10242020Headline:

Route: Quand le peage menace les activités du transport

peage

La route précède le développement dit-on. Depuis mi 2011, d’importants travaux de réhabilitation du réseau routier en Côte d’Ivoire ont été engagés. Plus de 6000 km de routes bitumées ont été renovées sur un réseau routier vaste de 82 000 kilomètres grâce au Programme présidentiel d’urgence, PPU.

L’autoroute Yamoussoukro-Abidjan a été également prolongé, 240 km, pour un montant de 137 milliards FCFA co-financé par l’Etat ivoirien avec l’appui financier de bailleurs de fonds internationaux. En vue d’entretenir l’existant, l’Etat de Côte d’Ivoire a instauré en Mai 2014 des postes à péages dont le coût jugé exorbitant a suscité la bronca des acteurs du Transport.

De 25.000 Km à l’entame des indépendances, la Côte d’Ivoire est passée à plus de 80.000 Km de routes dont 6.500 Km de routes revêtues. Cependant à cause de la forte dégradation du réseau routier ivoirien estimé à 60%, l’Etat ivoirien perd environ 1200 milliards FCFA au titre des recettes fiscales. Ce qui nécessite une remise à niveau complète.

L’instauration du péage, comme solution à la préservation du bon état des routes a été décidée par le gouvernement ivoirien et les tarifs ont été communiqués le 15 Mai 2014. Ce système de péage consiste à s’acquitter d’un droit pour franchir un passage. Il peut s’appliquer aux personnes, aux véhicules, ou aux marchandises transportées. La Côte d’Ivoire a prévu de mettre en place cinq postes de péages dont trois sur l’autoroute du Nord et deux sur l’axe Abidjan-Abengourou.

Ce principe de commercialisation de la route qui impose aux usagers de débourser de l’argent est diversement apprécié. Ce, en raison de son caractère nouveau en Côte d’Ivoire. Les uns, y voient une occasion pour les structures en charge de l’entretien des routes et de l’Etat, de se faire de l’argent. Quand d’autres, tout en saluant son avènement, en déplorent les tarifs élevés.

A savoir : 2500 FCFA en aller et 2500 FCFA au retour pour les deux postes de péage d’Attinguié et de Singrobo, Autoroute du Nord, pour les véhicules légers ; 5000 FCFA pour les mini-cars et 7.500 Fcfa pour les gros cars de 60 à 70 places. Enfin, les camions poids lourds, déboursent 10.000 FCFA.

Il a été concédé le 26 Mars 2014 à la structure étatique en charge du financement de l’entretien routier qu’est le Fonds d’Entretien routier, FER, l’exploitation exclusive du péage et du pesage des véhicules sur les 240 km de long que mesure l’autoroute reliant les villes d’Abidjan et de Yamoussoukro, permettant ainsi la mise en œuvre effective du processus de commercialisation de la route en Côte d’Ivoire.

C’est pour sa position stratégique et aussi, pour symboliser l’ampleur de cette réforme que l’autoroute du Nord a été choisie comme la première à devenir payante. Selon le Directeur général du FER, Fofana Siandou , le péage contribuera à augmenter la durée de vie de la route, 15ans, amoindrir les pannes mécaniques des véhicules et éviter par conséquent les nombreux accidents de la route.

Le gouvernement ivoirien quant à lui soutient la commercialisation de la route comme une stratégie qui s’impose dans la mesure où les ressources pour l’entretien du réseau et pour l’exécution de projets majeurs sont rares. C’est aussi la contrepartie pour avoir en Côte d’Ivoire des infrastructures routières de qualité.

Enjeux économiques et politiques
Des sources au FER indiquent que la Côte d’Ivoire consacre moins de 1% de son PIB en faveur du transport routier, alors qu’une étude de la Banque mondiale montre que les investissements sur la route dans les pays en développement représentent 5,5% du PIB. Et d’ajouter que nonobstant ce fait, ces investissements n’arrivent pas à régler les multiples problèmes de la route.

Le Directeur général du FER révèle ainsi qu’il faudrait un peu plus de 2750 milliards FCFA comme ressources à mobiliser pendant dix années au moins pour que le réseau routier du pays espère se hisser à la moyenne des pays émergents. De façon relativisée, l’entretien routier, coûte à l’Etat de Côte d’Ivoire environ 150 milliards FCFA par an.

Or, l’instauration de péages dans le pays peut rapporter au bas mot au moins 12 milliards de FCFA, dont 6 milliards pour le seul poste d’Attinguié, grâce aux 7000 véhicules qui empruntent chaque jour l’autoroute du Nord.

