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Guerre en Ukraine: comment le rapatriement des Ivoiriens a été mené par Phillipe Mangou (Entretien)

L’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Allemagne, Philippe Mangou, a été aussi en première ligne dans l’opération de rapatriement des ressortissants ivoiriens résidant en Ukraine et fuyant les bombardements de la Russie. L’ex patron de l’armée ivoirienne s’est confié à Abidjan.net sur les coulisses de cette situation vécue par les Ivoiriens. Entretien.

Combien d’Ivoiriens sont concernés par ce rapatriement?

Nous ne pouvons pas déterminer avec précision le nombre d’ivoiriens bloqués.

Il faut noter que l’Ukraine ne fait pas partie de ma juridiction diplomatique c’est plutôt mon collègue en Russie qui a ce pays sous sa tutelle

Nous savions qu’un certain nombre d’ivoiriens étaient bloqués en Ukraine et Suite aux instructions données par le Président de la République nous sommes allé chercher les ivoiriens qui y étaient bloqués.

Nous avons au total libéré 115 personnes dont 79 Ivoiriens, 36 étrangers de 16 nationalités diverses (3 de la RDC) , 2 marocains, 3 ukrainiens, 4 Gorgiens, 1 Pakistanais, 3 Algériens, 2 Zimbabwéens, 1 Syrien, 4 égyptiens, 1 Camerounais, 1 Guinéen et 2 Oubekistans) .

Nous avons encore en Ukraine quelques Ivoiriens dont 4 ont pu sortir du fait de l’accalmie. Ils sont à heure où je vous parle dans le train en route pour la frontière. Parmis ces 4 qui arrivent se trouve un couple dont la femme a accouché par césarienne. Ils arrivent avec deux enfants et un nourrisson d’une semaine. Nous attendons donc de les récupérer incessamment.

Il y’a également en Ukraine 12 étudiants qui y étaient pour les études et qui sont dans une ville tout proche de la Crimée et il est difficile d’en sortir pour l’instant. Nous avons tous les noms et sommes en contact permanent avec eux pour ne pas qu’ils prennent de risques.

Nous voulons rassurer que ses étudiants sont en sécurité et chaque jour nous prenons de leurs nouvelles.

Beaucoup d’Ivoiriens sont sortis dans diverses endroits de l’Europe et ils sont hors de danger.

Un seul s’est retrouvé en Roumanie. Il a pris contact avec nous et nous lui avons demandé de se rendre à Vienne (en Autruche situé à proximité) où nous avons un ambassadeur avec qui j’ai pris attache pour ce cas et demain nous lui expédierons de l’argent pour qu’il prenne le train.

Au total, tout ceux qui sont sortis de la zone (y compris les étrangers que nous avons pris) ont été acheminés à Berlin (Allemagne) où nos services à la Chancellerie de Côte d’Ivoire les ont accueillis et ils ont tous logés dans des hôtels en attendant qu’on puisse prendre leur désirâta et en faire un compte rendu aux autorités ivoiriennes afin qu’on décide de ce qui suivra. Soient ils iront rejoindre leur famille en Europe ou pour ceux qui le désire, rentrer en Côte d’Ivoire.

Comment s’est organisé ce rapatriement?

Il faut dire qu’ils sont quand même très bien organisés. Ils ont un président, président des Étudiants de l’Europe de l’Est qui se trouve en Russie. Ils avaient déjà fait le point des uns et des autres. En tout cas, les Ivoiriens à l’extérieur sont vraiment solidaires. Ils s’entraident, et face à des situations extrêmes à comme c’est le cas en ce moment ils prennent des dispositions .

Quelles sont les perspectives qui s’offrent maintenant qu’on a pu récupérer un bon nombre de personnes?

Pour l’instant il est trop Tôt pour les définir, il va falloir les rencontrer et discuter et identifier les difficultés qu’ils rencontrent et ensuite faire un compte rendu aux autorités

Dans quel état avec vous trouve nos compatriotes?

Ils ont beaucoup soufferts. Il faut le reconnaître. Ils ont souffert de la discrimination qu’il y avait à la frontière de l’Ukraine. Quand j’y suis arrivé j’ai pu m’en rendre compte moi même. On avait d’un côté les ukrainiens et d’un autre, des africains. Cela nous a révolté et nous l’avons vivement dénoncé au colonel ukrainien. J’avais ma photo de militaire dans mon portable que j’ai du sortir et montrer pour lui dire que je suis aussi militaire comme lui et que entre frère d’armes nous pouvons nous entendre.

En tant que ancien commandant des opérations je le comprends mais en tant de guerre, il faut protéger les civils et les mettre à l’abri.

Je crois qu’il a compris. Au départ, il voulait libérer les Ivoiriens par groupe de 6 ou 10 par jour mais je lui ai dit que je suis venu chercher tous les Ivoiriens. Il m’a dit promis de faire des efforts et c’est le lendemain qu’il a tenu parole et qu’il les a tous libérés. Je peux vous dire que les réfugiés étaient dans des conditions difficiles. Il n’y avait pas d’abri et Il faisait très excessivement froid. Ils ont du marcher pour arriver le post frontière et quand ils nous ont vu ils étaient très fier et quelque fois enviés par les autres réfugiés qui n’avaient pas de représentant à la frontière. C’était difficile. À notre arrivée il y’a des bombardements qui étaient contigus à la frontière et qui a occasionné un mouvement de panique.

Que pourrait-on attendre pour la suite ?

Généralement lorsque nos frères vont dans un endroit en Europe ou ailleurs, ils ne prennent pas l’habitude de se présenter dans les ambassades pour se faire recenser. Y’en a qui évitent carrément les ambassades. Cette situation qui arrive en Ukraine avec nos compatriotes devraient nous interpeler et nous servir de leçons. Il faut aller se faire recenser à l’ambassade, Comme ça quand il y’a quelque chose, l’ambassade peut venir en aide aisément à ses personnes en détresse. J’en appelle aussi à la solidarité entre nous. C’est important parce que ici en Ukraine, ils ont été vraiment solidaires. Ils savaient qui était où et ceci a aisément facilité notre tâche.

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