07182018Headline:

Automatisation des services: Comment la robotisation gagne l’Afrique ? Ce que révèle une étude

Dans sa publication hebdomadaire du vendredi 15 juin 2018, l’Agenceecofin.com a mis en lumière des études récentes de cabinets internationaux portant sur le phénomène de « l’automatisation des services » qui prend de l’ampleur dans les pays occidentaux, mais qui s’étend également progressivement en Afrique.

La quatrième révolution industrielle, ou l’industrie 4.0 comme on l’appelle, « est la fusion des technologies qui supprime les frontières entre les sphères physique, numérique et biologique ». Et les robots, les imprimantes 3D, les objets connectés, la réalité augmentée ou encore les véhicules autonomes, etc., sont la matérialisation de cette industrie.

La robotisation et l’automatisation, en effet, sont déjà présentes sur le continent africain, même si ce n’est pas dans une proportion aussi importante que ça l’est en Europe ou en Amérique. C’est le cas d’un pays comme le Rwanda qui se sert de drones pour livrer du sang et des médicaments dans des cliniques situées dans les zones reculées du pays ; à Kinshasa (RDC), des robots policiers sont commis à la régulation de la circulation ; en Afrique du Sud, une institution bancaire, Nedbank, s’est dotée d’un robot humanoïde, « Pepper », qui est employé comme agent d’accueil et conseiller client. Et ainsi va la révolution.

Les robots, employés à des postes traditionnellement occupés par des êtres humains, ne sont qu’à leurs premiers pas. Les études mentionnent que ce phénomène prendra sa vitesse de croisière dans les années à venir. Ce qui bouleversera indubitablement « les modèles d’affaires et surtout le monde du travail ».

7 MILLIONS D’EMPLOIS À SUPPRIMER. Selon une étude publiée par le Forum économique mondial, d’ici à 2020, l’automatisation et l’intelligence artificielle créeraient 2 millions d’emplois, mais en détruiraient 7 millions dans les pays développés.

Le cabinet Roland Berger prévoit, quant à lui, la disparition de la moitié des métiers actuels d’ici à une vingtaine d’années. Mais ce ne sera pas uniquement dans les pays développés ; l’Afrique sera également concernée. Ce que confirme un rapport du think tank londonien Overseas développment institute (Odi) publié en mars 2018. Ledit rapport informe que « les robots et les algorithmes remplaceront peu à peu l’homme sur ce continent (Afrique, Ndlr) ». Le cabinet McKinsey, lui, se veut plus précis avec des données chiffrées. Il publie à cet effet une étude (2017) qui classe quelques pays africains en fonction du niveau des activités automatisables. L’on a en tête de lice le Kenya (51,9%), puis viennent le Maroc (50,9%), l’Égypte (48,7%), le Nigeria (45,7%) et l’Afrique du Sud avec un taux d’activités automatisables de 41 %.

Cette tendance rapide à vouloir remplacer les hommes par des machines a une explication selon les études disponibles sur la question. A en croire l’étude d’Odi intitulée « L’automatisation et l’avenir de l’industrie en Afrique », les coûts d’exploitation des robots et des imprimantes 3D dans l’industrie deviendront moins chers que ceux des humains. Et cela dans un horizon très proche : 2034 au Kenya et entre 2038 et 2042 en Éthiopie. «Certains experts ont suggéré que les pays les plus pauvres ne seront pas affectés par l’automatisation, car ils disposent de moins de fonds à investir dans ce domaine. Nos recherches montrent que cette prévision est trop optimiste : actuellement, le coût de fonctionnement des robots dans l’industrie reste supérieur à celui du travail humain, mais ce ne sera pas le cas dans 15 ans», souligne Dirk Willem te Velde, directeur du programme de soutien à la transformation économique à Odi.

LES SECTEURS MENACÉS. L’expansion de l’industrie 4.0 va d’abord toucher les personnels exerçant dans les mines, la conduite automobile (véhicules autonome), la comptabilité, l’électricité, l’assurance, l’accueil (réceptionniste), ou encore les chargés de recrutement ou les commerciaux.