La condition sine qua non pour récolter ces fonds c’est que l’entretien périodique routier, estimé à 3 ou 4 milliards de FCFA, soit effectif. La Banque mondiale, principal bailleur dans le domaine routier, encourage cet instrument qui permet l’autofinancement de la route.

Par ailleurs, les bénéfices que la mise en exploitation du péage fait gagner aussi bien à l’Etat qu’à l’usager ne doit en aucun cas occulter le fait que par ce mécanisme, la Côte d’Ivoire souhaite récupérer sa place de leader dans l’Union économique et monétaire Ouest-africain, UEMOA.

De fait, le pays engrange à lui seul 40% de l’économie sous-régionale. Sa façade maritime sur l’océan atlantique et sa station de pesage d’Alokoua, 22 km d’Abidjan, la plus grande de l’espace UEMOA, constituent avec le réseau routier, long de 82 000 km, dont 6 700 km revêtus et 240 km d’autoroute, des atouts majeurs dans la stratégie de développement économique de la Côte d’Ivoire et de la sous-région.

C’est l’une des raisons qui ont emmené l’actuel président de la République Alassane Ouattara à faire de la remise en l’Etat des infrastructures routières l’une des priorités phares de son programme de gouvernement. Si tant est avéré que ce vaste chantier a connu un début de réalisation déjà en 2007 sous l’ancien régime (3ème pont, prolongement de l’autoroute du Nord etc).

Outre cela, l’initiative de faire désormais payer l’autoroute revêt un double intérêt. « Celui pour le FER, non seulement de concrétiser la volonté politique de l’Etat de garantir l’autonomie du financement de l’entretien routier représentant à lui seul près de 300 milliards FCFA des 800 milliards que nécessitent les enjeux de développement du réseau routier, mais aussi d’inculper au simple citoyen la notion de contribution à l’effort de développement de son pays », rappelle Laurence Ekora Koffi responsable de la Communication au FER.

Pour la collaboratrice de Fofana Siandou « depuis la mise en œuvre du péage, les enjeux de développement du réseau routier au-delà de défis, sont plus que des challenges ». Elle a donc invité à soutenir cette politique en dépit des grincements de dents qui se font sentir dans le milieu des transporteurs.

Etat -Transporteurs … Le feu couve
Jusque-là, jamais les Ivoiriens n’avaient eu à payer pour user des routes. Quoiqu’en contrepartie, le principe d’entretenir les routes ait été mis en avant par les autorités. Plusieurs transporteurs ivoiriens disent être « d’accord » avec le principe.

Ils jugent toutefois les tarifs excessifs. Dès fin décembre 2013, le président de la Coordination nationale des gares routières de Côte d’Ivoire, CNGR-CI, Touré Adama, est monté au créneau pour dénoncer le tarif « exorbitant » et indicatif du péage de 2.000 FCFA par passage sur l’autoroute reliant Abidjan à Yamoussoukro, centre, arrêté par des syndicats de transport et le Fonds d’entretien routier, FER. Le syndicat qu’il représente a plutôt proposé un montant de 500 FCFA.

« La CNGRCI demande au FER d’engager immédiatement des négociations sans exclusive, avec l’ensemble des acteurs du pays, met en garde le FER, quant à son éventuelle obstination à conserver des auteurs de détournements de fonds publics dans son entourage. La CNGRCI demande à tous les transporteurs et conducteurs de la Côte d’Ivoire de refuser tout péage et tout pesage sur l’autoroute du nord, à partir du 1er mars 2014, comme annoncé, et de garer systématiquement, s’ils y sont contraints », avait invité le président Touré Adama.

La Confédération des Organisations de Consommateurs de Côte d’Ivoire, COC-CI, a elle aussi crié haro demandant à l’Etat d’alléger les tarifs qui pourraient avoir des répercutions sur les tarifs du transport et le coût des produits, des biens et autres services. « Les tarifs annoncés devraient être proportionnels à la distance parcourue par l’usager pour éviter l’injustice. Ici, Côte d’Ivoire, ndlr, le péage est une contrainte » justifie l’organisation.

Qui se demande « quelles alternatives, l’Etat offre-t-il aux usagers face à leur droit au choix ». Car dans les pays ayant expérimenté cet outil, une possibilité est donné aux usagers d’emprunter une voie secondaire pour ceux qui n’ont pas la possibilité de s’offrir le luxe du péage. L’Union fédérale des consommateurs de Côte d’Ivoire, UFC-CI, voit dans l’instauration du péage à l’Ivoirienne « un amalgame volontaire créé par le gouvernement qui veut faire d’une pierre trois coups. Etant donné que sur ce seul péage, le gouvernement voudrait mobiliser les ressources pour, rembourser les bailleurs de fonds ; entretenir l’autoroute elle-même ; construire de nouvelles autoroutes ».

