07162018Headline:

Des révélations sur l’arrestation du “gros bras” de Fabrice sawegnon…

Le gros bras le plus célèbre de Côte d’Ivoire, Azrapanhou, s’est confié à nous après sa sortie de la Préfecture de police d’Abidjan où il était détenu.
Dans cette interview, Azra raconte ce qu’il a réellement vécu entre le site d’enrôlement de l’école de la Chambre de Commerce d’Abidjan où l’incident a eu lieu à la Préfecture de Police du Plateau.

-Présente-toi à nos internautes?

Je suis Gnohou Montéhonta Azrapanhou à l’état-civil. Je suis chef d’entreprise et animateur chroniqueur à la RTI.

-Peux-tu nous retracer un peu ce parcours qui t’a fait connaître aux Ivoiriens avant d’atterrir à la RTI comme chroniqueur?

Je tais les noms de certaines entreprises avec lesquelles j’ai travaillé. Mais je dirai que c’est en tant que mannequin photo et acteur publicité que je me suis fait connaître en 1998. Tout a commencé avec la publicité de la carte prépayée « Nasuba ». Ensuite, mon image a été cooptée pour le calendrier Sprite et plusieurs autres publicité à travers affiches et autres visuels, avant de finir par celle de la bière « Number One » qui a été le véritable déclic.

LES FAITS : PARTI POUR SE FAIRE ENROLER, IL SE RETROUVE EN PRISON

-Revenons à ton actualité récente. Que s’est-il réellement passé au Plateau pour que tu sois arrêté, bastonné et emprisonné ?

-Mes amis et moi sommes allés au Plateau pour nous faire enrôler… Face à la forte affluence prévisible, je leur ai demandé de venir tôt afin d’éviter les longues files d’attente. Certains sont donc arrivés sur les lieux à 4H30 pour vite finir et vaquer ensuite à leurs occupations professionnelles car il y’a des responsables d’entreprises parmi nous. Je faisais le tour des centres pour donner le petit café à certains et vérifier si tout se passait bien car c’est pour moi qu’ils sont se sont déplacés au Plateau.

A ma sortie du centre d’ESAM où je venais d’échanger avec quelques amis, une voiture au portail attire l’attention de tout le monde. Elle a en effet klaxonné avec une telle force que même le gardien a été irrité. La voiture s’est arrêtée à 5m environ de moi alors que je sortais. Le conducteur, au téléphone, sort du véhicule et se dirige vers moi en m’interpelant en ces termes : « Oh… » et en me pointant du doigt. Un monsieur que je ne le connais pas.

– Vers quelle heure se sont déroulés ces faits ?

Il était environ 7heures du matin. Le monsieur se trouvait sur mon côté gauche ; ne le connaissant ni d’Adam, ni d’Eve, je cherchais sur ma droite pour voir s’il s’adressait à une tierce personne. Et je me suis rendu compte que c’est à moi qu’il s’adressait ainsi.

-Ensuite, que s’est-il passé…?

Sans m’occuper de lui, je continuais à consulter mon téléphone connecté à l’Internet. Mais la personne me parle avec autorité et dédain, m’interpellant en ces termes; « Oh, je te parle, non?… Je te demande ce que tu fais ici?… ». Silencieux, me demandant si j’avais commis une gaffe ou que j’étais mal habillé, je m’entendais répéter : « Tu vas me répondre, tu vas me répondre… ». Les questions continuaient de trottiner dans mon esprit, notamment celle de savoir si je n’étais pas Ivoirien. N’avais-je pas le droit de venir me faire enrôler en tant que citoyen de ce pays? Avait-il ramassé mes pièces?… Etc. Vu que je ne me reprochais rien de tout cela, un échange s’engage entre nous. Je lui ai fait savoir qu’il ne peut se foutre de moi en s’adressant ainsi, n’étant pas un délinquant. Les gens ont alors commencé à affluer et à me calmer. Après quoi, j’ai continué mon chemin pour aller visiter d’autres amis sur d’autres sites.

Justement, qui sont ces personnes-là ?

Ce sont des collaborateurs qui travaillent avec moi dans diverses activités… Et donc, je me suis rendu à l’EPP RAN, puis au Collègue Moderne et enfin à la Chambre de Commerce où je devais me faire enrôler. Là, un gros car de transport stationné déversait son flot de gens venus se faire enrôler également là. En raison des embouteillages, j’ai stationné au feu tricolore, près de l’hôtel. J’étais avec une de mes collaboratrices et un jeune qui me tenait compagnie. La collaboratrice se rendait sur le site pour offrir le petit déjeuner à mes gars.

Mais elle ressort quelque temps après pour me faire savoir qu’il a été intimé l’ordre à tous mes amis de quitter les rangs. Je descends donc de ma voiture encore allumée pour aller m’enquérir de ce qui se passe. Et je retrouve sur les lieux, le même individu que j’ai croisé au centre d’ESAM. Il était avec 4 policiers et parlait au téléphone avec je ne sais qui. Dans ses dires, il a affirmé qu’il bloquait les 8 centres du Plateau parce qu’il a été agressé. Et donc tant que l’incident n’était pas réglé, il n’ouvrait aucun centre pour que les gens qui attendent depuis 4 heures du matin (pour certains) se fassent enregistrer. Un règlement de compte…

-Quelles raisons a-t-on avancé pour faire sortir tes amis des rangs ?

