09242017Headline:

Une journaliste s’est promenée seins nus à Montréal. Et il n’y a pas eu d’apocalypse

 

L’autre jour, je me suis promenée seins nus.

Non, je ne suis pas une Femen, je ne suis pas une mère qui allaite et je ne suis pas non plus une fillette de trois ans à la piscine.

Je suis journaliste. Et à ce titre, j’ai décidé de documenter ce qui se produit, concrètement, quand une femme se promène torse nu l’été.

J’ai donc pris une marche dans le centre-ville de Montréal, sur Sainte-Catherine, avec un photographe à quelques mètres de moi – lui aussi torse nu – qui immortalisait la réaction des passants. Je portais des shorts normcore et j’avais mis mon t-shirt dans ma poche arrière, avec mon calepin de notes. Ne craignez rien pour moi, j’avais mis de la crème solaire.

J’ai croisé environ 200 personnes et comme vous pouvez le constater, il n’y a pas eu beaucoup de péripéties qui ont entravé ma route. J’ai eu droit à quelques regards amusés, quelques regards surpris, mais dans l’ensemble, on m’a surtout témoigné beaucoup d’indifférence.

Voilà la liste des choses qui sont arrivées :

Des gens m’ont souri
Beaucoup de gens m’ont ignorée
Quelques personnes se sont retournées sur mon passage
Un homme m’a interpellé avec un « hey bébé »
J’ai entendu un rire sur mon passage
Deux jeunes femmes m’ont demandé des indications vers un magasin
Voici maintenant la liste des choses qui ne se sont pas produites :

Personne ne m’a agressée sexuellement
Personne ne m’a insultée
Personne ne s’est mis à se masturber en public en me voyant
Personne ne m’a fait de menaces
Personne ne m’a regardée avec mépris, haine ou dégoût
Si j’ai fait cette petite expérience, c’est que plusieurs histoires concernant la nudité du torse féminin ont attiré mon attention cet été, comme cette histoire qui a dégénéré d’une petite fille de trois ans qui ne voulait pas porter son haut de costume de bain à la pataugeoire.

Quand on lit sur le web les commentaires de plusieurs internautes à propos de ces histoires (mais aussi l’opinion de ce sexologue interviewé par le Journal de Montréal), ça semble vraiment très grave d’être seins nus quand on est un être humain né avec un vagin. Selon ces avis, les femmes – et la société en général – courent un grand péril si on commence à voir des seins féminins hors d’un contexte pornographique. Viols, séances de masturbations publiques, dévaluation du corps… voilà quelques-unes des menaces évoquées.

On explique ceci en affirmant que les hommes sont attirés sexuellement par les seins des femmes. Soit. Mais j’aimerais aborder ici un problème logique important à propos de cette explication, c’est-à-dire que beaucoup de gens n’en ont rien à faire, sur le plan sexuel, des seins des femmes et qu’au contraire, c’est le torse masculin qui les excite. Personnellement (je vous fais une confidence, ça reste entre nous?), le torse nu d’un bel homme peut éveiller en moi un désir sexuel très franc. Et je sais que je ne suis pas la seule femme dans cette situation.

ryan gosling

Si on prend en considération les femmes hétérosexuelles et les hommes gais, on se retrouve avec deux groupes d’individus qui représentent une importante proportion de la population, qui sont attirés par le corps des hommes et non par le corps des femmes.

Pourquoi, alors, plusieurs personnes considèrent-elles que les torses nus sont acceptables chez la gent masculine, mais pas chez la gent féminine? Est-ce que le désir des gais et des femmes « vaut moins » que le désir des hommes hétéro?

On envoie en même temps un curieux message aux hommes en insistant pour leur cacher les seins féminins : on leur dit en quelque sorte que leur désir est avilissant. Comme Méduse, ce qui croise leur regard serait automatiquement condamné…

Vous savez, il existe des provinces canadiennes où le droit des femmes de se promener seins nus a été reconnu après des batailles juridiques : en Ontario, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. C’est aussi un droit reconnu à New York, aux États-Unis.

Au Québec, la situation n’est pas du tout claire. Il semble y avoir un flou juridique à ce sujet. Les Femen, par exemple, n’ont pas été accusées de grossière indécence en lien avec leur manifestation à l’Assemblée nationale l’automne dernier, mais une des militantes a été accusée d’indécence cet été en lien avec une manifestation pendant le Grand Prix de la Formule 1. Mais encore là, l’accusation porte sur le fait qu’elle faisait semblant de se masturber avec un dildo et non sur le fait qu’elle était seins nus. Un procès doit bientôt avoir lieu, et la porte-parole québécoise des Femen, Xenia, me dit qu’elle a très hâte.

En ce qui nous concerne, moi et mes seins, nous avons trouvé notre promenade très agréable. Il faisait chaud, il faisait beau, et les badauds étaient respectueux.

Il y a un an, si vous m’aviez posé la question, je vous aurais dit sans aucune hésitation que jamais de ma vie je ne serais game de montrer mes seins en public. Mais en fait, ça n’a pas été très difficile.

Alors oui, aujourd’hui, je me suis baladé les seins nus. Et il n’y a pas eu d’apocalypse.

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