L’on apprend que depuis 2016, le supercalculateur « Watson d’Ibm » établit des diagnostics « plus fiables » que ceux d’un médecin. Ce qui veut dire que des postes dans le secteur de la médecine vont disparaître.

Les exemples sont légion dans le monde. Aux États-Unis, le leader du transport à la demande, « Uber », utilise déjà des taxis sans conducteurs, tandis que son concurrent « Lyft » s’appuie sur des algorithmes qui recommandent aux chauffeurs les itinéraires les mieux indiqués pour accroître les revenus.

En Chine, des robots androïdes font 70% du travail de manutention dans les entrepôts du numéro un du e-commerc « Alibaba ». En Allemagne, plus de 2 000 robots sont déjà à l’œuvre dans le secteur de l’industrie automobile. Au Japon, « Erica », un robot humanoïde à l’apparence d’une jeune femme de 23 ans capable de réciter un texte, de répondre aux questions et de mimer le comportement des humain a remplacé une journaliste à la présentation du journal télévisé sur une chaîne nationale.

OPPORTUNITÉ ET RISQUE. L’adoption de la robotisation, de l’impression 3D et de l’internet des objets à l’échelle mondiale risque de causer une «désindustrialisation prématurée» de l’Afrique selon les termes du think tank américain National bureau of economic research (Nber). Il affirme que la quatrième révolution industrielle réduira considérablement à court et à moyen termes l’importance de l’avantage comparatif de la faiblesse des salaires. Ce qui aura pour conséquence la délocalisation des activités à forte intensité de main-d’œuvre en direction des eldorados salariaux (pays développés ou émergents).

Selon les calculs d’Overseas development institute, les États-Unis ont relocalisé déjà sept sites industriels, qui étaient implantés dans des pays africains, entre 2010 et 2016, entraînant la perte de 885 emplois.

Mais tout n’est pas pour autant mauvais en termes de conséquences que pourrait induire l’usage progressif des robots ou autres objets connectés. Les experts rappellent, dans ce cadre, que les précédentes révolutions industrielles ont fini par créer plus d’emplois qu’elles n’en ont supprimé. A titre d’exemple, les ordinateurs ont tué le métier de dactylographe, mais ils ont créé une multitude de nouveaux emplois liés au développement, à l’exploitation et à la programmation.

Toutefois, pour permettre à son industrie naissante de faire face à la concurrence mondiale, l’Afrique devrait trouver, recommandent les experts, des niches peu concernées par la robotisation telles que la fabrication de chaussures ou encore la transformation des métaux de base, des produits minéraux non métallurgiques et des produits en bois. Pour eux, malgré la suppression projetée de nombreux emplois, le continent noir n’a pas intérêt à rater le train de la quatrième révolution industrielle. Bien au contraire, l’Afrique devrait se «convertir» le plus rapidement possible à l’industrie 4.0 pour griller des étapes en matière d’industrialisation, comme elle l’a fait dans le domaine des télécommunications en sautant la case téléphone filaire pour aller directement vers la téléphonie mobile.

«Aux yeux de certains analystes, l’idée selon la quelle les technologies exponentielles comme l’intelligence artificielle, la robotique, l’internet des objets et les nanotechnologies pourraient permettre à l’Afrique d’être à la pointe de la quatrième révolution industrielle semble tirée par les cheveux, étant donné que deux Africains sur trois n’ont pas accès à l’électricité. Mais ce sont précisément ces types de déficiences qui pourraient inciter l’Afrique à utiliser les technologies les plus avancées pour devenir la prochaine grande success-story mondiale», suggère Gary Coleman, directeur général en charge de l’industrie au sein du cabinet de conseil Deloitte. Il conseille par ailleurs que l’Afrique élargisse l’accès à internet et développe les compétences techniques des citoyens à travers la formation professionnelle dans les centres technologiques. Mais aussi qu’elle se focalise sur les matières Stim (Science, technologie, ingénierie et mathématiques) dans les programmes éducatifs.

 

 

imatin.net

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