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Côte d’Ivoire -Victimes de guerre d’Abobo : Où sont passés les 50 millions offerts par Ouattara?

abobo ouattara

Le samedi 11 avril 2015, le président de la République, Alassane Ouattara, en route pour la cérémonie d’inauguration de la voie express Abobo-Anyama, a fait une escale à la mairie d’Abobo. Objectif? Rencontrer et échanger avec les victimes et les parents des victimes de la crise post-électorale issus de cette commune en vue de leur témoigner sa compassion. Avant de prendre congé de ces victimes, Alassane Ouattara, la main dans la poche, a remis aux victimes présentes, la somme de 50 millions de FCFA. Plusieurs mois après ce don du chef de l’Etat, des échos sont parvenus à «L’Eléphant».

Des grincements de dents sont parvenus à «L’Eléphant»

C’est le dimanche 2 août 2015, que l’infernal pachyderme a été joint au téléphone par Y.B, un heureux bénéficiaire du don de 50 millions FCFA offerts par le chef de l’Etat à l’issue de la rencontre d’échanges qu’il a eue avec les victimes et les parents des victimes de la crise postélectorale d’Abobo. Le hic, celui-ci se plaint du partage qui a été fait de cette somme par les différents responsables d’ONG et d’Associations. «Nous avons reçu de la part du président de la République la somme de 50 millions de FCFA. Ce jour-là, l’argent a été remis à Amadou Gon Coulibaly.

Puis ce dernier, à son tour, a remis l’argent au maire d’Abobo, Adama Toungara. Et le président de la République, a bien dit que cet argent était pour les 100 victimes présentes dans la salle. Je ne comprends pas le partage qui a été fait de cette somme par nos responsables.Moi, j’ai reçu de la part de monsieur Sylla la somme de 25 mille FCFA seulement», s’est-il lamenté au téléphone. Trois jours plus tard, après quelques coups de fil, «L’Eléphant» parvient à entrer en contact avec une autre victime, habitant la commune d’Abobo. Il s’agit de M.S, une dame qui a également bénéficié de la générosité présidentielle.

Tout comme Y.B, elle dénonce le partage fait par Sylla Aboubakari, le président l’ONG Justice et renouveau dans un univers de coopération et d’intégration (JERUCI). «Moi, c’est 75 mille FCFA on m’a remis. Alors que j’ai eu deux frères morts dans le charnier. Monsieur Sylla m’avait contacté et lorsque je suis arrivée à son bureau, c’est 25 mille FCFA, il a voulu me remettre. J’ai refusé ce montant, en lui faisant savoir que j’ai été moi aussi victime. Mais, je constate que ce sont les victimes de 2000 et 2010 qui sont les mieux traitées. Or, c’est par nous tout a commencé, avec les charniers.

Le président en remettant cet argent, avait dit que ce n’était pas pour nous indemniser mais pour nous aider, pour nous dire «yako». Il avait voulu rencontrer les parents mais il s’est dit que s’il veut aller dans chaque famille, ça ne sera possible. Raison pour laquelle il a demandé aux quatre associations de donner chacune quelques noms. C’est ainsi que moi, on m’a contacté», témoigne péniblement cette dernière.

Les associations bénéficiaires de la générosité d’Alassane Ouattara

Pour avoir une nette idée des ONG et associations à qui les 50 millions ont été remis pour les partager à leurs membres, le pachyderme a approché, le 11 août 2015, au siège de la Conariv, Sylla Aboubakari, le président de JERUCI et Coulibaly Mamadou Soromidjo, le PCA de la Fédération nationale des victimes post-électorale  Côte d’Ivoire. Selon les dires de ces derniers, c’est entre cinq ONG et associations que la répartition des cinquante millions FCFA a été faite.

Il s’agit entre autres de l’ONG Justice et renouveau dans un univers de coopération et d’intégration (JERUCI), la Fédération nationale des victimes post-électorale Côte d’Ivoire (Fenavipel-CI), l’Association des familles de sept femmes tuées, représentée par Bamba Mamadou, l’Association des parents victimes de Yéo Sibiri, et le Collectif des victimes du 24 mars 2004 (CV24), dirigé par Dramé Sirah, une conseillère municipale à la mairie d’Abobo. C’est le 15 avril 2015 que le maire de la commune en compagnie de Diakité Sidiki, le préfet d’Abidjan et Yéo Clotcholoma, que la remise des fonds aux responsables d’ONG et associations a été faite.

