05222017Headline:

VIDEOS« Les enfants d’Houphouët » : l’incroyable histoire des Ziguehis, les anciens caïds d’Abidjan/que sont-ils devenus?

Quand on entend la voix douce de Sahin Polo présenter son documentaire « Les enfants d’Houphouët », sorti en décembre 2016 et prochainement en DVD, on peine à l’imaginer, il y a 30 ans, affronter les gangs rivaux d’Abidjan dans de grandes bagarres à base d’arts martiaux…

L’homme s’est transformé, en 1990, grâce à une rencontre inhabituelle : « Ce soir là, on faisait la sécurité autour d’un concert. Là, quelqu’un vient nous voir et nous dit « Y a un koutrou [chef en nouchi, NDLR] qui veut vous voir ». Douze membres influents de différents gangs sont sélectionnés comme ça ».

Sahin et les autres Ziguehis sont conduits au palais présidentiel et patientent de longues heures dans une salle. « Vers 2 heure du matin, on voit tous les généraux du pays entrer dans la pièce. Et là, le président Houphouët-Boigny arrive, en peignoir. On a eu la peur de notre vie. On pensait que c’était la fin, qu’on allait disparaître. Le Vieux nous regarde et nous dit « Vous êtes mes enfants, je ne veux plus qu’on vous appelle les caïds ». On a tous pleuré. Même dans nos rêves les plus fou, on n’aurait jamais imaginé ça. D’où le titre du film. »

Cette soirée marque la fin des guerres de gangs. Grâce à l’aide financière du Vieux, certains Ziguehis ont repris leurs études, d’autres ont créé leur société de sécurité, sont entrés dans la gendarmerie ou dans les ordres, comme le célèbre Bishop Kodia Guy Vincent.

Sahin n’est pas naïf. Il sait que cette rencontre a été motivée, au départ, par des calculs politiques : « À Abidjan, chaque quartier était contrôlé par des gangs. Houphouët a constaté que, avec l’arrivé du multipartisme, en 1990, certains opposants politiques prenaient contact avec ces gangs. Il a voulu les devancer. »

Sahin est fier de l’héritage culturel des Ziguehis, qui compte en particulier le nouchi

Mais si le « Vieux » avait seulement voulu acheter sa tranquillité, l’opération n’aurait pas rencontré un tel succès. Car ce n’est pas l’argent qui a fait changer Sahin, mais l’intérêt que le président leur a témoigné : « Houphouët a partagé sa vision des choses, du pays, avec nous. Il nous a rencontré plusieurs fois et écoutés. Ça nous a donné envie d’apporter aussi quelque chose au pays ».

Aujourd’hui, Sahin est fier de l’héritage culturel des Ziguehis, qui compte en particulier le nouchi [argot qui mélange les langues pratiquées dans le pays, NDLR]. « On retrouve le nouchi partout aujourd’hui, dans les pubs, les clips, les discours politiques, et même dans le dictionnaire français [avec enjailler, NDLR] ».

Il cite aussi la danse Gnama Gnama, inventée en prison par John Pololo, le plus célèbre d’entre eux. « Elle a inspiré toutes les danses urbaines abidjanaises (zouglou, coupé décalé…). Ça veut dire ‘saleté’ en Malinké. Ça représente bien notre culture : recycler la saleté de la rue en quelque chose de beau. »

Aujoud’hui, Sahin veut partager cette culture et valoriser ses aspects positifs. « Il y a une richesse culturelle positive dans la rue. Les gens doivent savoir que ceux qui sont à la base de toute cette création ce sont les Ziguehis. Ce film revendique ce droit. »

Charles Bouessel

jeuneafrique

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