05302017Headline:

Après le départ de ses dirigeants: Comium-Ci fait l’objet de l’un des plus gros scandales qui a précipité sa faillite-en savoir..

.Un scandale financier découvert à Comium-Ci

Comium-Ci fait l’objet de l’un des plus gros scandales qui a précipité sa faillite.

On savait Comium-Ci en difficulté financière, depuis l’épisode de la guerre des actionnaires qui a opposé deux clans : celui de Joseph Diomandé, Pca et celui du Dr Nizard Dalloul, président-fondateur de Comium.

Mais il aura fallu le bras de fer qui oppose les responsables de cette société à l’Etat de Côte d’Ivoire, et qui a occasionné la “fuite” de 6 de ses dirigeants, pour se rendre compte de l’un des plus grands scandales financiers jamais enregistrés dans le secteur de la téléphonie mobile. Entreprises “écrans”, rapatriements illégaux de fonds, blanchiment, tout y est passé.

Ce qui s’apparentait, depuis quelques années, à des rumeurs sur le rapatriement de fonds occultes par les dirigeants de Comium-Ci, fait désormais place à une réalité implacable. Du moins, à l’analyse des documents confidentiels de Comium-Ci sur les flux financiers, mis à notre disposition. Nous avons reconstitué, avec l’aide de certains cadres financiers et juridiques de l’ex-opérateur, le puzzle de ce scandale financier.

En effet, tout débute en février 2007, avec l’octroi d’une licence d’exploitation Gsm N°06/Gsm_900-1800/Atci au groupe Comium-Ci. Koz, la marque commerciale de l’opérateur, pénètre sur un marché de la téléphonie mobile déjà concurrentiel à cette période. Mais l’approche commerciale et la flexibilité du marché permettent à Koz de s’imposer en tant que quatrième opérateur (avec environ 820.887 abonnés et 4,23% de parts de marché) sur les sept que compte le marché. Malheureusement, en 2011, juste le temps d’un bref succès commercial, que l’opérateur affiche ses premières difficultés. Une crise administrative née d’une guéguerre entre les actionnaires minoritaires et majoritaires du groupe ouvre la boite de pandore.

Une recapitalisation en trompe-l’œil

Le dénouement de la crise entre actionnaires se solde par une recapitalisation de Comium. Doté initialement d’un capital de 200 millions de F cfa, l’opérateur réussit, par un tour de passe-passe, à se recapitaliser à hauteur de 50 milliards de F cfa, soit au total 50 milliards 200 millions de F cfa de capital social. Une mesure salutaire qui devait, en principe, renflouer les fonds propres de l’entreprise devenus négatifs. Mais non, cette recapitalisation en trompe-l’œil avait pour principal objectif de maquiller la mauvaise santé financière de l’opérateur. Mieux, à rassurer les créanciers que sont l’Etat, les banques et les fournisseurs qui se faisaient de plus en plus menaçants. Dès lors, la machine des montages financiers illégaux et occultes se met en place. Les premiers mouvements de transfert de fonds de l’entreprise à des destinations inconnues des services comptables de Comium-Ci sont diligentés par M. Laurent Dada, alors premier directeur administratif et financier chez l’ex-opérateur. L’analyse des documents financiers révèle que les détournements vont s’enchaîner et prendre une tournure inquiétante avec des méthodes allant des transferts e-Koz, estimés à des centaines de millions de F cfa, à des sociétés-écrans. Pour rappel, une société écran est une société fictive, créée pour dissimuler les transactions financières d’une ou de plusieurs autres sociétés. Dans le cas d’espèce, l’ex-opérateur crée plusieurs sociétés écrans dont l’une d’entre-elles est la société Essenci chargée d’assurer le parc automobile de Comium-Ci. Autrement dit, tout le parc automobile de l’ex-opérateur était composé essentiellement de véhicules de location.