Sur ces cinq structures, ce sont les responsables de l’ONG JERUCI et de la Fenavipel-CI qui ont été rencontrés par «L’Eléphant». Selon Coulibaly Mamadou Soromidjo, «il y a des structures qui n’ont pas de siège. On ne sait pas comment elles gèrent l’argent qui leur a été remis.Mais pour le cas de Sylla, nous nous connaissons et c’est nous deux, au niveau d’Abobo, qui sommes en contact avec les victimes. Nous sommes deux à avoir des sièges», a-t-il  expliqué.

S’agissant de la répartition faite de cette somme offerte par Alassane Ouattara, aucun des deux responsables de ces structures n’a voulu révéler le montant qu’il a perçu de cette manne présidentielle. «Malheureusement je ne peux pas vous dire le montant que nous avons reçu parce que je ne suis pas autorisé à le faire», a fait savoir Sylla Aboubakari. Mais selon des informations de première main, recueillies par le quadrupède, celui-ci et son ONG JERUCI ont obtenu la somme de 20 millions sur les 50 millions FCFA. La somme restante a, sans doute, été répartie entre les quatre autres structures. Comme quoi, l’argent n’aime pas vraiment le bruit!

Le bilan fait par le philanthrope de Sylla Aboubakari

C’est en compagnie du chargé de communication de la mairie d’Abobo, Yves Doumbia et de Sylla Aboubakari qu’une nouvelle rencontre a eu lieu, le dimanche 16 août 2015, dans locaux de la mairie d’Abobo en réhabilitation. «Il n’y a pas eu détournement de fonds. A Abobo ici, quand les gens entendent qu’il y a un don qui a été fait, ils appellent automatiquement leurs parents qui ne sont pas concernés par ce don. C’est 50 millions qui ont été donnés. Si on les partageait, chacun allait avoir combien?» S’est interrogé, le porte-parole de la mairie d’Abobo. Avant d’ajouter qu’«ici à Abobo, les gens ont une mentalité de démunis, c’est l’esprit d’Abobo.»

On espère que le maire n’occultera pas cette triste réalité de son bilan quand viendront les élections municipales! «Chacun a arrêté sa manière de gérer cet argent. Moi, quand je fais les calculs, c’était la somme de 2800 FCFA que chaque victime devait percevoir. Je me suis dit ce n’est pas la peine. Si on donne 2800 à chaque victime, on aura gaspillé cet argent. Ceux qui étaient dans la salle ce jour-là, chacun a eu 50 mille FCFA. Ceux qui venaient ensuite se présenter à moi, je les ai gérés selon le profil de la personne qui venait vers moi. J’ai évité de faire n’importe quoi avec cet argent en appelant chacun pour venir prendre la somme de 2800 FCFA. Les gens racontent trop de ragots et je continue d’aider les gens jusqu’à maintenant. C’est quel argent qui ne finit pas? Ce n’est pas moi qui ai reçu tout l’argent. (…) Je distribue l’argent jusqu’à 18 heures tous les jours, jusqu’à ce que ça finisse. Quand ça finit, je vais à la banque prendre encore pour distribuer. Si les gens veulent vérifier, je peux sortir mon livret de compte pour leur montrer. L’esprit de la chose a été respecté. Mais seulement ce qu’on n’a fait, en ce qui me concerne, c’est d’éviter de donner des miettes aux gens, 2800 FCFA ne peut même pas payer le transport de quelqu’un», a expliqué le philanthrope de Sylla, de sa brillante gestion des fonds reçus.

Et dire que certaines victimes se plaignent de n’avoir reçu que la modique somme de 25 mille FCFA de la part de ce distributeur d’argent, a poursuivi Sylla, faisant un bilan de la gestion de sa part reçue. Pour les autres associations non rencontrées par «L’Eléphant», seules les victimes issues de ces associations, savent ce qu’elles ont reçu.

Source: L’Eléphant déchaîné N°375

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