– Il n’y a pas eu de raison évoquée. Car en fait, c’est apparemment l’individu en question qui décide de qui doit ou ne doit pas se faire enrôler. Je n’ai donc rien compris. Ils étaient tous bien habillés. Toutes ces personnes qu’ils ont fait sortir des rangs sont des coachs sportifs dans de grandes salles ici au pays. Ce sont des fonctionnaires et autres.

Fermer tous les centres pour un échange verbal qu’il a eu avec moi dans un seul centre qu’il n’a pu gérer à cause de son orgueil et son arrogance… Je tombais des nues. Je lui ais alors comprendre qu’il ne peut pas bloquer tout un processus à cause de son ego, ce à quoi il me répond que je saurai qui il est.

Qu’a-t-il fait par la suite ?

Je l’entendais parler au téléphone avec une certaine Odette ou OD sur qui il comptait apparemment. Dans la suite de sa conversation avec son interlocuteur, je constate finalement que le mec me connaissait. Et que c’était un règlement de compte. Et donc à ce stade, je me suis ressaisi.

-Dans cette affaire, le nom de Fabrice Sawegnon (candidat déclaré à la Mairie du Plateau, NDLR) a été cité sur les réseaux sociaux. N’est-ce pas véritablement pour soutenir ce dernier que tu étais au Plateau avec tes ‘’gars’’, tes ‘amis’’ ?

– Fabrice est mon témoin de mariage. Ce n’est pas une amitié récente. Je suis chef d’une entreprise de sécurité. Lui est mon patron car c’est lui qui me donne les grands marchés que j’ai à travers de nombreux événements tels que le « Sara », les grands concerts qu’il organise et autres. Ne pouvant le rembourser de tout ce qu’il fait pour moi, j’essaie de lui renvoyer l’ascenseur avec mon soutien. Il est candidat et j’ai du monde derrière moi. J’ai donc demandé à mes amis de venir se faire enrôler pour soutenir mon patron. Car lorsqu’il me donne un contrat, toutes ces personnes en bénéficient. Ce n’était donc pas méchant d’aller se faire enrôler pour le soutenir.

« UNE VINGTAINE DE POLICIERS M’ONT PASSÉ À TABAC… »

– Que s’est-il passé après ces échanges ?

– L’homme en question était avec un Commissaire de police qui a été rejoint par un cargo du « GMI » avec près d’une vingtaine d’éléments casqués et portant, de la tête aux pieds, des tenues anti-émeute, avec des armes, matraques et lacrymogènes. J’étais avec mon jeune compagnon. Lui aussi a été saisi par derrière et bombardé ensuite de gaz lacrymogène en plein visage.

Nous sommes dans la sécurité savons que ce n’est pas autorisé de pomper du gaz à cette distance sur quelqu’un car cela risque à la longue de lui créer des dommages au niveau des yeux. Le jeune a ensuite reçu plusieurs coups avec la crosse à la nuque à l’aide de la crosse d’une arme.

Ils l’ont assommé. Alors que j’allais porter secours à mon infortuné compagnon,, un autre policier à l’écart a chargé son arme et l’a pointé sur moi. Les femmes, enfants et les jeunes qui étaient avec nous dans le rang et qui m’ont reconnu, ont pris peur et m’ont interpellé en me disant : « Azra recule, recule… ». Certains disaient à l’endroit de ces policiers : ‘’Vous allez nous tuer tous aujourd’hui !’’. Ces hommes en armes étaient tellement violents que personne n’osait venir nous secourir.

-Qu’as-tu fait finalement puisque ton petit continuait d’être tabassé?

Avec un autre ami, tenus en joue, nous étions impuissants à secourir le jeune petit. Et de l’autre côté, le gars en question, serein, triomphait. Devant la bastonnade infligée à mon élément, j’ai compris que les policiers n’étaient pas là pour dialoguer. Ils voulaient m’humilier, mais je ne pouvais laisser mon « Adams » dans leurs mains et partir. Devant ma détermination, un autre policier surgit, sort du gaz lacrymogène dont nous asperge. Mon ami se sauve alors, mais moi, encerclé par 4 éléments, je recevais d’eux du gaz en plein visage.

« JE N’AI JAMAIS OPPOSÉ DE RESISTANCE… »

-Ne t’es-tu pas défendu?

Non car je savais qu’ils attendaient que je fasse cela. J’ai été copieusement bastonné par eux. Et ce sont les parties de mon corps très sensibles qu’ils visaient pour me taper avec les crosses de pistolet et matraque. Ma tête n’étaient pas épargnée par leurs coups de crosse, heureusement que ma coiffure en crête en a amortis la plupart. Dans mes côtes, mon visage que je protégeais, aux genoux et autres, ils tapaient, shootaient, piétinaient à volonté…

-Ta bastonnade a duré combien de temps et combien étaient-ils?