Sci Comium Real Estate Sal : le cœur du scandale

A côté de la société “Essenci”, les responsables de Comium-Ci prennent soin de constituer une Société civile immobilière (Sci) dont la mission est de gérer le patrimoine immobilier du groupe et d’en préparer la transmission. Si la création d’une Sci est légale, dans le cas d’espèce, l’ex-opérateur faisait l’objet d’un redressement judiciaire. Ce qui, vraisemblablement, ne lui permettait pas de créer une société civile immobilière. Mais en 2014, est créée la Société civile immobilière (Sci) Comium Real Estate Sal, dotée d’un capital d’1 million de F cfa avec pour siège social à Abidjan Km8, boulevard Valéry Giscard d’Estaing. Seulement voilà, quelques mois après sa création, la nouvelle Sci dont le directeur n’est autre que M. Elie Khalife, par ailleurs administrateur chez l’ex-opérateur, procède à son premier acte d’achat (Voir fac-similé 1). Une vente de Comium-Ci au profil de la Sci Comium Real Estate Sal portant sur le siège social de l’opérateur sis à Marcory- Zone 4C. La transaction porte sur le montant d’1 milliard 825 millions 460 mille de F cfa. Après l’acte de vente, Comium-Ci devient ainsi locataire de son siège et reverse mensuellement un loyer de 100 millions de F cfa dans les comptes de la Sci Comium Real Estate Sal domiciliés à la Banque atlantique sous le numéro 0113686200004 (Voir fac-similé 2 et 3). Ce tour de passe-passe financier a pour but final de transférer malicieusement tous les actifs de Comium-Ci vers une nouvelle entité qui échapperait au fisc et à une saisine de l’Etat de Côte d’Ivoire ou des fournisseurs, en cas de non-paiement des créances dues par l’opérateur. Ainsi, de mars 2014 à mars 2016, ce sont environ 759 millions de F cfa qui ont été transférés des comptes de Comium-Ci vers le compte de la Sci. Le solde du compte arrêté au mois de février 2016 affichait le montant ci-dessus. En outre, toutes les semaines, depuis 2014, ce sont près de 250 millions de F cfa qui sont transférés à partir de plusieurs banques vers Beyrouth au Liban, dans des comptes dissimulés du holding. Mieux, au lendemain (le jeudi 29 mars 2016) de la décision de retrait de la licence d’exploitation par l’Artci, plusieurs mouvements suspects ont été enregistrés sur plusieurs comptes. Et ce, malgré les courriers d’interpellation en date du 1er et du 6 avril 2016 émis par l’ensemble du personnel de Comium-Ci à l’intention du procureur de la République, du directeur de la police économique et du président du tribunal du commerce. Dans ce courrier, les employés, tous postes confondus, expliquaient les mouvements illégaux de retraits d’argent liquide ou de transferts d’argent vers des comptes bancaires étrangers. A cela, il faut ajouter les mutations tous azimuts de la carte grise de certains véhicules Comium, 40 au total, au nom de la Sci Comium Real Estate, ainsi que des mutations des contrats de bail du domicile du Dg, Hassan Dhaini, et de son directeur commercial marketing au profit de la même Sci.

Aussi, dans les comptes de Comium-Ci logés à la Bgfi bank, le solde initial arrêté au 31 mars 2016 à 111 569 262 F cfa, a-t-il été débité de fortes sommes sans aucune autorisation du Trésor public comme cela est généralement de coutume. Sur la période du 01 avril au 06 avril 2016, plus de 99 404 388 F cfa ont été retirés. Dans la seule journée du 05 avril 2016, pendant que l’étau se resserrait autour des dirigeants de Comium-Ci, environ 70 millions de F cfa ont été retirés par les soins de Mme Etté, caissière à Comium-Ci . Bien avant, c’est-à-dire à la date du 29 mars 2016, date officielle du retrait de la licence par l’Artci, 65 millions de F cfa ont été transférés des comptes de Comium-Ci vers le compte de la Sci domicilié à la Biao. Le même jour, environ 86 millions de F cfa ont été transférés du compte d’Ecobank de Comium-Ci sous le numéro 3043486 vers le compte de la Sci comium Real Estate Sal. Un autre ordre de virement portant sur une dizaine de millions de F cfa a été fait depuis le compte de Comium-Ci à la banque Cofipa sous le numéro 6412805 vers celui de la Sci logé à la banque Atlantique. L’accélération de ces mouvements sur les différents comptes, s’expliquent par le fait que la décision du régulateur stipule qu’à partir du 30 avril 2016, Comium-Ci cesse toute activité et ses biens mobiliers et immobiliers pourraient être saisis par l’Etat de Côte d’Ivoire pour apurer sa créance. Les pylônes et autres centres de relais qui étaient eux aussi loués à des privés, ont tous été démantelés par ces derniers. Le siège social de Comium-Ci n’étant plus la propriété du groupe, sans oublier le parc automobile et une bonne partie des équipements. Pourtant au titre de ses créances, Comium-Ci reste devoir environ 17 milliards de F cfa à l’Etat de Côte d’Ivoire. Malheureusement, la “fuite” des 6 dirigeants, dont Hassan Dhaini, Haissam Abbsas, Ali Al Moussawi, Ali el Husseny complique davantage la situation de l’Etat et celle des 320 employés. Notamment sur le volet juridique et financier. Pour ce qui est du volet juridique, le retrait de la licence d’exploitation de l’opérateur laisse comprendre de facto “la mort” de l’entité morale qu’il représentait. Ensuite, s’agissant de l’aspect financier, le rapatriement des actifs de Comium-Ci vers des sociétés écrans, crée l’insolvabilité de l’entreprise.

