10212018Headline:

Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly était face aux journalistes le lundi pour informer les Ivoiriens sur l’action gouvernementale; Mais hélas…

Si son intervention a balayé presque tous les aspects de la vie économique, politique, du pays, elle s’est plus accentuée sur l’action sociale du gouvernement, portée notamment sur l’amélioration des conditions de vie des couches vulnérables de la société. Parce que comme Amadou Gon le soulignait d’ailleurs, le président de la République, Alassane Ouattara, dans son message à la nation du 6 août 2018, «a donné des instructions fermes, en vue de renforcer l’action sociale du gouvernement sur la période 2018-2020». «Il s’agit pour moi d’une priorité absolue», affirmait le chef du gouvernement.

Pour cela, il a fait savoir que l’ambition du gouvernement «va être d’amplifier et d’accélérer le rythme des réformes et progrès réalisés depuis 2012, en vue de réduire le taux de pauvreté». Amadou Gon Coulibaly a pris le soin d’indiquer que la pauvreté en Côte d’Ivoire a connu un repli entre 2011 et 2015, passant de 48,9 % à 46,3 %. Soit une réduction de 2,6 % sur la période considérée. En ce qui concerne les inégalités sociales, il a fait savoir également qu’elles ont connu une baisse «sensible», passant de 42 % en 2008 à 40 % en 2015. Soit à peine 2 % en 7 ans. Pour atteindre de telles «scores», M. Gon souligne que des budgets prioritaires ont été affectés aux dépenses pro-pauvres. Et qu’entre 2012 et 2017, ce montant a doublé, passant de 1 080 milliards de Fcfa à 2 070 milliards de Fcfa. Les principaux secteurs sociaux cibles qu’il a énumérés et dans lesquels, selon lui, de «nombreux progrès et projets» ont été réalisés, sont la santé, l’éducation, la formation, l’eau potable, le logement, l’assainissement et la protection sociale.

Lointain. Les efforts du gouvernement, il faut le reconnaître, sont louables. Sauf que l’on est en 2018, plus précisément au troisième trimestre de l’année en cours. Et le Premier ministre avance des statistiques qui datent de trois ans (plutôt lointaines) pour illustrer les «progrès» réalisés par son gouvernement qui fait de l’amélioration des conditions de vie des populations vulnérables une «priorité absolue». Est-ce à dire que rien n’a été fait entre 2015 et 2018 ? Si oui, quel en est l’impact sur la population cible ? Non pas en termes de milliards dépensés, mais plutôt l’effet que cela a eu en termes de changement positif, qualitatif, mais aussi quantitatif, au bénéfice des populations.

Ou peut-être que le changement est perceptible par tous et qu’il n’y a que les statistiques actualisées qui ne sont pas encore disponibles pour en donner la preuve ? Mais alors, quel intervalle de temps l’Institut national de la statistique (Ins), ou devrais-je dire le ministère du Plan et du Développement, se donne pour produire des statistiques sur le chômage, le niveau de pauvreté, l’emploi, etc. ? Attendre le Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph) pour livrer des chiffres sur des données qui sont pourtant mesurables au jour le jour ? L’on n’invente rien puisqu’ailleurs cela se fait, et ce ne sont pas nos ministres qui diront qu’ils ne savent pas qu’il est possible de produire quotidiennement ou, disons, mensuellement, des chiffres sur le niveau de pauvreté, le chômage, etc., dans un pays

Ciblés. Revenons aux secteurs sociaux cibles que le PM a évoqués et qui sont mentionnés plus haut. D’abord la santé : effectivement, beaucoup d’infrastructures, dans ce domaine, ont été réalisées. Inutile de se hasarder à les énumérer au risque d’en omettre certaines. La gratuité ciblée est toujours de mise. Il existe néanmoins des difficultés, portant le plus souvent sur la disponibilité des médicaments pour la prise en charge des prestations couvertes par la gratuité. La question de l’équipement des centres de santé en matériels, tant à Abidjan qu’en province, n’est pas en voie d’être résolue.

Au niveau de l’éducation, pour ceux qui ont visité régulièrement la toile en ce début d’année scolaire (2018-2019), ils ont pu se rendre compte des récriminations des populations (particulièrement des parents d’élèves et des organisations associatives d’élèves et d’étudiants) contre ce qu’elles appellent des «faux frais». Les organisations estudiantines et scolaires, menées par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), ont entrepris des mouvements de protestation contre «les frais annexes» exigés aux élèves (ce sont les parents qui paient) qui, selon elles, viennent gonfler les frais d’inscription des jeunes apprenants.

Sur cette question particulièrement, la réaction du gouvernement, du Premier ministre, en l’occurrence, était très attendue. Ce dans la mesure où cette préoccupation faisait encore l’actualité vu que quelque cinq jours avant la conférence de presse du chef du gouvernement, des militants de la Fesci ont bruyamment manifesté, obligeant les forces de l’ordre à intervenir sur le campus de Cocody, avec à la clé des blessés et des arrestations. Mais, nulle part, Amadou Gon n’a fait cas de cela dans son propos liminaire. Comme pour dire, à l’instar de la ministre en charge de l’Éducation nationale, que ces «frais annexes», inclus dans les frais d’inscription, sont réguliers. Rien à faire donc des plaintes qui tendent à remettre en cause le prélèvement de cette fameuse contribution des parents d’élèves à la vie de l’école.

