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Des révélations sur le paiement électronique en Côte d’Ivoire, des Ivoiriens s’en méfient…

Achats en ligne, paiement de factures, paiements des frais de concours administratifs et d’inscription pour les élèves et étudiants, transferts d’argent… Bref, la liste des transactions qui se font aujourd’hui en Côte d’Ivoire via mobile money, cartes de crédit ou cartes bancaires est longue. Les Ivoiriens ont développé un engouement des plus inattendus, notamment pour le mobile money.

En 2018, on évalue le volume des transactions financières quotidiennes via mobile money à 17 milliards de Fcfa. Si le mobile money était consacré au départ aux transferts d’argent, son utilisation a évolué et sert également pour le paiement de factures (eau, électricité, etc.), des frais d’inscription dans les écoles et aux concours administratifs, et aussi dans le e-commerce.

Mobile money. Selon des chiffres récents avancés par l’ex-ministre en charge de l’Économie numérique, Bruno Koné, ce sont 10 millions d’Ivoiriens qui disposent à ce jour, d’un compte mobile money, soit environ 40 % de la population ivoirienne. Mais, comme l’illustrent si bien les chiffres officiels, l’usage du mobile money est beaucoup plus orienté vers les transactions financières (dépôt, envoi ou retrait d’argent) que le paiement des biens et services. En ce qui concerne le paiement de frais de concours ou d’inscription, il est évident que c’est son caractère obligatoire (institué par l’Etat) qui amène les populations à y souscrire.

De fait, pour ce type de transactions (achats de biens et services en ligne, paiement factures, etc.), il est rare d’avoir des statistiques officielles sur le nombre de personnes qui s’y adonne. En réalité, beaucoup d’abonnés mobiles sont réticents quant à l’usage du mobile money à des fins commerciales. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce état de fait. D’abord, la faible pénétration en termes de couverture internet du territoire national. Peu de personnes utilisent l’outil informatique pour faire des achats de biens ou se procurer des services, préférant recourir aux moyens traditionnels. Aussi, plusieurs localités n’ont pas accès à internet. Dans certaines régions du pays, l’accès au simple réseau de téléphonie mobile n’est pas aisé. Du coup, l’on préfère se limiter aux services de base, facilement accessibles. Mais, au-delà de ces considérations, il y a la question de sécurité qui est redoutée. « Il arrive parfois que tu fais un achat, on te prélève de l’argent sur ton compte et, pourtant, l’opération n’a pas été réussie. Du coup, c’est toi qui perde ton argent parce que tu n’as aucune preuve pour démontrer que tu as été prélevé pour une telle opération », a dénoncé Guy Lévy, enseignant. Il a relevé ces mêmes soucis en ce qui concerne le paiement des factures.

Cartes de crédit et cartes bancaires. Les réalités ne sont pas tellement différentes, qu’il s’agisse de se servir des cartes bancaires et/ou de crédit ou du mobile money pour faire ses transactions commerciales. « L’inconvénient, c’est que parfois le système bugue. Il peut arriver aussi que la machine te dise que tu n’as plus de solde disponible alors qu’en réalité, tu en disposes encore », souligne Bénima Marie, commerciale dans une entreprise de la place. « Je n’ai pas encore opté pour ce mode de paiement, parce que je n’ai pas confiance aux mesures de sécurité qui entourent les opérations de paiement en ligne ou électronique », renchérit d’Alméida Paul, cadre de société.

Hormis ces griefs, certaines personnes interrogées évoquent, en ce qui concerne notamment les cartes de crédit, les prélèvements qui s’avèrent parfois élevés. En effet, l’usage d’une carte de crédit est soumis à des frais (annuels, mensuels, mais aussi lors des retraits de cash). Les cas de gratuité, apprend-on, sont rares. Aussi, la question du plafonnement du crédit est un élément qui ne motive pas toujours l’usage des cartes de crédit. « Pour une carte bancaire, par exemple, il y a une limite d’utilisation là où moi, je voudrais bien ne pas avoir une carte que j’utilise sans craindre une expiration », déplore un chef d’entreprise.

Ça bouge. En tout état de cause, le paiement électronique s’inscrit dans la logique de la dématérialisation (numérisation) des services. Il apparaît comme un moyen plus facilité de faire des transactions financières, commerciales, etc. Ils comportent certes des risques, mais les avantages de l’usage du numérique dans le quotidien des populations ne sont pas à négliger. « Une carte de banque est pratique, rapide et fiable. Elle vous évite d’avoir de l’argent liquide sur vous, avec les risques d’agression qu’on peut rencontrer dans nos rues. On peut l’utiliser partout », assure un responsable d’une maison d’assurance-banque. Idem pour une carte de crédit, qui, selon notre interlocuteur, peut être utilisée même lorsqu’on voyage dans un autre pays.

En Côte d’Ivoire, bien qu’on n’ait pas à tous les coins de rue des distributeurs, l’usage des cartes prend peu à peu de l’ampleur, avec le développement d’une classe moyenne qui représente près du quart de la population ivoirienne. Aussi, avec l’installation à Abidjan du leader mondial d’édition de cartes de crédit, l’américain Visa, il est fort probable qu’un plus grand nombre de personnes s’accommode de ce mode de paiement. D’où la nécessité, pour les prestataires de services, les petits commerces, etc., de se doter de terminaux de paiement.

Faut-il le noter, à ce jour, ce sont les grandes surfaces, les hôtels de luxe, les grands restaurants, certaines pharmacies, des cliniques privées de haut standing, etc., qui admettent l’usage des cartes de crédit.

Esther Lignon

afrikmag.com

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