Au total, ce scandale financier soulève plusieurs interrogations : Comment de tels mouvements ont-ils pu être effectués trois ans durant, sans qu’aucun des mécanismes de surveillance des rapatriements illégaux des capitaux n’ait jamais été actionné, sachant toutefois les énormes sommes dues à l’État par cet opérateur ? Pourquoi malgré la procédure du redressement judiciaire de Comium, ordre n’a pas été donné pour que tous les comptes du groupe domiciliés dans les banques de Côte d’Ivoire soient mis sous scellés ? Pourquoi, avec une facilité agissante, le compte de la Sci Comium-Ci Réal Estate, domicilié à la banque atlantique, a bénéficié de transferts importants en provenance des comptes d’une entreprise placée sous redressement judiciaire, sans que cela interpelle les autorités bancaires ? Autant d’interrogations qui méritent d’être élucidées pour remonter le réseau de ce scandale financier.


Accusés de malversations: Les ex-dirigeants de Comium-Ci donnent leur version

Face aux accusations portées contre eux sur des cas de malversations et autres délits, Hassan Dhaini et son staff n’ont pas mis du temps pour répondre à ces accusations. Dans un communiqué publié par Linfodrome-ci, les ex-dirigeants estiment plutôt que toute cette cabale ourdie est l’œuvre d’un ancien responsable de Comium-Ci bien connu de l’opinion publique et membre d’un conseil régional. Ce dernier, selon eux, doit des dizaines de milliards de F cfa à l’entreprise. “Tout ce qui arrive aujourd’hui, c’est un complot pour que l’entreprise tombe en faillite. Il y avait beaucoup de fraudes. Beaucoup d’argent dont les employés pouvaient bénéficier a été détourné. Aujourd’hui, nous payons la colère des fraudeurs que nous avons réussi à neutraliser“, ont-ils déclaré. Pour ce qui est des actifs de l’entreprise, ces dirigeants ont révélé qu’ils ont été, en grande partie, « volés » “Plus de 40 véhicules ont été volés. Les sites techniques ont été vidés de leurs matériels », ont-ils déclaré, avant de préciser que malgré la mise sous redressement judiciaire, l’opérateur n’était pas loin de réaliser des bénéfices. “Nous avons bataillé pour sauver la société. Malgré qu’on était en redressement judiciaire, les salaires et les gratifications étaient payés à temps.Grâce ce travail, ”Koz’’ marchait à nouveau. On avait même recommencé à faire des bénéfices.


Octroi de la 4ème licence: Le gouvernement dans un dilemme

Dans un souci de consolider le secteur de la téléphonie mobile, le gouvernement a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour une licence d’exploitation de type global, d’une valeur marchande de 100 milliards de F cfa. Cet appel à manifestation, dont l’objectif est de redynamiser le marché des services de Télécommunications/Tic, plus particulièrement le segment de la téléphonie mobile, avec une meilleure optimisation de l’emploi des ressources spectrales, est revenu malheureusement infructueux. En clair, les compagnies étrangères de téléphonie mobile n’ont pas été attirées par un marché local en panne de croissance. Quand bien même, certaines ont manifesté l’intérêt avant de se rétracter. En 2015, Orange-Ci, Mtn-Ci et Moov-Ci concentraient, elles seules, environ 95,78 % des parts de marché selon le nombre d’abonnés. Pour ce qui est du chiffre d’affaires, les trois opérateurs mobiles pré-cités concentraient environ 96,67% des parts de marché. Les signes d’essoufflement du marché sont patents pour un secteur qui enregistre 109% de taux de pénétration. Le dilemme de l’Etat se situe à deux niveaux. Le premier est que le gouvernement entendait réaliser une plus-value dans la vente de la 4ème licence. Une manière de compenser le manque à gagner engendré par les nombreuses créances des ex-opérateurs. Toutefois, le manque d’intérêt à la faveur de la 4ème licence a contraint le gouvernement à revoir ses ambitions. La deuxième raison qui fonde le dilemme de l’État, c’est la main tendue aux ex-opérateurs pour matérialiser le projet de fusion. Ce projet, récusé principalement par les ex-dirigeants de Comium, pourrait être remporté, au final, par l’opérateur GreenN qui en manifeste le désir. Sans véritable challenger, le groupe libyen des postes et des technologies de l’information et de la communication (Lptic), actionnaire majoritaire chez GreenN, met les bouchées doubles pour obtenir le fameux sésame. Surtout avec la mise en œuvre du plan global d’investissements et de relance de GreenN en Côte d’Ivoire, l’ex-opérateur Gsm pourrait soulager la trésorerie de l’Etat en revoyant à la hausse ses intentions.

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