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Reportage :le Voyage au cœur de l’école de Rose-Marie Guiraud

mari rose guiraud

Un village de type africain doté de 7 cases. Un jardin botanique. Une administration forte d’une dizaine de personnes. Des salles de concert et de spectacle des arts de la scène. Un musée des arts traditionnels africains. Un amphithéâtre de 1500 places (dont les travaux se sont arrêtés). Des petits champs de manioc, de banane et un studio d’enregistrement d’artistes-musiciens dont le propriétaire n’est autre que son époux et compagnon de tous les jours, l’Américain, Emmett McDonald. Tel est le décor qu’offre, désormais, l’École de danse et d’échange culturel (Edec) de la pionnière de la danse en Côte d’Ivoire, Rose-Marie Guiraud, à la Riviera.

Un lieu qui renaît désormais à la vie et qui plus est, navigue entre modernisme et tradition africaine. Nous avons fait une incursion dans cette mythique école qui renaît depuis le retour de la ”mère des lieux”. ”C’est un modernisme à visage africain”, s’est plu Marie Rose Guiraud à définir l’architecture de son institution, à notre arrivée. Nous voici à l’Edec, un établissement qui se dresse sur plus de 1700 ha, en plein cœur de ce très résidentiel quartier de la capitale économique ivoirienne. Même si pour la ”Mémé” de grands travaux restent encore à faire, les herbes, algues qui jonchaient l’Edec, autrefois (durant ses quatorze années d’absence) ne sont que des vieux souvenirs.

L’espace a été viabilisé. Les enfants (les plus jeunes dont l’âge oscille entre 7 et 15 ans) s’adonnent à cœur joie à des jeux et autres danses dans le périmètre réservé au pensionnat de Marie Rose Guiraud. Il est environ 11 h, ce jour-là. ”Maman Rose Guiraud” reçoit notre équipe de reportage. C’est le secrétaire de l’Edec qui nous conduit à la salle de répétition des élèves. Sur les lieux, la ”Mémé” est en pleine démonstration sous les regards attentifs des apprenants. Malgré ses 70 ans révolus, elle n’a point perdu de son physique et de son génie. Mieux, elle se sent ”ragaillardie” et semble avoir retrouvé ”ses jambes et sa finesse de jeunesse” pour un embarquement immédiat pour un voyage rythmé au son des Djembé ( Tam-tam), des danses chaudes du paysage chorégraphique ivoirien ( Baoulé,Wê, Akyé, Gouro, Bété etc)-un voyage fusionnel au cœur des cultures ivoiriennes où le langage du corps est en communion avec l’esprit. Elle esquisse des pas de danse et se met au même titre que les plus jeunes (toujours admiratifs de leur modèle) à des pirouettes et autres composantes de la danse africaine. Après sa brillante démonstration, nous explique-t-elle,”les danses en Afrique sont multiples. Chaque peuple s’appuie sur une gestuelle, une rythmique différente, pour exprimer des choses aussi essentielles que le sens de la vie. La danse est un élément du patrimoine culturel africain. Elle est l’expression vivante de sa philosophie et de la mémoire de son évolution. Danser, c’est témoigner d’une connaissance et la transmettre. C’est aussi révéler la diversité d’un continent, d’un pays. Ces multiples richesses sont aussi bien symboliques, mystiques que spirituelles”. Ellenous fait visiter, par monts et par vaux, son centre.

Le sens de la fraternité à l’Edec

Il est maintenant 11h 45 minutes et à Gloéta (village au cœur de l’École comprenant 7 cases de type africain), des jeunes filles pensionnaires du centre (de service) s’activent pour faire à manger à ”toute la grande famille de Marie Rose Guiraud” ( 75 pensionnaires et la dizaine de membres de l’administration) tandis que les autres sont en plein cours de danses traditionnelles ivoiriennes. Rivalisent donc bruyamment, d’un côté, des bruits d’instruments extraits de la cosmogonie musicale africaine ( les Djembés, Balafon, la Calimba…) et de l’autre, les bruits des adjuvants de la gastronomie africaine, entre autres, mortiers, pilons, vans. ” Vous voyez, ce sont mes enfants. Elles sont en train de préparer pour nous tous. C’est comme ça ici. C’est la fraternité africaine. Nous mangeons ensemble, nous partageons tout”, nous explique l’ex-secrétaire à l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire dans les années 1960, le visage plein de joie et d’émotions, en compagnie de son époux, Emmett McDonald, visiblement, fier.

Ensuite, l’anthropologue des danses traditionnelles africaines nous conduit dans le musée de son centre. En ce lieu, se trouvent des éléments de l’art primitif africain. Comme les masques africains, les sièges traditionnels (meubles d’art africain, la chaise à palabres), la sculpture contemporaine en bois, les tissus d’Afrique, la poterie artisanale d’Afrique, la peinture africaine, l’artisanat décoratif en Afrique… ”Vous savez, je suis convertie à l’Islam, mais cela ne veut pas dire que je dois rejeter mes racines. Même les occidentaux et autres peuples qui sont venus nous apporter les religions que nous pratiquons, n’ont pour autant mis carrément de côté leurs pratiques ancestrales. La franc-maçonnerie et autres sectes dont on parle, font partie de la tradition des occidentaux qu’ils n’ont pas laissée”, nous explique la patronne de la troupe les ”Guirivoires”, avant de nous présenter le projet de ses rêves actuels. ”Mon plus grand rêve en ce moment, c’est de terminer l’amphithéâtre de 1500 places. Ce bâtiment va comprendre un auditorium qui doit abriter des vestiaires. Je n’ai pas pu terminer à cause de ma maladie qui m’a éloignée du pays pendant 14 ans”, nous dit-elle en croyant fermement qu’il peut, s’il est terminé, soulager le problème de manque de salles de spectacle à Abidjan. ” Aujourd’hui, vous-mêmes constatez le problème de salles à Abidjan. Le palais de la culture est fermé pour travaux. À ce moment et si cette salle était terminée elle pouvait servir aux spectacles. C’est pourquoi, j’en appelle aux bonnes volontés de m’aider à terminer ce bâtiment qui fera certainement du bien aux artistes ivoiriens”, pense-t-elle.

Cédric ZOHE

L’INTER

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