loin dans les études. Mes parents ont sacrifié toutes leurs économies pour que je sois une locomotive pour mes frères et sœurs. Je ne suis pas devenue  médecin comme le voulait mon père. Au bout de 22 ans de carrière musicale, ils ont jeté l’éponge’’, dit-elle.

A Paris, elle intègre une chorale de gospel comptant plus de cent choristes. Repérée par la chef de chœur, elle est très vite promue soliste au sein de l’ensemble. Grâce à son talent et à son travail, Queen Etémé collabore avec de nombreux artistes populaires. Elle est même sollicitée pour l’enregistrement d’albums en studio et pour des concerts live. Queen multiplie également les expériences musicales et sera amenée à travailler avec des artistes tels que Ismaël Lo, Alpha Blondy, Papa Wemba, Gino Sitson…

En 1998, celle que l’on nomme déjà ‘’Queen Etémé’’, fait une rencontre décisive avec Carole Frédéricks, qui la rassure et l’encourage. C’est lors d’un concert à Paris, au New Morning qu’elle est remarquée par Manu Dibango, qui lui demande de travailler avec lui. C’est le début d’une longue collaboration. Ensuite, Eric Tavelli (il a entre autres fait travailler les artistes françaises Laam, Zazie, Assia…), célèbre professeur de chant tombe sous le charme de la voix de Queen Etémé. Il lui permet de s’assumer, d’aller au bout de son talent vocal et de résolument croire en elle-même. ‘’J’avais déjà une voix très développée, mais j’ai continué à la travailler avec lui. Cela nécessitait beaucoup de boulot. Il faut surtout savoir se servir de sa voix et maîtriser les techniques vocales. Ne serait-ce que pour ne pas se faire mal parce que c’est un instrument précieux’’, dit-elle. Elle publie en 2003, avec le compositeur Dovi, son premier album, ‘’Soki’’. La chanteuse qui ne manque jamais l’occasion de visiter la Côte d’Ivoire, a été pendant deux mois, la coach vocale des candidats de l’émission musicale, Star Karaoké 2014 de la RTI.

  • Vous êtes de plus en plus régulière à Abidjan…

– Oui ! Je suis à Abidjan pour terminer un projet musical que nous avons commencé depuis décembre 2013. Il s’agit de l’enregistrement d’un album intitulé, ‘’Fils d’Afrique’’. Actuellement, nous sommes sur la phase de la réalisation du clip-vidéo. C’est une chanson sur la paix. Et sur ce projet, je suis avec mes sœurs chanteuses ivoiriennes Monique Séka, Nayanka Bell, Aïcha Koné, Antoinette Konan, Reine Pélagie, Chantal Taïba, Alla Thérèse. C’est une idée de mon producteur qui travaille aussi avec Aïcha Koné. Il a voulu qu’on réunisse nos voix pour porter haut et fort le message de la paix à travers le monde. Au-delà d’être des artistes-chanteuses, nous sommes d’abord des mères. Je pense que la femme étant porteuse de valeur, on a une mission, celle de continuer à chanter la paix.

  • Comment avez-vous épousé ce projet ?

– C’est avec beaucoup de joie et de confiance aussi. Parce que mon producteur est quelqu’un qui a une grande vision et qui aime associer les grandes voix de la musique africaine. J’ai trouvé ce projet musical formidable, pas seulement parce que la Côte d’Ivoire est en train de revenir sur le plan culturel et de reprendre sa place de plaque tournante du show-biz africain. Mais surtout, parce que ce pays sort de la guerre. Ça me fait plaisir de pouvoir, ensemble avec toutes mes sœurs, porter d’une seule voix le message de la paix.

– Ce projet musical coïncide en même temps avec les 20 ans du décès du père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny. C’est aussi une occasion pour lui rendre hommage. Parce qu’il a beaucoup œuvré pour la paix en Afrique et dans le monde.

  • Que retenez-vous de Houphouët-Boigny ?

– Pour moi, il a été un grand visionnaire pour l’Afrique. Il y a qu’à voir la Côte d’Ivoire comment elle est construite. Je suis honorée à ce titre de pouvoir associer ma voix dans un projet d’une telle envergure. Je l’ai connu aussi à travers Manu Dibango qui me parlait de lui. Manu Dibango a été l’un des artistes étrangers à venir s’installer à l’époque en Côte d’Ivoire. Il a été le directeur artistique de l’orchestre de la RTI.

  • Pourquoi votre producteur a-t-il fait le choix des chanteuses ivoiriennes ?

– Ce n’était pas évident de réunir plusieurs chanteuses ivoiriennes et même africaines. Avec nos emplois du temps respectifs qui ne coïncident pas. Nous ne résidons pas au même endroit. C’est d’ailleurs ce qui m’oblige à venir en Côte d’Ivoire. C’est plus simple et on ne pouvait pas drainer les autres chanteuses au Cameroun. Vous imaginez si pour le premier jet de ce projet, nous avions New York, le Brésil, etc., le projet serait interminable. Il s’agissait donc dans un premier temps d’avoir une base qui est la Côte d’Ivoire où résident la plupart des chanteuses, même s’il y a quand-même une ou deux qui sont à l’extérieur. C’est pour des problèmes logistiques et d’efficacité qu’Abidjan a été choisie.

  • A quand la sortie de ‘’Fils d’Afrique’’ ?

– C’est pour bientôt. Nous avons un producteur qui est très méticuleux et exigeant. Tant que le produit n’est pas bon, il ne sort pas. Parce qu’on a envie de donner le meilleur de nous-mêmes. C’est environ une dizaine de chansons sur l’album. Il y a un titre que nous avons chanté ensemble et chacune a au moins fait deux chansons. C’est de gratifier le public d’un album éclectique et très ouvert avec des styles musicaux et des couleurs vocales variées.

