05262017Headline:

PRAO YAO SERAPHIN “En Côte-d’Ivoire, l’Etat s’enrichit pendant que la population s’appauvrit”

Prao Yao

Le gouvernement ivoirien vient d’annoncer l’augmentation de son budget pour l’exercice 2016. Selon le porte-parole du gouvernement, il a été décidé d’accroître les ressources qui passent de 5.813 milliards de FCFA à 6.165,8 milliards FCFA, soit une hausse de 352,5 milliards de FCFA. Les Ivoiriens ont droit à quelques explications pour avoir le cœur net sur cette fameuse augmentation de budget. Rappelons déjà que les recettes et les dépenses prévues par un Etat sont transcrites annuellement dans un texte dénommé loi des finances. Au deuxième semestre de chaque année, le gouvernement présente au parlement un projet de loi des finances (PLF), qu’il revient à l’Assemblée nationale d’adopter et/ou d’amender.

Concernant cette augmentation de budget, deux raisons fondamentales peuvent être avancées.

Premièrement, l’extraversion de notre économie. L’économie ivoirienne est fortement extravertie car elle tire l’essentiel de ses ressources de l’extérieur. Dans un contexte aussi dynamique, il est difficile de faire des prévisions exactes. Or, l’élaboration d’un budget est basée sur les prévisions de recettes et dépenses qui peuvent évoluer au cours de l’année. De façon structurelle, de telles économies révisent soit à la hausse ou à la baisse leurs budgets en fonction de la conjoncture internationale.

Deuxièmement, la conjoncture favorable. Dans le cas de la Cote d’Ivoire, l’augmentation de son budget pour l’exercice 2016 s’explique fondamentalement par une conjoncture favorable. Les prix des principaux produits se comportent mieux sur le marché international. Par exemple, le prix de la tonne de cacao est passé de 2200 livres en octobre 2015 à 2500 livres en juillet 2016. De même, le prix de la tonne du café robusta est passé de 1600 livres à 1800 livres sur cette même période. Il faut également noter que le pays bénéficie de la remontée des prix du baril de pétrole. En effet, les prix se redressent en raison de la décision de plusieurs pays de geler la production. Il s’agit de la Russie, du Qatar, du Venezuela et de l’Arabie Saoudite. Notons par ailleurs que la Côte d’Ivoire a augmenté sa production pétrolière. Selon les chiffres officiels, la production de pétrole brut en Côte d’Ivoire est en hausse de 55,55% en 2015, passant de 26.000 à 29.411 barils par jour, La hausse enregistrée s’explique par la mise en production de nouveaux puits.

C’est donc une conjoncture favorable qui explique cette hausse du budget. Bien avant la Côte d’Ivoire, le Sénégal avait augmenté son budget pour cette même année. L’effet contraire se produit en Angola. En effet, le gouvernement angolais a abaissé ses prévisions de croissance pour l’année 2016 à 1,3 %, contre 3 % annoncés auparavant. Le budget a été réduit de 6 milliards de dollars. Alors que la loi de finances tablait sur 30 milliards de dollars de dépenses en 2016, le gouvernement ne prévoit désormais plus que 24 milliards de dollars, soit une baisse de 6 milliards de dollars. Conséquence directe de la chute des prix du pétrole – environ 50 dollars le baril aujourd’hui, contre plus de 100 dollars mi-2014 et près de 65 dollars mi-2015. Luanda ne table désormais plus que sur 18 milliards de dollars de recettes fiscales, contre 24,4 milliards de dollars prévus dans la loi budgétaire.

Mais pendant que l’Etat augmente ses ressources, les populations s’appauvrissent. Selon l’Institut national de la statistique, le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire, est passé de 51% en 2011 à 46% en 2015. Mais le niveau de pauvreté est toujours élevé surtout en zone rurale où il est proche de 60% contre 35% en zone urbaine. Notons que 79% de la population ivoirienne a moins de 35 ans. Une grande partie de ces chômeurs se retrouve à Abidjan (43,9%). Ces chômeurs sont à majorité des femmes (53,4% des chômeurs), de jeunes et de personnes faiblement instruites (près de 52% d’entre eux ont au plus le niveau primaire).

Selon la banque mondiale, en Côte d’Ivoire, il y a “2/3 des travailleurs” qui ont un revenu moyen mensuel qui se situe autour de 65 000 FCFA (100 euros), une deuxième catégorie tourne avec des “revenu moyens de 350 000 FCFA (environ 533 euros)” alors que “les privilégiés de la finance et du secteur minier perçoivent en moyenne plus de 2,3 et 1,6 million FCFA (3.500 euros et 2439 euros) respectivement par mois”. Au niveau de l’Indice de développement humain, le pays est classé 171e sur 187 pays. Ce qui signifie qu’il a des efforts à faire en matière d’éducation et de santé.

Le gouvernement a décidé que les nouvelles ressources prévues seront consacrées aux investissements publics. L’enveloppe désormais réservée à ces investissements passera de 1.643 milliards de FCFA (dans le budget initial) à 1.886 milliards de FCFA (dans le nouveau budget). Le gouvernement aurait pu affecter ces ressources additionnelles au développement du monde rural, au financement des agences « Emploi jeunes », à la modernisation des plateaux techniques de nos hôpitaux et à l’éducation. Par exemple, la scolarisation obligatoire nécessite des infrastructures scolaires appropriées (salles de classes et les cantines). Dans notre pays, il faut maintenant une croissance favorable aux pauvres, celle qui induit la progression des revenus de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté et qui se traduit par une réduction des écarts de revenus entre les pauvres et le reste de la population.

PRAO YAO SERAPHIN

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