05242022Headline:

Guerre en Ukraine: Les Emirats arabes unis au défi de l’Ukraine

Les Emirats arabes unis peinent à concilier leur dépendance stratégique envers les Etats-Unis et leur complaisance envers la Russie, dont ils ont refusé de condamner, au Conseil de sécurité de l’ONU, l’invasion de l’Ukraine.Publié hier à 13h34, mis à jour à 07h31 Temps de Lecture 4 min.
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L’Exposition universelle de Dubaï, qui se clôt à la fin de ce mois, devait représenter la consécration du grand pari des Emirats arabes unis sur une mondialisation dont ils seraient fondamentalement bénéficiaires. Le symbole n’en est que plus cruel de voir s’y côtoyer le pavillon de la Russie, célébrant « l’infinie source de créativité » de « l’esprit russe », et celui de l’Ukraine, vantant le « développement durable d’une société innovante et mobile ». Comme si le grand retour de la guerre en Europe plaçait Abou Dhabi et la fédération des émirats qu’il dirige devant une situation totalement inédite, au mieux inconfortable, et de plus en plus difficilement tenable.

Mohammed Ben Zayed, le dirigeant de fait des Emirats, même s’il n’est en titre que prince héritier, entretient de longue date des relations étroites et chaleureuses avec Vladimir Poutine. Elles sont d’abord fondées sur l’intérêt partagé de ces deux régimes à maintenir, sous l’égide de l’Arabie saoudite, les prix les plus élevés du pétrole. Mais l’importance des investissements des oligarques russes à Dubaï a ajouté une dimension aussi profitable que sensible à cette relation bilatérale. Enfin, le rôle pionnier d’Abou Dhabi dans la mobilisation contre-révolutionnaire contre la contestation démocratique dans le monde arabe a entraîné une convergence active avec Moscou, avec le soutien au putsch du général Sissi en Egypte, qui renverse en 2013 le président élu Morsi, puis avec l’engagement en Libye aux côtés du « maréchal » Haftar, qui ambitionne dès 2014 de devenir l’équivalent local de l’homme fort du Caire. Ces longues années de collaboration plus ou moins avouée ont culminé avec la récente normalisation entre Abou Dhabi et Damas, qui était censée préparer la réhabilitation du régime Assad dans le concert arabe.

Mohammed Ben Zayed est en outre très lié à Ramzan Kadyrov, que Poutine a placé dès 2007 à la tête de la Tchétchénie et qui a souvent joué les émissaires entre Moscou et Abou Dhabi. Les Emirats ont beaucoup investi en Tchétchénie, non seulement en termes financiers, mais aussi dans le cadre de conférences islamiques de définition de « l’orthodoxie » sunnite. Peu importe à Mohammed Ben Zayed que l’Islam professé par Kadyrov légitime la réaction patriarcale la plus obscurantiste et les violences contre les homosexuels, l’essentiel, à ses yeux, est qu’Abou Dhabi et Grozny alimentent la même hostilité active envers toute forme d’opposition libérale. Même le rapatriement de la dépouille du bourreau tchétchène de Samuel Paty, pour y être enterré « avec les honneurs », n’a pas semblé troubler l’homme fort des Emirats. Désormais, Kadyrov affirme avoir envoyé en Ukraine quelques milliers de supplétifs tchétchènes, enrôlés aux côtés de l’armée russe. Il apporte ainsi, avec l’aval tacite d’Abou Dhabi, une précieuse caution musulmane à l’offensive de Moscou contre les résistants ukrainiens, qu’il stigmatise en « nazis de Kiev ».

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