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Ramadan 2018 : Des activités plombées

Mercredi 23 mai 2018, il est 13 h. Le salon de coiffure de Elyse V., situé dans le marché de Belleville (Treichville), qui d’ordinaire grouille de monde, est pratiquement vide.

Aucun client pour les ongles ni pour le visage. La seule cliente présente est venue défaire ses cheveux. Elle ne veut pas autre chose. “Ce qu’on a fait sur sa tête a coûté 500 francs Cfa”, nous informe la coiffeuse lorsque la cliente prend congé d’elle et de ses aide-coiffeuses. À l’en croire, c’est la seule cliente qu’elles ont reçue, depuis que le salon a ouvert ses portes le matin. Et, c’est fréquent, selon elle, depuis le début du jeûne musulman. «Depuis le mercredi 16 mai, date du début du carême (jeûne, Ndlr), mes recettes au salon ont gravement baissé. De 4000 à 7000 francs Cfa par jour, je suis tombée entre 1000 et 2000 francs Cfa par jour. Le lundi dernier, si ce n’est pas une femme qui est venue laver et sécher ses cheveux, je serais retournée à la maison avec o franc en poche. Cela, alors que j’ai deux personnes qui sont ici. Je donne 1500 francs par jour à une et 500 francs à l’autre qui apprend. C’est dur», nous confie la patronne du salon. Elle est convaincue que «Dieu veillera à ce que tout se passe bien» pour elle et ses filles.

Angela, une tresseuse du marché Belleville, ne dit pas autre chose. «Tu sens que le monde qui vient au marché a diminué. Lorsque les gens passent, tu les appelles, on dirait qu’ils n’entendent pas. Il n’y a pas de tresse. Depuis le matin, je n’ai natté qu’une gamine à 1000 francs Cfa. Sa maman ne voulait même pas de chouchou sur la tête de sa fille. J’allais avoir 1000 francs en plus», se plaint-elle. Et de poursuivre pour révéler que certaines de ses collègues ont arrêté les tresses, pour devenir des grilleuses de galettes de tous genres, à partir de 17 h. «C’est la nourriture qui marche actuellement pendant cette période de ramadan. Pas pour n’importe quelle heure!», informe la tresseuse. Elle ne croit pas si bien dire. En effet, Afouzo, la bonne dame qui offre, à partir de 500 francs Cfa, le pain aux brochettes tant apprécié, non loin de la pharmacie installée dans le marché, n’est pas à son poste. Renseignements pris, depuis une semaine, Afouzo fait une pause tactique, pour reprendre après le mois de ramadan. «Elle n’a pas pensé à nous autres», déplore une cliente. «Tous les mercredis, j’en prends pourtant pour 5000 francs que je garde au réfrigérateur. C’est tellement bon ces brochettes, que j’ai mis ça dans mon programme d’achat des mercredis. Disparaître comme ça, ce n’est pas normal!», lâche, amère la cliente. Dans le marché de friperie, les commerçants du mercredi sont présents. Mais, selon la plupart d’entre eux, les clients se font rares.

Dur dur le ramadan pour les commerçants. «Les gens ne sortent pas trop pour s’habiller. C’est peut-être un peu accentué ces temps-ci, mais depuis que le marché s’est déplacé à cause des Jeux de la Francophonie (ndlr : 8e édition des Jeux de la Francophonie, du 21 au 30 juillet 2017, à Abidjan) et que nous sommes revenus, c’est un peu bizarre; mais ces temps-ci, les recettes sont difficiles dans les marchés que nous traversons, j’avoue», explique James. Qui indique que de nombreux commerçants de friperie vendent leurs marchandises en passant par les marchés de Bonoua, Bassam, Gonzagueville, Kouté et Belleville.

Comme Belleville (Treichville), au marché d’Adjamé, la dynamique des activités commerciales de nombre d’opérateurs économiques, commerçants, vendeurs et revendeurs, a également pris un coup, depuis le début du mois du jeûne pour les musulmans. Au marché Gouro notamment, entre 14 h et 15 h, l’ambiance n’est pas terrible comme ce à quoi ce marché a habitué les populations. «Avec le carême, ça ne peut pas être comme avant. Les recettes baissent un peu. Moi, ce que je fais, je continue la vente à Yopougon, non loin de la pharmacie Siporex, le soir. Il faut imaginer pour bien vendre. Je vais au Plateau aussi pour vendre dans les bureaux», fait savoir Odile, une vendeuse de poissons et de légumes.

Quelques mètres plus loin, Aladji et ses collègues vendeurs de friperie en gros, nous apprennent qu’ils ont réduit le nombre des balles à casser parce qu’ils doivent rentrer un peu tôt pour la rupture du jeûne. «Les clients qui veulent casser les balles doivent venir tôt. Nous qui sommes musulmans, finissons tôt. L’argent est bon, mais Dieu est mieux. Nous avons des amis qui ont préféré prendre des congés pendant le mois. Ils sont rentrés au pays», révèle le commerçant.

Toujours à Adjamé, un cadre d’une banque que nous rencontrons, nous apprend que les activités sont également ralenties dans des banques, du fait du ralentissement de certaines opérations. «Les clients ne se bousculent pas trop pour les versements», fait savoir G. F. sous le couvert de l’anonymat.

Dans le secteur de la distribution des boissons, l’impact est noté. «Quand il y a carême, ça ne marche pas. Je n’arrive pas à faire la moitié de la recette. Avant, j’avais 200 000 à 300 000 francs Cfa par jour. Depuis que le carême a commencé, entre 50 000 et 75 000 francs par jour. Le lundi dernier, j’ai vendu 25 000 francs Cfa», nous a confié Nadine N., propriétaire – gérante de dépôt à Grand-Bassam, jointe par téléphone. Et de soutenir que les maquis qui reçoivent sa livraison, ne fonctionnent plus avec tout son personnel. En clair, plusieurs activités ont perdu de leur dynamisme, depuis le début du ramadan.

Pour rappel, selon les sachants, le jeûne musulman ou le ramadan, 9e mois du calendrier musulman, est non seulement une période de pénitence par excellence mais aussi une période d’accomplissement du troisième pilier de l’Islam. Pendant 29 ou 30 jours, les musulmans qui le peuvent, se privent de nourriture et de désirs physiques. En Côte d’Ivoire, c’est depuis le mercredi 16 mai, que le ramadan 2018 a débuté.

 

 

linfodrome.com

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