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Casse des agences de la Bceao de Bouaké, Man et Korhogo: Toutes les complicités dans le vol de 1.038 milliards

La vérité finit toujours par triompher, dit l’adage. Dix ans après les casses des agences de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) dans la zone Centre-nord-ouest (Cno) contrôlée par la rébellion armée ivoirienne en 2003, les langues se délient sur le montant exact de l’argent volé.

Selon un journal en ligne sénégalais, derniereminute.sn, repris par plusieurs journaux de la place, l’évaluation complète des dommages causés à la Bceao par les casses des agences de Bouaké, Man et Korhogo, est de 1.038 milliards de FCFA. Le confrère révèle par ailleurs que cette importante somme d’argent volée a d’abord été stockée au Burkina Faso qui servait alors de base-arrière à la rébellion armée ivoirienne. Avant d’être convoyée par avion au Sénégal pour y être blanchie.

«L’affaire des pillages des banques de la Bceao de Korhogo et Man commence à révéler ses secrets. En effet, les chiffres avancés pour la première fois et qui sont estimés à 1.038 milliards, comme l’avait écrit un journaliste qui a fini par la suite en prison, serait bel et bien blanchi au Sénégal. Les détails d’une mafia économique au cœur de laquelle se trouvent de grands bandits au sommet des Etats africains», rapporte notamment derniereminute.sn à la faveur de la récente visite au Sénégal du président de l’assemblée nationale ivoirienne.

Au moment des faits, en 2003, Guillaume Kigbafori Soro était le secrétaire général des Forces nouvelles. La rébellion armée qui a défiguré la Côte d’Ivoire pour s’installer dans sa partie septentrionale, à l’occasion du coup d’Etat manqué dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 contre les institutions de la République. Les hommes de Guillaume Soro régnaient alors en maîtres absolus sur la zone Cno. C’est ainsi qu’en 2003, ils ont braqué les agences Bceao de Bouaké, Man et Korhogo.

De hautes autorités impliquées

En toute quiétude, les Forces nouvelles, qui composent aujourd’hui l’essentiel des forces pro-Ouattara dites Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), ont tranquillement éventré tous les coffres-forts des agences Bceao avant d’emporter tout leur contenu pour une destination inconnue. «Cet argent a d’abord été placé au Burkina Faso, base arrière de l’ex-rébellion, avant d’être convoyé au Sénégal en avion», indique le confrère sénégalais. Il rapporte, en effet, que le blanchissement des 1.038 milliards a été possible grâce à des complicités à la direction de la Banque centrale et au plus sommet de l’Etat sénégalais. Allusion faite à Me Abdoulaye Wade, alors président de la République du Sénégal. «Des dizaines de milliards provenant de ce blanchiment ont été investis dans l’immobilier, dans la restauration, dans l’hôtellerie, au Burkina Faso.

D’autres ont été investis un peu partout en Afrique et même au Brésil, où des Ranchs ont été achetés », précise également derniereminute.sn. Il affirme aussi que l’ancienne direction de la Bceao a les noms de toutes les personnes qui auraient profité de cet argent. « Mais rien n’a été fait, personne n’a été poursuivi en dehors d’un pauvre Béninois qui s’était fait avoir à Bouaké par un ex-rebelle et qui a été brièvement interpellé à Bamako en possession de plusieurs millions provenant des agences braquées », déplore le confrère sénégalais. Et de révéler qu’à l’époque, la France qui fait partie des actionnaires de la Banque centrale, a voulu faire arrêter tous les cerveaux des attaques contre ces agences, mais des chefs d’Etat dont les pays ont massivement profité de ce vol, n’ont pas voulu s’associer à l’opération, parce qu’elle les mettait en difficulté eux- mêmes.

Et les choses en sont restées là, indique-t-il par ailleurs.
En son temps, un journaliste sénégalais en avait payé le prix fort. El Malick Seck alors directeur de publication du journal 24 heures, avait été jeté en prison pour 3 ans fermes pour avoir cité le président sénégalais dans un article intitulé « Pillage des banques de Korhogo et Man, Wade et son fils Karim mouillés » dans l’affaire de l’argent sale provenant des casses des agences de la Bceao dans la zone Cno en Côte d’Ivoire.

Un ministre d’Etat sénégalais accuse

Récemment, Amath Dansokho, aujourd’hui ministre d’Etat dans le gouvernement Macky Sall, a confirmé ses accusations anciennes sur les collusions financières entre Wade et les ex-rebelles ivoiriens qui ont pillé les agences de la Banque centrale à Bouaké et à Korhogo. Dans une interview accordée au site sénégalais Seneweb, il a évoqué des mécanismes du blanchiment. Non sans promettre de révéler la liste des «hautes autorités» sénégalaises impliquées dans ce vol. «Je maintiens que l’argent a été blanchi ici à Dakar. Le ministre des Finances ivoirien de l’époque l’a dit ici, et personne n’a protesté. Il (Wade : Ndlr) s’acharnait contre Banny (…). Lors d’une conférence de presse à Dakar, Banny a dit qu’il ne sait pas si demain il sera encore vivant, évoquant une menace de mort, mais nous savons que de hautes autorités ont blanchi l’argent de Bouaké et Korhogo et nous rendrons la liste publique dans quelques jours. Dès le lendemain, Abdoulaye Wade est allé s’agenouiller devant lui pour le supplier de ne pas le faire», insiste le leader historique de la gauche sénégalaise. «Depuis ce jour, il ne parle plus de la Banque centrale avec laquelle il avait toujours des difficultés.

