09202018Headline:

Transformation locale du cacao Une douzaine d’usines en activité en Côte d’Ivoire

A ce jour, près de 35 % du cacao produit est transformé localement

Sur une production cacaoyère mondiale estimée à 100 milliards de dollars américains (soit environ 55 000 milliards de Fcfa) annuellement, la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial (35%), ne tire que 6 % de cette manne financière, environ 3 300 milliards de Fcfa. Quant aux planteurs, qui ne rechignent pas à la tâche pour mettre sur le marché un cacao de qualité supérieure, c’est seulement 2 % de ces 55 000 milliards de dollars qu’ils empochent. A savoir plus de 1 100 milliards de Fcfa.

En vue de capter toutes les ressources issues de la chaîne de valeurs du cacao et apporter une valeur ajoutée à la production nationale, le gouvernement ivoirien, depuis quelques années, a pris l’initiative de transformer sur place son cacao. Dans un premier temps, il s’est fixé un objectif de transformation de 50 % à l’horizon 2020. A cette vision, le gouvernement semble avoir fait adhérer le secteur privé. Puisqu’en 2018, le niveau de transformation de la fève se situe à environ 35 % , pour le premier niveau.

Cette industrie de la transformation du cacao est tirée par au moins 13 unités industriells installées sur le territoire national, précisément dans les zones industrielles d’Abidjan et de San Pedro.

Industriels engagés. En tête des broyeurs locaux, Saco, filiale du groupe Barry Callebaut qui a implanté dans le pays deux unités de transformation. L’une est installée à Abidjan avec une capacité de broyage de 50 000 tonnes actuellement. L’entreprise entend la porter progressivement à 100 000 t d’ici à 2022. Cela, grâce à un nouvel investissement de 30 milliards de Fcfa sur les cinq prochaines années, tel qu’annoncé par les responsables du groupe en mai dernier. L’autre usine, quant à elle, est en activité à San Pedro et transforme par an 120 000 tonnes de fèves. Sur les cinq prochaines années également, cette capacité sera portée à 130 000 t.

L’autre gros broyeur sur la place, c’est Cargill, qui transforme à ce jour 120 000 tonnes de cacao dans son usine d’Abidjan. Le chocolatier américain, on s’en souvient, à l’instar de bien d’autres gros transformateurs, avait envisagé de délocaliser dans des pays moins exigeants comme l’Indonésie, lorsqu’au cours de la campagne 2012-2013, le gouvernement ivoirien a décidé de supprimer les incitations fiscales accordées aux broyeurs. Même si, pour l’instant, cet industriel n’envisage pas de nouveaux investissements, il est engagé auprès du gouvernement pour l’atteinte de l’objectif d’un taux de transformation annuelle de 900 000, voire de 1 million de tonnes à l’horizon 2020.

Le géant singapourien Olam, en plus de son usine d’Abidjan connue sous la dénomination de Unicao (80 000 tonnes), a ouvert en 2015 une deuxième unité baptisée « Olam Cocoa Processing » à San Pedro. Le groupe a investi, pour cette unité de transformation de la fève brune, 75 millions de dollars (plus de 40 milliards de Fcfa) pour une capacité de broyage estimée à 75 000 tonnes.

Nationaux et internationaux. On enregistre également, au nombre des gros transformateurs de cacao en Côte d’Ivoire, le français Cemoi. Bien qu’installé dans le pays depuis plus de 40 ans, c’est en 2015 que le groupe a ouvert sa chocolaterie, la toute première d’un chocolatier international dans le pays, avec des produits dédiés au marché ivoirien et issus du cacao local. Naturellement, pour ce qui est de la transformation de premier niveau, c’est-à-dire le broyage des fèves, Cemoi le faisait depuis les années 96 avec l’ouverture d’une usine en zone industrielle de Yopougon (Abidjan). Aujourd’hui, les unités industrielles de cette société ont une capacité installée de 71 000 tonnes, dont 10 000 tonnes pour la chocolaterie.

