02052023Headline:

Covid-19 : “Nous ne sommes pas du tout sur une fin de pandémie”

L’épidémiologiste suisse et directeur de l’Institut de santé globale de Genève, Antoine Flahault, analyse pour Capital le pic de la neuvième vague de Covid-19, que la France vient de franchir.

Peut-on vraiment se réjouir d’avoir atteint le pic épidémique ? Certes, le tout premier était salvateur et donnait l’espoir de sortir d’un confinement particulièrement drastique au début de la pandémie de Covid-19. Mais les choses sont différentes aujourd’hui. Notamment parce qu’on en est à neuf vagues épidémiques… dont cinq, rien que sur l’année 2022. Et que les gestes barrières ne sont plus la norme au sein de la population, malgré les appels aux Français lancés par le gouvernement en pleine triple épidémie de Covid, grippe et bronchiolite. Un bilan qui, pour l’épidémiologiste suisse et directeur de l’Institut de santé globale de Genève, Antoine Flahault, ne permet pas de prédire la fin de la pandémie de Covid-19. Entretien.

Capital : Ça y est, la France a franchi le pic de la neuvième vague. Mais après autant de vagues épidémiques, on connaît la chanson. Faut-il craindre un rebond très vite après Noël ?

Antoine Flahault : En effet, on voit une accélération de la pandémie depuis un an. En 2022, il y a eu cinq vagues au total, contre seulement deux en 2020 et 2021. Tout le monde ou presque a été contaminé par Omicron. On n’est clairement pas du tout sur une fin de pandémie, mais plutôt sur une accélération très forte. On ne voit pratiquement plus de répit, ni même d’entre-deux vagues épidémiques comme pendant l’été 2020. On ne voit plus la mortalité rechuter. On est de plus en plus dans un plateau de transmission élevé permanent.

Capital : La faute à une moindre application des gestes barrières ? Le gouvernement se contente de recommander le port du masque sans le rendre obligatoire…

Antoine Flahault : Oui, ça explique complètement le niveau de contamination élevé. On pourrait s’en accommoder si le niveau de la mortalité était au niveau de la grippe. Or la mortalité liée à la Covid-19 est 4 à 5 fois plus élevée que pour la grippe. On ne prend pas toutes les mesures qu’on pourrait mettre en œuvre aujourd’hui pour essayer d’y remédier.

Capital : Le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars) ne donne pas un avis tranché sur le port du masque. Faut-il le rendre obligatoire selon vous ?

Antoine Flahault : Il y a des études qui montrent qu’aux États-Unis, l’obligation du port du masque est beaucoup plus efficace que si l’on se contente de le recommander. En tout cas, en Occident, la recommandation du masque n’est pas suffisante. Ou alors, on pourrait recommander le masque FFP2 aux personnes fragiles qui sont les seules à porter le masque dans les transports et les lieux clos. Au moins, ça les protégerait mieux. C’est dommage que les autorités sanitaires françaises ne soient pas très claires sur ce sujet. Quant au masque chirurgical, il est altruiste. Il protège les autres avant toute chose. Donc, il n’est efficace que si on le porte tous. Mais pour l’imposer, il faudrait définir un seuil chiffré, au-delà duquel on impose le masque dans les lieux clos.

Capital : À partir de quel indicateur ? Le seuil d’alerte du taux d’incidence autrefois fixé à 50 cas pour 100.000 semble bien lointain…

Antoine Flahault : C’est à débattre avec les scientifiques. Il ne faudrait peut-être pas définir l’obligation du port du masque sur la base du niveau des contaminations car cette donnée dépend du nombre de tests réalisés. On pourrait éventuellement partir du niveau des hospitalisations ou des admissions en soins critiques. Par exemple, dès 1.500 personnes hospitalisées pour Covid, on impose le masque.

En tout cas, il manque une règle qui impose le masque dans un lieu clos là où le capteur de CO2 affiche plus de 600 ppm (partie par million, ndlr). Si le taux est inférieur à 600 ppm en intérieur, le masque est moins utile.

Capital : Justement, quid de la qualité de l’air parmi les mesures de prévention sanitaire ? La pandémie a mis en avant cette problématique mais on semble faire du surplace.

Antoine Flahault : J’aime bien prendre l’exemple de la qualité de l’eau. Historiquement, les dangers de l’eau potable remontent au milieu du 19e siècle. John Snow a découvert les raisons des épidémies de choléra à Londres, c’était le fait de boire l’eau de la Tamise. L’épidémie s’est arrêtée après sa démonstration. Mais il a fallu 50 ans pour que les pouvoirs publics amènent l’eau potable jusque dans les habitations. Vous ne vous en rendez pas compte, mais vous tirez des chasses d’eau avec une eau aussi pure que celle d’Évian. Ainsi, plus de risque de choléra. Et je pense qu’on rencontre le même problème avec la Covid-19. On respire un air pollué par les virus expirés par les autres. Et quand on va dans un lieu clos, on respire un air dont on ne connaît pas la qualité. Je pense qu’il faudra un certain temps entre la prise de conscience et le moment où on procédera à des travaux d’infrastructure. Quoi qu’il en soit, il faut une vision du bâti plus ambitieuse.

 

Comments

comments

What Next?

Recent Articles