– 15 ou 20 minutes. Ils étaient près d’une vingtaine…Cela aurait été des gendarmes qu’ils nous auraient demandé des explications sur les raisons de notre présence en ces lieux. Au lieu de s’en prendre à nous de la sorte, juste parce pour notre morphologie. On ne peut pas blâmer des gens juste qu’elles ont une forme différentes des autres. C’est une véritable discrimination.

-Selon toi, à quoi t’exposais-tu en cas de réaction de ta part ?

– Si j’avais réagi comme cela a été dit, ils m’auraient filmé et vous aurez vu les vidéos. Je sais que c’était téléguidé. Ils m’ont bastonné sans que je ne dise un seul mot à qui que soit.

– Et après la bastonnade ?

On me tire les cheveux par derrière afin de bien voir mon visage et on m’asperge encore et encore de gaz lacrymogène au visage. Quatre parmi eux me jettent dans le cargo et me menottent à un siège. Je suis couché, on me marche là-dessus avec deux paires de rangers sur ma tête. De l’autre côté, mon petit criait à l’aide car avait besoin de boire de l’eau en urgence. Mais ils faisaient la sourde oreille. J’étouffais et nous avons finalement été débarqué je ne sais où car nous n’y voyions goutte. J’entendais ceci : » Ton « RTI », c’est terminé aujourd’hui « . Bien entendu, j’ai été délesté de mon téléphone et de mon argent. Ils nous ont jetés, sans nous rendre nos téléphones.

MON TELEPHONE ET MON ARGENT, VOLÉS …

-Combien avais-tu sur toi en ce moment-là ?

-J’avais entre 160 et 170 mille. Heureusement ils n’ont pris que la somme qu’ils ont pu voir, celle qui était avec le téléphone…

-Où vous ont-ils jetés par la suite ?

À la préfecture de police. Ils ont débarqué dans la cour. Nous étions comme des aveugles. Encore bombardés de lacrymogène. Dans leur jargon, nous étions leur ‘’petit déjeuner’’. Nous étions avec un adolescent qui, pour son malheur, filmait notre bastonnade. Appréhendé lui aussi, il a été sérieusement mâté avec la lèvre grandement ouverte.

Comment vous sortez ensuite de là-bas?

– Des proches et connaissances ont appris sur les réseaux sociaux mon arrestation et ma détention à la Préfecture de police. La RTI a été informée. Ils sont tous venus et ont constaté là les faits. J’étais dans un état méconnaissable. Depuis mon enfance, je n’avais jamais vu autant de sang sur moi comme ça. C’était horrible.

Des gens avaient des téléphones et me filmaient… Transférés aux environs de 11H, nous apprenons qu’on sortirait à 15 heures après avoir été entendus… J’ai même entendu dire qu’on allait nous déférer. Mais peut-on envoyer quelqu’un en prison juste parce qu’il a une forme comme la mienne? Il y a parmi nous des cadres de société.

Pourquoi donc nous frustrer de la sorte? Sur quelle base va t-on nous envoyer à la Maca (Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan, NDLR) ? Parti juste me faire enrôler, je me retrouve au violon de la Préfecture de police.

LE DEAL POUR ETRE LIBÉRÉ DE LA PRÉFECTURE DE POLICE…

– Comment sortez-vous de la Préfecture de police ?

– Je suis finalement envoyé au bureau N°9 de cette structure. Où on me fait signer une décharge par laquelle je ‘’m’engageais’’ à ne plus metrre les pieds dans un centre d’enrôlement jusqu’à la fin de la période d’enrôlement. Coupé de mes proches et du monde, sous la menace d’être déférés, nous avons signé cet engagement qui nous défend de mettre les pieds dans un centre d’enrôlement. Pour sortir de là, nous avons signé l’acte et avons été libérés vers 22 heures.

Combien de personnes ont été arrêtées avec toi ? Nous étions cinq au total, dont trois ‘’gros bras’’.

JE VAIS PORTER PLAINTE CONTRE MES TORTIONNAIRES.

Un message après ce que tu as vécu ?

Le message que j’aimerais passer est que l’Etat fasse attention aux citoyens que nous sommes. Avoir une forme de « Gros bras » telle que nous l’avons n’est pas un délit. Il n’y a pas de forme standard recommandée ou autorisée. J’ai donc été traité ainsi parce que les gens se croient protégés. L’histoire de criminel qui se fait passer pour la victime est celle que j’ai vécue.

-Que comptes-tu faire suite à ce que tu as vécu ?

– A la fin de la procédure de l’enrôlement, j’entends porter plainte contre ce Kamara Oumar de la CEI en question, contre le 1er Arrondissement du Plateau qui m’a fait interpeller de cette façon. J’ai ma structure de sécurité ; je suis un citoyen comme tout le monde. Je n’accepterai jamais ce traitement dégradant. Que les gens ne nous jugent pas par notre apparence. Je me battrai pour cette injustice cesse.

 

 

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