09202019Headline:

Endettement de la Côte d’Ivoire: Mamadou Koulibaly à Ahoussou Jeannot « Non, n’encouragez pas le président de la République »

L’ancien président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, a consacré, cette semaine, sa chronique hebdomadaire animée les jeudis, sur les réseaux sociaux, à la question de la dette en Côte d’Ivoire. Le professeur agrégé en Economie a choisi de donner une réplique au président du Sénat au sujet de son discours prononcé récemment à Toumodi.

Faisant partie des intervenants lors de la cérémonie d’hommage de la région du Bélier au chef de l’Etat organisée le samedi 10 août dernier, Jeannot Ahoussou Jeannot avait prononcé un discours dans lequel il saluait les actions de développement du président de la République et l’encourageait à continuer à s’endetter pour continuer son œuvre. « On veut ouvrir un faux débat sur l’endettement de la Côte d’Ivoire. (…). Endettez-vous pour construire la Côte d’Ivoire. Celui qui endente aujourd’hui, c’est celui qui aime les Ivoiriens. Il n’y a pas de honte à s’endetter. Oui, président Ouattara, endettez, on va payer. On est là pour travailler pour payer… », avait lancé le président du Sénat non sans soutenir que feu Félix Houphouët-Boigny avait fait pareil pour doter la Côte d’Ivoire de ses grandes infrastructure.

Ce discours heurte la conscience de l’ancien ministre de l’Economie, qui s’insurge contre ce soutien du chef de la chambre haute du Parlement au chef de l’Etat. Ce, paradoxalement à sa mission de contrôle de l’action gouvernementale. « Monsieur le président du Sénat, il ne faut pas dire çà, ce n’est pas bien ». réagi Mamadou Koulibaly qui a décidé de rappeler Jeannot Ahoussou à sa mémoire.

L’ancien chef du Parlement ivoirien a remonté la période des dettes sous feu Houphouët-Boigny pour rappeler ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Il a souligné les limites et les effets que l’endettement des années du ‘’miracle ivoirien’’ ont produit avec l’avènement de la « conjoncture ». Un terme bien appréhendé par des Ivoiriens d’une certaine époque. « On s’est hyper-endetté, et ça a donné ce qu’on a appelé la conjoncture avec ses responsables qui sont toujours en vie, d’ailleurs, pour l’essentiel. Cette conjoncture qui signifiait que nous avions pris de l’argent que nous avions mal utilisé en créant des sociétés d’Etat, des entreprises publiques qui n’ont rien rapporté à l’Etat que la dette avalisée. Et la conjoncture, c’était l’interpellation des créanciers devant notre incapacité à rembourser cette dette. Ça a donné quoi ? Une fermeture cde toutes ces entreprises publiques, le licenciement massif de pas mal de gens, cadres ou ouvriers… ».

Cette époque, indique le professeur Koulibaly, l’actuel, président ivoirien, Alassane Ouattara, l’a vécu en tant que banquier en fonction à la Bceao. Donc, réplique-t-il à Jeannot Ahoussou, « ce n’est pas vous qui aller lui apprendre ce que c’est qu’une dette ». L’agrégé d’Economie rappelle la mauvaise gestion de la dette des années Houphouët et les implications qu’il y a eu des années plus tard. A savoir, la mise de la Côte d’Ivoire sous un «Programme d’ajustement structurel » (Pas), après accumulation de ces dettes qu’elle ne pouvait pas rembourser et dont la conséquence a été la fermeture de plusieurs services publics de l’Etat. « Le monsieur à qui vous donnez des conseils-là était au Fmi. C’est eux qui ont fait le programme d’ajustement structurel, puis le Ppte. (…). C’est le même monsieur qui est président de la République, donc il ne faut pas lui donner de conseil en la matière ».

Au sujet de l’exemple que le président du Sénat a pris sur les grands pays, Mamadou Koulibaly est formel : « Toutes les dettes ne sont pas pareilles. Il ne faut pas les comparer comme cela », signifie-t-il, non sans donner des clarifications sur les dettes des grandes puissances, d’abord à des taux zéro pour les la plupart, mais surtout en monnaie locale auprès de leurs propres populations. Ce qui n’est pas le cas pour la Côte d’Ivoire. « Cette dette, monsieur le sénateur, c’est de l’impôt différé. Vous matraquez vos enfants et petits enfants, parce que la dette d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain », prévient le candidat déclaré au prochaine élections présidentielles, qui, en définitive, ne stigmatise pas la dette, mais l’utilisation qui en est fait. Car, président, Mamadou Koulibaly n’exclut pas, lui-même, de s’endetter, mais pour réaliser des œuvres rentables pour le remboursement et l’enrichissement de ses administrés.

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