08092022Headline:

Au Cameroun, des dizaines de villageois tués dans des combats intercommunautaires.

Le massacre a été perpétré, samedi et dimanche, dans le village de Bakinjaw de la commune d’Akwaya, proche de la frontière nigériane, selon une source locale.

Plus de 30 villageois ont été tués dans l’ouest du Cameroun dans une attaque menée durant le week-end par une ethnie rivale, ont annoncé, lundi 27 juin, l’Eglise presbytérienne, une ONG locale et une source militaire.

Le massacre, au cours duquel des hommes, des femmes et des enfants ont été brûlés et mutilés, a été perpétré, samedi et dimanche, dans le village de Bakinjaw de la commune d’Akwaya, proche de la frontière nigériane, a assuré, par téléphone, le révérend Fonki Samuel Forba, porte-parole de l’Eglise presbytérienne du Cameroun. « Plus de 30 personnes ont été tuées », a-t-il ajouté.

Ce drame s’est déroulé dans la région du Sud-Ouest, l’une des deux régions anglophones du Cameroun, où un conflit très meurtrier oppose depuis plus de cinq ans des groupes armés séparatistes aux forces de l’ordre, dont les civils sont les principales victimes. Mais rien ne semble, pour l’heure, lier le massacre à cette guerre, selon les sources contactées par l’Agence France-Presse qui ont toutes confirmé les mêmes circonstances et le bilan.« Tout a commencé par un conflit foncier entre les Oliti et les Messaga Ekol d’Akwaya (…) le 29 avril, les Oliti ont attaqué et tué plusieurs Messaga Ekol dans leurs fermes, les Oliti ont, ensuite, mobilisé et reçu le soutien d’hommes armés qu’ils avaient engagés et ils ont lancé de très violentes attaques inhumaines et destructrices contre les Messaga Ekol », a, ensuite, précisé le révérend Forba dans un communiqué. « Dans ces attaques, des maisons ont été incendiées et des personnes brûlées dans leurs maisons, certaines ont également été décapitées », précise, de son côté, l’Eglise presbytérienne.

Cinq Nigérians figurent parmi les morts, selon le communiqué, qui contient des photos des cadavres d’une dizaine de victimes, dont celles d’enfants, allongées sur le sol en terre battue d’un village, certaines calcinées ou mutilées. L’Eglise presbytérienne assure que les clichés ont été pris dans le village après l’attaque. « Des hommes armés ont lancé une attaque sur la communauté Messaga, des jeunes gens, des femmes, des enfants et même des personnes âgées ont été tués. Certaines ont été tuées dans leurs maisons, d’autres alors qu’elles se rendaient aux champs », a précisé, pour sa part, l’officier de l’armée.

« Il y a une guerre intercommunautaire qui dure depuis des années à Akwaya. Les Oliti, qui habitent le centre [du district] d’Akwaya, sont régulièrement victimes des attaques des populations voisines. Ils se sont révoltés et c’est ce qui a conduit au bain de sang », a assuré le responsable d’une ONG locale.Les conflits entre communautés ou ethnies sont fréquents au Cameroun, mais les plus meurtriers sont localisés plutôt dans l’extrême nord du pays. A la fin du mois de décembre 2021, au moins 44 personnes avaient été tuées et 111 blessées en deux semaines dans la région de l’Extrême-Nord, enclavée entre le Nigeria, le Tchad et le Niger, une zone où ces affrontements sont relativement fréquents de part et d’autre des frontières.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont le théâtre, depuis plus de cinq ans, d’un conflit meurtrier entre des groupes armés réclamant l’indépendance d’un Etat qu’ils appellent l’« Ambazonie » et des forces de sécurité massivement déployées par le pouvoir du président Paul Biya, 89 ans, qui dirige le Cameroun d’une main de fer depuis près de quarante ans.

Une partie de la minorité anglophone de ce pays dominé par les francophones s’estime ostracisée et marginalisée. Le conflit a fait plus de 6 000 morts depuis la fin de 2016 et forcé plus d’un million de personnes à se déplacer, selon l’ONG International Crisis Group (ICG). Les rebelles comme les militaires et les policiers sont régulièrement accusés par les ONG internationales et l’ONU de commettre exactions et crimes contre les civils. Lundi, l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW) a de nouveau déploré dans un rapport que les rebelles séparatistes commettent des « violations graves des droits humains » dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Elle a aussi accusé « les forces gouvernementales » des mêmes violations.

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