« C’est un véritable passage en force qui a évidemment un surcoût pour les usagers que nous sommes » déplore l’Union.

Le débrayage prévu par des acteurs du transport routier le 4 Août dernier pour exprimer leur mécontentement n’est plus à l’ordre du jour. Toutefois la discorde entre le gouvernement et les transporteurs née des tarifs du péage sur l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro n’a pas été totalement évacuée. Elle continue d’être l’objet de négociations. Mais le feu couve toujours et l’évocation d’une grève des transporteurs n’est pas à éluder.

Devant la réticence des usagers, le patron du FER encourage qu’ « il est important que nos concitoyens comprennent la nécessité d’accepter cette politique de commercialisation routière qui est le péage. Car le péage permet de faire en sorte que le coût d’exploitation de nos véhicules, mais surtout le confort et la sécurisation soient au rendez-vous sur l’ensemble de nos routes ».

Selon Touré Almamy, le GIE des propriétaires de véhicules de transport routier, GIE PVTRCI, les rencontres avec les services du ministère des transports ont été relancées en vue d’obtenir « des prix étudiés pour les usagers réguliers de l’autoroute et l’aménagement de couloirs spéciaux pour les transporteurs ». Un « comité paritaire » chargé d’étudier « les ajustements à faire » n’a jusque là pas livré le résultat de ses réflexions.

Pour l’heure, c’est l’automatisation du deuxième poste à Péage de Singrobo qui cristallise l’attention. C’est chose faite depuis le 25 Août 2014. Sa mise en service a considérablement réduit le temps d’attente des usagers.

Le Président du Conseil d’administration du FER Diakité Coty Souleymane exhorte par conséquent les populations àincorporer le péage dans leurs mœurs, et à respecter les consignes qui l’accompagnent. Reste à savoir si le péage électronique viendra suppléer au péage par cash, comme cela se fait actuellement, ndlr, en vue de mettre un terme aux bouchons occasionnés par les payeurs par cash qui causent ce problème.

1/ TARIF DU PEAGE DANS CERTAINS PAYS AFRICAINS
Au Sénégal, l’autoroute à péage de Dakar-Diamniadio est désormais payant Pour un trajet d’une quarantaine de kilomètres, le tarif pour un passage est de 1 400 F CFA pour les voitures et taxis, soit environ 2,84 dollars, 800 F CFA pour les motos, 2 000 F CFA pour les « cars rapides » et minibus, 2 700 pour les autobus et camions. source jeuneAfriqueEconomie.

Au Togo, les véhicules personnels paient 300 F CFA sur l’axe Togo – Benin long de 190 km.
Au Ghana, les usagers, poids lourds, paient 300F CFA à chacun des 4 postes de péage soit 1200F CFA.
Au Burkina Faso, les poids lourds paient 12.500 F CFA pour 550 km quand en Côte d’Ivoire, il faut payer 10.000 F CFA chaque 100 km.

2 /DES TARIFS LES PLUS BAS AU MONDE
Le PATRIOTE, journal Ivoirien proche du pouvoir fait une classification des types de véhicules qui doivent payer tel montant comparativement aux autres pays.
CLASSE 1 : les véhicules légers paient 1250 f par passage et par poste de péage, soit 10,87FCFA/km en Côte d’Ivoire, 56 FCFA/km au Sénégal, 25,11 en Afrique du Sud, 18 au Maroc, 36 en Tunisie et 35 en France.
CLASSE 2 : les mini cars de moins de 32 places paient 2500 par passage et par poste de péage, soit 21,74 FCFA/km en Côte d’Ivoire, 80, 56, 22, 57, 55,71 FCFA/km respectivement au Sénégal, en Afrique du Sud, au Maroc, en Tunisie et en France.
CLASSE 3 : les cars de plus de 32 places paient 3750 f par passage et par poste de péage, soit en Côte d’Ivoire, 32,61 FCFA/km, au Sénégal 108, en Afrique du Sud 84, au Maroc 22, en Tunisie 21 et en France 87,17 FCFA/km.
CLASSE 4 : les camions poids lourds paient 5000 f par passage et par poste de péage, soit 43,48 FCFA/km en Côte d’Ivoire, 108 au Sénégal et 120 FCFA/km en Afrique du Sud.
Par Winnie ATHANGBA
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