Pourquoi le procès qu’il avait intenté contre moi n’est pas allé loin ? Me Diop, l’avocat de ma défense, avait mis dans le dossier un procès verbal dans lequel un homme avouait avoir blanchi cet argent avec l’aide de hautes autorités de l’Etat sénégalais. Un agent secret italien est venu dans mon salon me raconter que Wade a été découvert parce que lorsqu’il voyageait, il amenait dans les soutes de l’avion présidentiel des milliards d’euros, de devises qu’il prenait à la Société générale qu’il échangeait avec des francs Cfa qu’on reversait à la Banque centrale. Les gens se sont rendus compte qu’il y avait des billets issus de casse des banques de la Côte d’Ivoire. Ils échangeaient 1 franc ivoirien, qui a la même valeur ici, avec 50 centimes sénégalais. Il a fait tellement de scandales financiers, et c’est d’ailleurs pourquoi il dit que son fils est un génie en ingénierie financière. C’est pour l’habillage…», ajoute le ministre d’Etat sénégalais.

La mission d’évaluation à Bouaké

La mission d’évaluation de la Bceao à Bouaké en vue de procéder à un état des lieux, suite au cambriolage subi dans l’agence de Bouaké, a eu lieu le mardi 30 septembre 2003. Selon le procès-verbal de l’huissier de justice, Me Sylla Ibrahima, requis par Guillaume Soro, chef de la rébellion armée, la mission a travaillé de 11 h 30 de 17 h 20. Outre les émissaires de la Banque centrale, l’opération a nécessité la présence de plusieurs forces en présence. Notamment les Forces nouvelles représentées par Alain Lobognon, conseiller spécial chargé de l’image du secrétaire général du Mpci et des Forces nouvelles, M. Konaté Sidiki, porte-parole du Mpci, Cissé Sindou, chef de cabinet du secrétaire général du Mpci et le commandant Dély Gaspard, représentant le Mouvement pour la Justice et la Paix dit Mjp, membre des Forces nouvelles et le commissaire Ouattara Seydou, Préfet de police de la zone sud du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire.

Et la Banque centrale représentée par Nangoh Angoua Célestin, chef de mission, directeur de l’antenne régionale de Bouaké, M. Mbow Moussa, agent de la Bceao et M. N’Goran Augustin, également agent de la Banque. Des éléments d’un détachement des Forces armées françaises, la Licorne, représentés par l’adjudant Baulard Christophe, officier de police judiciaire des Forces Armées de l’opération Licorne, commandant la Brigade Prévôtale de Yamoussoukro, assisté du gendarme Bitz Willy de mon unité. Il y avait aussi des éléments des Forces armées de la Cedeao sous la direction du commandant Barnabo Nampoukiné du Togo, une composante de la Force internationale d’interposition, étaient aussi présents dans l’enceinte de l’établissement bancaire. Certains veillaient sur la sécurité du déroulement de l’opération, note l’huissier commis par Guillaume Soro.

« A mon arrivée, les personnes présentes avaient déjà arrêté un plan de travail. La mission avait déjà effectué un tour d’inspection des lieux. Certains agents de la Bceao accompagnés de leur huissier, Maître Say Amonteni Magni, étaient encore dans le caveau, seuls, avec pour moyen d’éclairage deux ampoules néon, pendant que d’autres en sortaient », indique Me Sylla Ibrahima. Avant de préciser que la mission d’évaluation était tenue par un « timing » très strict parce que devant prendre l’avion de retour à 17 heures précises. «Vu l’urgence de la réquisition qui m’a été faite ; vu le rythme très accéléré de travail imposé par la délégation qui ne laissait place à aucun temps mort, pouvant me permettre de faire appel à un photographe et à un caméraman pour m’assister et conforter par images mes constatations , celles-ci ont été faites sans support audiovisuel », indique le procès-verbal de l’huissier de Justice. Dans ses conclusions, Me Sylla Ibrahima a signalé des incompréhensions entre les émissaires de la Bceao et les représentants de la rébellion armée. Ce qui donnait tout l’air d’un travail bâclé à cette mission d’évaluation.
Est-ce aujourd’hui les conclusions de toutes les évaluations faites dans les agences éventrées que nos confrères du Sénégal dévoilent ? Tout porte à le croire.

Robert Krassault ciurbaine@yahoo.fr
Notrevoie

Mercredi 26 Juin 2013

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