05222019Headline:

Economie: Que deviendrait l’ économie ivoirienne sans le Binôme café-cacao ?

Le cacao ivoirien

« Le succès de ce pays repose sur l’agriculture ». Ce slogan, beaucoup d’Ivoiriens s’en souvient encore. Il est de Félix Houphouët-Boigny qui a su écrire les lettres de noblesse de la nation ivoirienne grâce à deux spéculations agricoles : le café et le cacao. Les colons français, donc bien avant l’indépendance du pays avaient mis l’accent sur le secteur agricole, notamment les produits d’exportation et principalement le binôme café-cacao.

Une fois l’autonomie politique acquise, le 7 août 1960, les autorités ivoiriennes ont poursuivi cette politique  avec la densification de la production et l’exportation de la quasi-totalité de ces deux produits sous forme de matières premières.

Déjà en 1960, la production cacaoyère ivoirienne avait atteint les 93 800 tonnes. Elle va  connaitre une progression figurante  pour dépasser les 241 500 tonnes en 1974. De 185 500 tonnes à l’indépendance, le café a, quant à lui, atteint les 279 600 tonnes en 1969 ; avant de se stabiliser autour de 270 400 tonnes en 1974. Il a fallu que les braves paysans travaillent durement la terre.

La main-d’œuvre commençant à manquer, il a fallu une très forte migration des peuples des régions de savane et une immigration grandissime de ressortissants des pays du Sahel (Burkinabè et Maliens précisément) vers les zones de forte productivité agricole. Certains se sont installés avant même l’indépendance quand d’autres sont arrivés bien plus tard.

Face à de grands enjeux

Le président Félix Houphouët- Boigny, dans une vision bien éclairée, décide alors de créer la Caisse de stabilisation et de soutien au prix des productions agricoles (Cssppa), plus connue sous le diminutif de Caistab, en 1960.

Comme son nom l’indique, cette structure servait à capter les ressources issues des spéculations, les stabiliser et offrir un prix minimum garanti aux producteurs. Le principe était  que lorsque le prix international baissait, le mécanisme permettait de compenser le gap. Et vice-versa.

Cela avait très bien fonctionné. Chemin faisant, Houphouët-Boigny pose la première pierre du port de San Pedro, le 12 août 1968. Cette nouvelle infrastructure devait  venir en appoint au Port autonome d’Abidjan (Paa) qui, lui, a été inauguré le 5 février 1951.

Dès 1975, on assiste à une véritable flambée des prix du café et du cacao sur le l’échiquier international. Les deux spéculations ont même triplé leurs prix entre 1975 et 1977. Et les termes de l’échange augmentaient alors de près de 80%. La Côte d’Ivoire a commencé a tiré d’importants  dividendes de ces cultures.

A côté du binôme café-cacao, d’autres spéculations comme le bois, le coton, l’hévéa, le palmier à huile, la canne à sucre (…) sont venues renflouer les caisses de l’Etat.On assiste, entre 1960 et 1975, à la mise en place de structures spécialisées pour soutenir le secteur agricole à l’instar du Centre national de recherche agronomique (Cnra), la Banque nationale pour le développement agricole (Bnda), la Société d’assistance technique pour la modernisation agricole en Côte d’Ivoire (Satmaci), la Société pour la motorisation de l’agriculture (Motoragri), etc.

En instaurant la ‘’Coupe nationale du progrès’’pour récompenser les braves paysans chaque année, Houphouët-Boigny entendait ainsi créer entre eux une saine émulation et  surtout les motiver à produire davantage  de café et de cacao et de bonne qualité.

Les  retombées du binôme

Les centaines de milliards de francs de Cfa générés par les spéculations agricoles et particulièrement le binôme café-cacao ont permis de faire des investissements colossaux pour réaliser de nombreuses infrastructures dans tout le pays.

Du nord au Sud, de l’Est à l’Ouest en passant par le centre, que de chantiers réalisés sous l’ère Houphouët-Boigny ! Ce sont alors l’électrification de villes et villages ; des adductions en eau potable ici et là ;  la construction de centres de santé,  routes et ponts, des universités et grandes écoles et centres professionnels publics ;  des recrutements massifs  dans  la fonction publique.

Dans le même temps, plusieurs sociétés d’Etat (Sodesucre, Sodepalm, Soderiz, Palmindustrie, Sodepra, Sodefel, Cidt, Cotivo, etc.) ont été créées.

L’industrialisation du pays a démarré, le commerce s’est développé, les services financiers et autres aussi, etc. Entre temps, le second port à San Pedro est mis en exploitation, le 4 décembre 1974, avec pour spécificité l’exportation du café et du cacao.

Le boom économique qui était la résultante de cette politique est qualifié de  “Miracle ivoirien”, entre 1960 et 1978. Cette période était, en effet, marquée par une forte croissance d’environ 8% l’an. Les fruits de la croissance ont aussitôt rejailli sur la capitale économique, Abidjan, qui devient la perle des lagunes. Elle fait la fierté des Ivoiriens et Ivoiriennes. Et le slogan : ‘’le succès de ce pays repose sur l’agriculture’’ fait tache d’huile.

Plusieurs pays africains viennent s’inspirer du modèle ivoirien.La Côte d’Ivoire  bascule ainsi dans la catégorie des Pays à revenu intermédiaire (Pri), avec un Pib par habitant de 2 237 dollars américains, soit environ 1 118 500 F Cfa en 1978. Et le taux de pauvreté est estimé, à l’époque, à seulement 15% de la population. Ces prouesses économiques sont le fruit des durs labeurs des braves paysans.

GUY-ASSANE YAPY

Emergence Economique

(Extrait du N°Spécial Houphouët Boigny-

Hors-Série décembre 2018)  

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