08212018Headline:

Marchandises frauduleuses sur les marchés: De grosses révélations sur la fraude au Nord

Suspendus de leurs fonctions pour leur participation présumée au déversement frauduleux de marchandises en transit, 13 agents de services des douanes ivoiriennes restent toujours sur le carreau. De nouvelles révélations sur cette affaire militent en faveur de la réhabilitation des agents ‘’bannis’’.

Ils sont 13 agents des douanes ivoiriennes à avoir été frappés, le 3 mai 2018, à titre conservatoire par l’actuel directeur général, colonel Da Pierre. Motif invoqué : déversement frauduleux de marchandises en transit dans les pays de l’hinterland (Mali, Niger et Burkina Faso). Jusque-là, les agents suspendus restent sur la touche.
Pour mieux comprendre cette affaire, il faut remonter à notre passage au poste-frontière de Ouangolo, à 655 km d’Abidjan, dans la région du Tchologo, vendredi 08 juin 2018. Nous y avons trouvé plusieurs opérateurs économiques qui se plaignaient du déversement sur le marché local, de plusieurs biens marchants pourtant en transit et ainsi destinés aux marchés du Burkina Faso, du Mali ou encore du Niger. « L’huile et le savon sont depuis interdits de transit dans le sens inverse.

C’est-à-dire venant hors de Côte d’Ivoire et entrant sur le territoire ivoirien. Mais, dans les faits, ces produits entrent et sont déversés ici alors qu’ils sont censés avoir quittés le sol ivoirien. Hier nuit, à 2h du matin, (jeudi au vendredi 08 juin, Ndlr), de gros camions ont déchargé en pleine ville des barils d’huile et plusieurs cartons de savons. Ces produits entrés sans droits de douane sont bradés pour nous concurrencer. Les clients les préfèrent car ils sont revendus moins cher et nous avons des difficultés pour écouler nos stocks qui ont été dédouanés », confiait un opérateur libanais dont nous taisons l’identité. « Les auteurs de ce commerce gagnent doublement. Ils n’ont pas payé de taxes douanières et ils écoulent rapidement leurs stocks pour les renouveler, pendant que nous, c’est la croix et la bannière », récriminait-il.

Plan anti-fraude contourné. Mais comment des marchandises supposées avoir quitté le territoire ivoirien se retrouvent déversées sur le marché du même pays dont elles ont été détaxées ? Se prononçant sur la question, de hauts responsables d’unités douanières actuellement non concernés par la mesure de suspension à titre conservatoire confient que les déboires de leurs collègues sanctionnés viennent du contournement du dispositif anti-fraude de leur régie. Ils expliquent que chaque camion de marchandises en transit affranchi du paiement de taxes douanières charge au Port autonome d’Abidjan (Paa). Sur le périmètre portuaire, la procédure du transit est supervisée par la Chambre de commerce et d’industrie et l’Office ivoirien des chargeurs (Oic). Ces structures procèdent à l’enregistrement et délivrent un bond de sortie pour le suivi du transit. Dès la sortie du véhicule, tous les renseignements sont signalés au service des douanes. Ainsi, une fois que le camion concerné pointe au poste-frontière de Ouangolo, une pesée est effectuée pour vérifier la conformité des informations fournies depuis Abidjan, point de départ du transit. Une prise de vue est également faite pour attester de l’arrivée de tout véhicule engagé par le transit du jour. In fine, les agents du bureau-frontière signent le bond de sortie, qui autorise le véhicule à quitter le territoire ivoirien.

Kadar, le siège du mal. A partir de Laléraba jusqu’au premier poste frontalier du pays voisin basé à Niangoloko,à l’extrême sud de la province de la Comoé qui forme avec la province de Laléraba, la région burkinabé des Cascades, assurent nos interlocuteurs, le véhicule n’est plus sous contrôle des douanes ivoiriennes. « Quand le gros camion franchit le poste frontalier de Ouangolo et de Laléraba, sur la route nationale A7, ce n’est plus l’affaire des douanes ivoiriennes. Or, il faut signaler qu’entre Laléraba et Niangoloko, où se trouve le premier poste frontalier burkinabé, il y a environ 30 kilomètres de bande de terre qui est un véritable no man’s land. C’est un lieu de trafic à outrance. Il y a un village dans cette zone qui s’appelle Kadar. 3 camarades aux trousses des fraudeurs ont disparu, et cela fait maintenant 7 ans qu’on n’a plus eu de nouvelles de nos 3 frères d’armes ivoiriens », informait à Ouangolo un agent des douanes qui croit savoir que le déversement frauduleux des marchandises non dédouanées fait suite au retour sur le territoire ivoirien, par des voies détournées, des marchandises à bord des camions en transit. « Toute la grande fraude décriée s’opère nuitamment par des voies détournées indépendamment de notre bonne volonté. Nous faisons notre travail mais notre dispositif anti-fraude est simplement contourné », se défendait notre interlocuteur.

Des officiers des douanes basés à Abidjan confirment cette version. Ils ont rappelé que le chef du bureau de Ouangolo, le commandant Dosso, faisait suivre les véhicules par des patrouilles jusqu’au premier poste de contrôle burkinabé de Yendéré, à 10 km du poste douanier de Niangoloko, pour s’assurer que la fraude ne s’opère pas. « Mais il lui a été signifié par la hiérarchie que ce n’était pas cela son boulot. C’est comme cela qu’il a levé le dispositif de suivi des camions en transit », nous a-t-on confié. « C’est également par les voies détournées que les véhicules dits ‘’France au revoir’’ entrent massivement sur le territoire ivoirien et viennent au guichet unique pour parachever leur besogne en entrant dans les manœuvres frauduleuses de dédouanement. On ne devrait pas s’en prendre aux responsables sanctionnés à tort. Je le dis parce que cette façon de frauder, en faisant revenir par des voies détournées des marchandises de transit en Côte d’Ivoire, est connue de la hiérarchie », ajoute l’un de nos interlocuteurs. « Il faut simplement que les autorités sécuritaires prennent le dossier en main et œuvrent à la sécurisation de toute la bande frontalière. C’est à ce prix qu’on va arrêter le déversement frauduleux de marchandises, qui ne peut être imputé à des agents, fussent-ils responsables de service, impuissants devant le réseau de fraude dans la bande frontalière qui est un no man’s land », fait valoir un inspecteur des Douanes, qui révèle que les enquêtes internes diligentées n’ont pas permis d’établir la culpabilité des mis en cause faute de preuves.

A l’en croire, le Conseil de discipline de la Fonction publique a été saisi du dossier, mais avait estimé qu’il n’était pas suffisamment fourni pour accuser les 13 agents suspendus. Le dossier, pour ainsi dire, est vide. Les mis en cause continuent pourtant d’être ‘’bannis’’ et de broyer du noir. Et ce au même moment où d’autres responsables mis en cause dans d’autres affaires, notamment celle des vignettes touristiques frauduleuses impliquant de hauts responsables de la direction des Douanes de Korhogo, continuent de travailler sans être inquiétés. « Le problème se trouve ailleurs, à savoir les voies détournées par lesquelles les produits sortis en transit reviennent sur le marché ivoirien. Ce n’est pas un problème de personnes. Il faut voir le réseau qui alimente ce déversement et non vouloir couper des têtes innocentes qui, elles, étaient prêtes à trancher la tête de ce serpent de mer », apprécie notre interlocuteur.

afrikmag.com

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