10222018Headline:

Autosuffisance alimentaire en Afrique: Avec 65% des terres arables du monde, le continent africain peine à produire autant qu’il consomme.

Avec 65% des terres arables du monde, le continent africain peine à produire autant qu’il consomme. Une situation à laquelle des spécialistes ont une explication claire.

Sur les ondes de Rfi le dimanche 26 août 2018, des acteurs privés et institutionnels intervenant dans le domaine de l’agriculture se sont penchés sur la question de l’autosuffisance alimentaire. Avec des importations estimées à ce jour à 35 milliards de F Cfa soit près de 20.000 milliards de F Cfa, le continent devrait selon le ministre gabonais de l’Agriculture Biendi Maganga-Moussavou, tripler d’ici 2030. « Nous ne pouvons plus nous offrir de supporter un modèle qui est devenuautos insupportable pour nos réserves de change avec des importations qui fragilisent à chaque fois notre équilibre monétaire. », a relevé le ministre.

A l’origine de cette situation, M. Maganga-Moussavou a évoqué les difficultés liées à la maitrise des facteurs de production en particulier celle de l’irrigation. En effet, a-t-il fait remarquer, bien qu’elle soit disponible, l’eau n’est pas utilisée de manière efficiente dans la production agricole sur le continent. Les techniques d’irrigation existant jusque-là ayant montré leurs limites.

La priorité donnée aux cultures de rente dans les différents pays africains n’est pas étrangère à l’atteinte difficile de l’autosuffisance alimentaire selon Sylvain Gotta, président de l’Interprofession avicole ivoirienne. Si elle reconnait les efforts consentis au niveau institutionnel, Clenne Mouangou, entrepreneure agricole a dénoncé pour sa part le faible appui aux entrepreneurs du secteur agricole. Alors que celui-ci devrait appuyer les pouvoirs publics dans le projet de développement de l’agriculture, des obstacles importants mine la démarche du secteur privé agricole. Elle a relevé les difficultés rencontrées par ses pairs dans leur contribution au développement agricole. « Nous sommes limités par le manque d’infrastructures, au niveau de l’eau, au niveau de la fourniture d’électricité, au niveau des voies, des routes et des voies ferrées qui nous permettent de transporter la production brute ou transformée », a-t-elle indiqué.

Autre difficulté relevée par Aissata Diakité, elle aussi entrepreneure agricole au Mali, le difficile environnement des affaires. En effet, a relevé l’invitée de la radio, les procédures d’accompagnement notamment la Tva à fixer sur le prix des produits transformés est beaucoup plus important sur le continent africain qu’ailleurs. Les produits importés bénéficiant de subventions et de facilités dans leurs lieux de productions détiennent donc, à l’en croire un avantage sur les produits transformés localement. Les questions de l’accès au financement, de la formation des acteurs du secteur agricole, ont entre autres été relevés par les entrepreneurs pour justifier cette situation.

Efforts : Des efforts, a signifié le ministre gabonais sont faits au niveau des décideurs. Il en a voulu pour preuve la mise en œuvre actuelle du plan de développement de l’agriculture africaine signé en 2003 à Maputo et qui devrait situer à 10% le budget des Etats alloués à l’agriculture.

Dans certains secteurs comme l’aviculture, les résultats sont probants. En Côte d’Ivoire par exemple, la demande en poulets et œufs est totalement satisfaite comme l’a fait savoir – Sylvain Gotta, président de l’Interprofession avicole ivoirienne.

Solutions : Pour le représentant du gouvernement gabonais, une prise de conscience dans les deux parties (décideurs et secteur privé) est le premier cap à franchir pour remédier à cette situation. Sylvain Gotta lui, pense qu’il faudrait déjà miser sur les cultures de consommation locale plutôt que sur les cultures de rente quoique celles-ci permettent aux pays de récolter d’importantes devises. L’élaboration de politiques de promotion de ces cultures de consommation locales couplée à une stratégie de protection des marchés locaux devraient selon le directeur de la Société ivoirienne de la production animale (Sipra) assurer une meilleure compétitivité de l’agriculture africaine et par ricochet la satisfaction des besoins exprimés par les populations. « Pour ma part, je pense que les produits de consommation locale ne sont pas mis en avant. Je pense qu’il faut d’une part, privilégier les productions locales mais d’autre part, avoir aussi une stratégie locale au niveau des importations qui est une stratégie, je dirais, égoïste. Une stratégie qui permet aux filières locales de se développer parce que si nos filières sont en compétition directe avec les importations qui ne sont pas de qualité ou qui ne respectent pas toutes les règles mais qui arrivent à des prix qui permettent difficilement d’avoir une compétition équitable. », a-t-il suggéré.

La même politique de protectionnisme est préconisée par Clenne Mouangou qui y voit une solution des plus efficaces. « Si les pouvoirs publics ne nous protègent pas contre ces importations massives, s’ils ne limitent pas ces importations massives pour permettre aux producteurs de pouvoir vendre leurs productions, on ne peut pas faire face », lâche t-elle.

D’autres actions comme l’amélioration de l’accès au foncier et au financement, la formation des acteurs du secteur agricole, l’appui au passage d’une agriculture de subsistance à une qui soit industrialisée notamment dans les filières riz et aviculture… mais aussi l’amélioration de l’environnement des affaires avec des facilités fiscales sont autant de propositions faites par les spécialistes pour aider au développement de l’agriculture africaine et atteindre dans le même temps l’autosuffisance alimentaire. De même que l’harmonisation des politiques de développement agricole sur l’ensemble du continent pour un impact plus important des différentes initiatives nationales. Le Partenariat public-privé pour la conception et la mise en œuvre de projets d’infrastructures agricoles notamment a également été proposée.

Alassane SANOU

linfodrome.com

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