Faciliter l’accès au logement aux économiquement faibles est aussi une priorité du gouvernement Gon. C’est dans cette optique qu’a été lancé le programme présidentiel de construction de logements (sociaux, économiques et de haut standing). Mais combien sont-ils aujourd’hui, ces Ivoiriens «pauvres» qui ont pu acquérir un logement «décent» ? D’ailleurs, avec quel moyen pourraient-ils s’offrir ce luxe ? Par contre, s’il y a un acte fort que le gouvernement a posé en matière de facilitation d’accès au logement, dont les effets sont attendus de tous, il s’agit bien du projet de loi relatif au bail à usage d’habitation. Un texte qui interdit au bailleur d’exiger plus de deux mois de loyer d’avance et deux mois de garantie locative (caution) au candidat à la location lors de la conclusion du contrat de bail. Les Ivoiriens attendent toujours sa promulgation. Mais mieux, ils veulent bien croire qu’une fois entrée en vigueur, cette loi connaîtra, dans son application sur le terrain, un suivi régulier.

Le Premier ministre s’est également appesanti sur le projet de filets sociaux mis en œuvre dans le pays. Pour l’instant, ce sont 35 000 familles qui en bénéficient, pour un montant de 36 000 Fcfa par trimestre et par famille, selon ce qu’il a laissé entendre. La bonne nouvelle, c’est que le chef du gouvernement a dit examiner «les possibilités de doubler, voire de tripler le nombre de familles bénéficiaires pour passer à 100 000 à travers le pays». Mais en ce qui concerne le montant de 36 000 Fcfa, il semble qu’il ne sera pas revalorisé de sitôt, puisqu’il n’en a pas fait cas. Autant dire que les chantiers en attente sont un peu plus importants que ceux déjà exécutés. Et même s’il semble ne pas mettre en avant l’immensité du travail qui attend son gouvernement, Amadou Gon a reconnu tout de même que «malgré ces réalisations, des efforts additionnels restent à faire, et nous en sommes conscients».

Important. Comme indiqué plus haut, le Premier ministre avait consacré une large part de son intervention à son programme social. Cela ne l’a pas empêché de s’intéresser aux performances [macro]économiques du pays. Toute chose qui l’a amené à embrayer sur les questions de gouvernance, d’amélioration du climat des affaires et l’efficacité de l’administration publique, à travers notamment la dématérialisation des procédures administratives.

La dématérialisation, une procédure qui était en cours de déploiement au Guichet unique automobile (Gua) lorsque sont survenues les fraudes massives dans le processus de dédouanement des véhicules importés dans le pays. Un scandale dans lequel sont cités des personnalités du gouvernement, des responsables d’institutions, des patrons de sociétés d’État, etc. Mais rien n’a filtré sur la question dans le «face à la presse» du PM. Pas un seul mot sur les enquêtes en cours pour situer les responsabilités, quand bien même des informations circulent, faisant état de ce que les premières personnes interpellées et placées en garde à vue aux premières heures de l’éclatement du scandale seraient toutes en liberté. Idem pour la mise en œuvre du plan d’assainissement de la ville d’Abidjan, la relocalisation des habitants des quartiers précaires, etc., suite aux inondations survenues au mois de juin dernier. L’ouverture prochaine de la campagne cacaoyère 2018-2019, qui s’annonce tumultueuse, du fait de producteurs agricoles qui réclament 1,6 milliard de Fcfa à l’État, n’a pas non plus semblé une préoccupation majeure. Bref.

On nous opposera sans doute le fait «qu’on ne peut pas tout dire dans un discours» et qu’étant donné que c’était une conférence de presse, il revenait aux journalistes de soulever ces questions. Mais aussi, on est en droit de dire que des questions aussi importantes, qui, plus est, font l’actualité, ne pouvaient pas être occultées par le chef du gouvernement sous prétexte que des journalistes vont interpeller (pas si sûr) là-dessus. Ce d’autant plus que le comité d’organisation ne prévoyait pas forcément de passer la parole à tous les journalistes présents dans la salle, les échanges étant circonscrits dans le temps. La preuve, une préoccupation, non moins importante, qui a été soulevée, mais qui, malheureusement, a été esquivée (volontairement ou oubli ?) par Amadou Gon Coulibaly, porte sur l’attribution des marchés publics. La question du journaliste était ainsi libellée : «Il se trouve que Adama Bictogo, opérateur économique, est l’un de vos proches. Il rafle beaucoup de marchés dans le pays. Comment expliquez-vous le fait que de si nombreux marchés échoient à votre fidèle compagnon ?». Juste une question de transparence, de bonne gouvernance.

Élysée LATH

lebabi.net

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