A côté de ces gros broyeurs, on peut bien voir d’autres unités industrielles telles que Condicaf (62 000 t), société de droit ivoirien, et Ivory coast cacao (suisse), d’une capacité de production de 15 000 t, toutes deux implantées à Abidjan. Mais également plusieurs autres, installées dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire (San Pedro). Il s’agit, entre autres, de Choco-Ivoire, unité industrielle de Saf-cacao (25 000 t) fondée par l’ivoiro-libanais Ali Lakiss. Cette unité est opérationnelle depuis 2010 et poursuit ses investissements en vue d’accroître davantage sa capacité de production. C’est à croire qu’aucun industriel du secteur ne veut se faire damer le pion par son concurrent. De fait, tous, bien qu’ayant démarré avec des capacités de production autour de la vingtaine de tonnes, font de nouveaux investissements pour augmenter leurs capacités. Ivory cocoa products (Ipc), de 25 000 t au démarrage en 2012, est passé à 50 000 t de transformation de fèves par an. Idem pour Sucso, la première usine de transformation de cacao financée entièrement par des fonds privés ivoiriens, qui avait démarré en 2007 avec quelque 15 000 tonnes pour ensuite passer à 25 000 t.

Créée en 2007, la société de droit ivoirien Tafi a démarré véritablement ses activités en 2012 par la production de produits semi-finis issus du cacao. Dès 2015, elle s’est lancée dans la transformation de produits finis avec une capacité de 4 000 tonnes. Olga Yenou, la directrice générale de Tafi, soutient que d’ici à 2020, son usine fera passer sa production à 20 000 t. A ces unités, il faut ajouter deux autres entreprises, Neskao et Sidcao, qui font la transformation des rebuts de fèves (fèves hors normes) de cacao.

Semi-finis et finis. Plusieurs produits sont issus de la transformation locale du cacao ivoirien. Des consommateurs finaux aux professionnels de l’industrie du chocolat (chocolatiers, pâtissiers, restauration hors foyer et grande distribution), les industriels locaux ont de quoi répondre aux besoins du marché. Du beurre aux tablettes de chocolat (chocolats de couvertures : chocolat noir, lait ou blanc, liquide ; tablette de dégustation, bâton goûter…) en passant par la liqueur (masse), la poudre, les confiseries de chocolat (les bonbons de chocolat et les moulages), etc.,il existe une large gamme de produits dérivés du chocolat qui sont fabriqués sur le territoire ivoirien. Ces produits sont non seulement commercialisés sur le marché local, mais également sur les marchés européens et américains, pour certaines grandes industries.« Les poudres de cacao et les poudres roller, les fourrages et les pâtes à glacer, les produits de décor ou inclusions, la masse et le beurre de cacao, sont, entre autres, autant de produits issus de la transformation du cacao que nous proposons », a confié un responsable de département à Cemoi. En tout état de cause, il convient de souligner que si la grande partie de cette transformation porte sur les produits semi-finis (plus de 80%,), à savoir la masse (liqueur), le beurre et le tourteau, etc., il n’en demeure pas moins que de plus en plus d’unités vont jusqu’aux produits finis.

En 2018, selon les chiffres officiels avancés par le ministère en charge de l’Industrie, ce sont 580 000 tonnes de cacao qui sont transformées sur les 2 millions de tonnes (campagne 2017-2018) environ que la Côte d’Ivoire produit. Le gouvernement envisage d’atteindre au plus vite les 700 000 t.

Objectif. L’objectif du gouvernement : atteindre 50% de transformation à l’horizon 2020. En vue d’améliorer la compétitivité et garantir le développement du secteur de la transformation du cacao, des mesures ont été prises. A savoir sécuriser l’accès à la fève (réservation de 50% des quantités de droits d’exportation de la campagne intermédiaire aux unités de broyage de cacao). Il est accordé aux broyeurs la possibilité de disposer de stock de produit de la campagne précédente sans application de pénalité financière. La limitation des achats de stocks a été réaménagée pour tenir compte des capacités installées des broyeurs. Ainsi, ces derniers peuvent, depuis février 2015, disposer d’un stock équivalent à un mois et demi de leur capacité de broyage sans obligation pour eux de couvrir ce stock par des déblocages. Cependant, si le broyeur souhaite aller au-delà, le volume devra être couvert à hauteur de 90% par des déblocages. Le gouvernement pense également à améliorer la compétitivité des unités de transformation à travers la rationalisation de la fiscalité appliquée dans la filière. Sans ignorer les efforts entrepris en vue de l’amélioration du climat des affaires et du cadre institutionnel et réglementaire pour la promotion des investissements privés nationaux et étrangers. Pour les opérateurs, le défi majeur demeure la qualité des produits, de sorte à gagner non seulement le marché national, régional, mais également international.

 

afrikmag.com

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