  • Quelle est selon vous la définition de la paix ?

– La paix, c’est vivre en harmonie avec soi-même et avec son frère,

sa sœur, son voisin. C’est vivre en harmonie avec tout ce qui nous entoure. Parce que sans cette harmonie, on ne peut pas construire, s’épanouir, émerger, on ne peut pas rayonner. Tout le monde est concerné, tout le monde a un rôle à jouer. C’est pour cela que nous, en tant qu’artistes, leaders d’opinion, mères de famille, femmes africaines porteuses de valeur et d’humanité nous intervenons. Nous avons aussi ce devoir de continuer sans critiquer, juger, stigmatiser… continuer à sensibiliser les gens en leur disant que s’il n’y a pas de paix, il ne peut pas y avoir d’émergence. Pas seulement pour l’Afrique, mais pour le monde tout simplement.

  • Vous avez mal quand vous voyez toutes ces atrocités en Afrique ?

– J’ai vraiment mal quand je vois toutes ces guerres et autres crises en Afrique. Ça nous fait régresser et ça nous fait perdre beaucoup de temps. Alors que le monde est à la mondialisation. Les autres avancent à une vitesse exponentielle. Nous sommes toujours en arrière à cause des crises qui nous mettent en retard. L’Afrique a tellement de potentialités, et quand il y a des tensions, tout est perdu.

  • Qu’est-ce qui vous a marquée quand vous êtes arrivée en 2010 en Côte d’Ivoire pour la première fois ?

– Je connais la Côte d’Ivoire à travers pas mal d’artistes africains que j’ai côtoyés à Paris. La Côte d’Ivoire a été importante pour bon nombre d’artistes africains comme Bébé Manga, Lokoua Kanza, Koffi Olomidé.  Ces artistes me parlaient souvent en bien de ce pays. Quand je suis arrivée ici en 2010, c’est d’abord l’hospitalité des gens qui m’a marquée. La Côte d’Ivoire correspondait déjà à l’image qu’on m’avait dépeinte à travers ses artistes. Elle n’est pas différente du Cameroun. L’Ivoirien, c’est quelqu’un qui aime faire la fête, qui respire la joie. C’est comme le Camerounais. C’est quelqu’un qui aime aller vers les autres. C’est quelqu’un qui aime bien manger aussi.

  • Le public ivoirien a connu Queen Etémé en 2010. Aujourd’hui, tu as sorti un 4ème album depuis février 2013 qui n’est pas encore connu en Côte d’Ivoire…

– C’est vrai ! L’album est baptisé, ‘’Bi Mawo’’ (NDLR : tiens ma main) avec 14 titres. Il est sorti simultanément en France et au Cameroun depuis février 2013. La Côte d’Ivoire et le reste de l’Afrique recevrons

l’album d’ici quelques mois. L’année 2014 va être une année où je vais beaucoup bouger. Je vais aller à la rencontre du public et aussi des médias. Même si j’ai des activités extra-artistiques.

  • Pourquoi voulez-vous créer en Afrique une école pour enseigner la perfection des voix ?

– Depuis que je suis rentrée en Afrique, j’étais en train de faire les investigations. Maintenant, je suis au stade de l’action. Pour passer à l’action, quand on a une vision, il faut vraiment s’assurer qu’on est dans le sens de la vision. Et mobiliser toutes les ressources financières, matérielles, logistiques, spirituelles pour accomplir la vision. Je suis en train d’ériger une école panafricaine de perfectionnement de la voix. Cette école va associer musique et étude pour permettre à l’artiste de demain, d’être un leader culturel. Je compte réaliser ce projet au Bénin. C’est pour cela que ça prend beaucoup de temps. J’hésite pour le moment entre le Cameroun et un autre pays. Comme l’école a une vocation panafricaine, en la mettant au Cameroun, les gens vont penser que c’est parce que je suis camerounaise, que j’ai choisi ce pays.

  • Qu’en est-il de la vie sentimentale de Queen Etémé ?

– Vous voulez que je parle de ma vie sentimentale ? C’est un vrai désas-tre. Mais tout ce que Dieu fait, est bon. Peut-être aussi, est-ce le prix du sacrifice. Je n’ai pas de vie privée. Je n’ai que mes enfants.

Puisque j’ai un enfant biologique de 15 ans et un autre de 25 ans adopté, qui sont aussi musiciens. Je suis fière de les avoir. Et la musique est une passion que je partage avec mes enfants.

  • C’est quoi le désastre ?

– Le père de mon enfant est décédé en 2006. Depuis, je n’ai pas encore trouvé un autre homme dans ma vie. Je me suis tournée vers ma carrière. Mais avec l’âge et la maturité, je me suis dit pourquoi ne pas avoir un mari? Je me dis si Dieu me donne la grâce d’avoir un mari, c’est vraiment le sésame. Je veux quelqu’un qui a une vision, qui a des grandes valeurs. Il y a eu beaucoup de propositions, ce n’est pas parce qu’on a rencontré quelqu’un avec qui on s’entend, avec qui on partage des valeurs que forcément vous pouvez aboutir au mariage. Tu peux avoir un homme dans ta vie qui est ton meilleur ami, ton confident, ton partenaire. Mais en fait, le mariage, c’est autre chose. C’est une institution divine. Il ne faut pas l’aborder de façon légère.

Par Patrick Bouyé

bouyepat@topvisages.net

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