12162018Headline:

Filière anacarde: Le calvaire des producteurs

Des dizaines de gros camions stationnés en file indienne face à un entrepôt sur la nouvelle autoroute de Grand-Bassam. Que contiennent-ils et que font ces camions face à ce magasin ? Renseignements pris, l’on apprend qu’ils sont remplis d’anacarde, en attente de déchargement.

Dur, dur, pour les producteurs d’anacarde de Côte d’Ivoire. Ceux-ci font face, depuis près de deux mois, à la mévente de leurs produits. L’ultime solution, au risque de voir leurs produits pourrir, c’est de le brader. Mercredi 30 mai 2018, de longues files de camions de 40 tonnes attendaient devant l’entrepôt de la Fédération nationale des producteurs d’anacarde de Côte d’Ivoire (Fenapaci). Il s’agit d’un espace qui abrite deux bâtiments de 12 500 tonnes chacun. Des chauffeurs, assis à bord de leurs véhicules, attendent impatiemment d’être reçus. D’autres, sûrement épuisés par la longue attente, malgré la fine pluie qui tombe, descendent de leurs véhicules. Un autre groupe choisit de se retirer dans un restaurant de fortune à proximité de l’entrepôt. L’ambiance est morose. Quelques producteurs qui accompagnent les camionneurs ne cachent pas leur peur, simplement parce que l’acceptation de leur produit dépend de l’acheteur final. Des appréhensions justifiées par un producteur informe que « cinq camions ont été déjà refoulés parce que les produits présentés sont humides ». Une situation difficile avec la saison des pluies qui complique tout. La voie pour accéder à l’entrepôt est impraticable. Des flaques d’eau stagnent un peu partout. Le vigile de service exige un document d’identification. Ces formalités une fois remplies, nous sommes dans l’entrepôt. Deux grands hangars se dressent devant nous. En face des deux bâtiments, un espace vide destiné au traitement des produits, avant leur reconditionnement.

Pénalités. Plusieurs produits sont déversés sur le sol, tout simplement parce que certains sacs utilisés pour leur conditionnement sont déchirés. « Figurez-vous que nous sommes prélevés à hauteur de 1,7 Fcfa/kg ou 1,8 Fcfa/kg, pour des sacs qui ne sont pas de bonne qualité. Ce sont des réfractions (pénalités) qui sont faites en fonction de l’état des sacs », s’offusque un autre producteur. Ce dernier dénonce le fait que quand bien même ils sont soumis à des prélèvements (5,53 Fcfa pour sacherie brousse et 10 Fcfa pour la sacherie export, soit 15,53 Fcfa), ils ne reçoivent pas des sacs de qualité. « Non seulement on nous prélève pour la sacherie, mais on reçoit des sacs de mauvaise qualité. En plus, nous en recevons en quantité insuffisante. Par exemple, un producteur qui dispose d’une parcelle de 100 hectares peut se retrouver avec seulement 5 sacs », déplore ce dernier. Notre regard est attiré par les inscriptions sur les sacs dans lesquels sont contenus les produits. D’un côté, il y a des sacs sur lesquels sont écrits : ”Conseil du coton et de l’anacarde” et, de l’autre côté, des sacs sur lesquels on peut lire Fenapaci.

Face à notre étonnement, Salif Coulibaly, Directeur général (Dg) de la Fenapaci, également coordonnateur de la plateforme des acteurs de la filière anacarde, nous éclaire. « Au vu de la qualité des sacs que nous recevons chaque année et des pénalités dont nous sommes l’objet, nous avons commandé cette année 2 millions de sacs aux frais de la Fenapaci. Il s’agit de sacs qui, même s’ils tombent de 10 mètres, ne seront pas perforés », vante-t-il.

Trop de taxes. Profitant de notre présence en ces lieux, le Dg de la Fenapaci dénonce de nombreuses taxes dans la filière anacarde. La conséquence de tout cela, déplore-t-il, c’est la mévente des produits. « Tous ceux qui avaient besoin de l’anacarde, la rejettent aujourd’hui », souligne ce dernier. Salif Coulibaly confie qu’avant l’ouverture de la campagne, les Asiatiques, potentiels acheteurs de l’anacarde, avaient proposé 1 800 dollars, soit 900 000 Fcfa pour la tonne, « ce qui n’arrangeait pas », souligne-t-il. Avec les difficultés aujourd’hui, confesse ce dernier, « on n’arrive pas avoir les 1 800 dollars ». Face à cette situation, le recours aujourd’hui, plaidera-t-il, c’est qu’on leur verse au moins les 60 % du prix Caf (Coût assurance fret, Ndlr). « Le président de la République Alassane Ouattara a dit que 60% du prix Caf devraient revenir aux producteurs. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Nous avons des difficultés. Nous n’arrivons même pas à avoir 40% du prix Caf », déplore le Dg de la Fenapaci. Il demande à l’État de revoir les taxes, notamment le Droit unique de sortie (Dus) « fixé aujourd’hui à 105 Fcfa/Kg ». Salif Coulibaly dénonce également d’autres taxes empêchent les exportateurs de faire sortir les produits. « Quand un exportateur injecte 1 milliard de Fcfa dans l’achat de produits, il se retrouve à payer 100 millions de Fcfa de taxes douanières, c’est-à-dire le Dus », déplore le Dg de la Fenapaci.

Pour les acteurs de la filière anacarde, toutes ces difficultés auraient pu trouver des solutions si l’Interprofession de la filière cajou existait. Le prix fixé bord champ de la noix de cajou au titre de la campagne 2017-2018 est de 500 Fcfa. Un prix qui n’est pas respecté sur toute l’étendue du territoire nationale. A titre de preuve, à Niakara, on parle de 250 Fcfa/kg, Touba 300 Fcfa/kg, Mankono 300 Fcfa/kg, Minigna 300 Fcfa/kg, Korhogo entre 350 Fcfa/kg et 400 Fcfa/kg. En clair, on assiste à une mévente des produits.

 

 

linfodrome.com

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