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COTE D’ IVOIRE:Prise en charge des autistes et trisomiques ,Comment favoriser leur insertion sociale et professionnelle

Bâti sur un espace de 4272 m2, dans la banlieue abidjanaise, précisément à Bingerville, le centre médico-psycho-pédagogique La page blanche, constitué de trois bâtiments, s’occupe de la prise en charge d’enfants handicapés ou polyhandicapés intellectuels depuis 32 ans.

Il offre un nouveau port d’attache à des enfants, adolescents et jeunes dont l’existence a été malencontreusement bouleversée. Mais bien plus qu’un espace, cette structure se veut un centre de formation, d’éducation, d’insertion sociale et professionnelle. Ainsi, tout enfant qui franchit les portes de l’institution a droit à un package de formation.

Dr Dem Nacadié, présidente, Bema Touré, directeur, et leurs collaborateurs sont les repères des 42 pensionnaires. 42 enfants avec chacun une histoire et un chemin de vie à tracer ou à retracer. Des autistes-Imc «infirme moteur cérébral», des trisomiques ainsi que des enfants souffrant de troubles du langage et du comportement. