08192018Headline:

Abidjan: Pullule d’un nouveau type d’activités commerciales ( business)

Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, pullule d’un nouveau type d’activités commerciales. Il s’agit notamment du commerce ambulant de tenues vestimentaires, de nourriture et même de médicaments. Un business florissant qui dérange des commerçants régulièrement installés dans des magasins.

 

Yopougon, Abobo, Plateau, Koumassi…Aux abords des voies principales de ces différentes communes de la ville d’Abidjan, à proximité des lieux de commerce fixes, notamment des marchés et magasins, se développent des activités commerciales ambulantes. Ces commerçants ambulants vendent pratiquement tout ce qu’on peut trouver chez un opérateur fixe. Il s’agit de la nourriture à emporter, dont la vente se fait à travers des camionnettes mobiles ; de chaussures et vêtements disposés soigneusement dans le coffre de véhicules dont on a pris le soin de plier les sièges arrières pour faire suffisamment de places ; de produits cosmétiques (Parfums, pommades et savons) ; puis de médicaments, généralement traditionnels, qui sont proposés dans des coffres de véhicules. A l’aide de mégaphones, ces commerçants ambulants proposent leurs différents articles aux clients qui passent à proximité de leurs véhicules.

A Yopougon Siporex, sur l’axe principal donnant accès au marché, un vendeur ambulant de médicaments gare régulièrement son véhicule pour proposer ses médicaments. Mercredi 11 avril 2018, cet dernier avait déjà établi ses quartiers lors de notre passage dans cette commune. Un mégaphone disposé dans le véhicule, où se trouvent également ses produits, diffuse un élément déjà enregistré qui vente les qualités et les bienfaits de ses médicaments. En plus de l’élément enregistré, des prospectus sont également distribués. Des personnes intéressées par ces médicaments marquent un arrêt et prennent ce qu’il leur faut. Approché, le patron de cette ”pharmacie” ambulante, après plusieurs hésitations, accepte de nous expliquer que c’est par faute de local fixe qu’il se retrouve en bordure de la voie à proposer ses produits. « C’est vraiment difficile d’avoir un local fixe pour pouvoir s’installer. Il n’y a plus de place. Et puis, même quand vous parvenez à avoir une place, les montants proposés sont hors de portée. C’est la raison pour laquelle nous venons directement aux clients. Et puis, s’installer en bordure de la voie, c’est tout comme pratiquer un commerce de proximité », explique ce dernier, qui pense rendre ainsi un énorme service à la population. En tout cas, la vente de médicaments marche bien pour ce commerçant, parce que ses produits s’arrachent comme de petits pains.

Satisfaction. Après Yopougon, nous mettons le cap sur la commune d’Abobo. Dans cette cité, les vendeurs ambulants ne se comptent plus. Pour les rencontrer, il faut se rendre dans les environs de la mairie de ladite commune. Nous avons surpris un commerçant ambulant de produits cosmétiques à bord d’un véhicule proposant des pommades, du parfum et des savons de toilette. Koné Aïcha, une jeune fille d’Abobo, sûrement abonnée à ce type de commerce, ventait les produits. S’adressant à nous, elle mentionne que les prix proposés par ce vendeur sont bien meilleurs que ceux pratiqués dans des magasins. « Madame, n’hésitez pas à prendre ce que vous voulez. Non seulement ce sont des produits de qualité, mais en plus, c’est moins cher », essaie-t-elle de nous convaincre à un achat. Nous finissons par céder à cette pression et acceptons d’acheter un parfum. La clé, d’ailleurs, qui nous permettra d’engager la conversation avec le jeune vendeur. Nous lui demandons si son activité, pratiquée dans telles conditions, ne livre pas une concurrence déloyale aux autres commerçants qui paient des droits et taxes à l’État. Très évasif, il explique qu’il ne livre aucune concurrence à qui que ce soit. « Remarquez que mon véhicule n’est pas stationné devant un magasin de produits cosmétiques. Donc personne ne peut me reprocher le fait que je lui aie piqué un client. Tout comme mon activité est ambulante, c’est à des clients ambulants que j’ai affaire », se défend ce dernier qui, très embêté par nos questions, choisit de démarrer son véhicule et de s’en aller.

D’Abobo, empruntons un véhicule pour le centre des affaires d’Abidjan, la commune du Plateau. Nous qui pensions que cette commune était à l’abri de telles pratiques commerciales, tombons des nues lorsque nous découvrons que certaines personnes étaient abonnées au commerce ambulant. En venant de l’ex-Ccia, abritant aujourd’hui le siège de la Banque africaine de développement (Bad), dans la direction de la Cité financière, juste à l’angle du bâtiment de la police criminelle, nous découvrons un véhicule de luxe stationné, avec dans le coffre des vêtements et chaussures destinés à la vente. Un jeune monsieur, élégamment habillé, nous accueille avec un large sourire. Sans mettre connaître nos intentions, il nous informe qu’il s’agit de commandes de certains clients qu’il était juste là pour livrer. « N’empêche que nous pouvons vous présenter nos articles, et, selon vos commandes, venir jusqu’à vous pour votre livraison », s’empresse-t-il de nous informer. Après avoir décliné son offre, nous passons à autre chose. Notre balade nous conduit à la rue des banques, en plein cœur du Plateau. A l’angle de la nouvelle mosquée du Plateau, non loin du siège réhabilité de la Bad, notre regard est attiré par un véhicule dont le coffre est ouvert et qui transporte du pain sucré. Vous en avez de toutes les formes et de donc de tous les prix.

Carte de colporteur. Au grand carrefour de Koumassi, c’est comme si tous les vendeurs ambulants s’étaient donné rendez-vous. On y trouve aussi bien des vendeurs de médicaments, de chaussures, de vêtements, que de nourriture. Souleymane Diaby, vendeur ambulant de chaussures, soutient qu’il détient tous les documents lui permettant de mener à bien son activité sans embrouille avec la mairie, ainsi que les syndicats. Eric N’Cho, commerçant de vêtements, explique, de son côté, qu’il sillonne toutes les communes d’Abidjan pour la vente de ses articles.

Concernant leurs relations avec les commerçants fixes, ils ont avoué ne pas être en de bons termes avec ces derniers, pour diverses raisons. Notamment l’écart qui subsiste au niveau des droits et taxes versés aux services de recouvrements de l’administration, de même que la proximité qu’ils ont avec les clients, parce qu’installés aux abords des grandes voies de circulation.

Les commerçants ambulants ne sont pas, en effet, exclus du paiement des impôts et taxes à la mairie. Bien au contraire, il est mis à la disposition de ces derniers une carte appelée ”carte de colporteur” qui leur permette de circuler librement dans la commune où ils exercent. «Chaque commerçant ambulant doit avoir sa carte de colporteur, dont les modalités de paiement s’élèvent à 2 000 Fcfa par mois, qu’il verse à la mairie », a expliqué Jean Akpalé, coordonnateur du marché Djé Konan, sis à Koumassi. Il a aussi ajouté que cette carte ne peut être utilisée que dans la commune où elle a été délivrée. La ”carte de colporteur” n’est pas une carte intercommunale. Ce qui empêche les marchants ambulants de se déplacer dans différentes communes.

Colère. Des commerçants installés dans des magasins crient leur colère face à cette pratique commerciale, dénonçant une concurrence déloyale. « Comment dans un pays dit de droit, on peut laisser prospérer une telle activité ? », s’interroge Doumbia K., commerçant de chaussures disposant d’un magasin au marché Djè Konan, dans la commune de Koumassi. Ce dernier dénonce le fait que son magasin n’est plus fréquenté parce que les clients trouvent tout ce dont ils ont besoin aux abords des différents marchés. Dame Kouamé Albertine, commerçante de tenues vestimentaires à Koumassi, promet de fermer sa boutique pour venir s’installer également sur le trottoir comme le font les commerçants ambulants. Puisque, dit-elle, « les commerçants ambulants exercent sans être inquiétés »

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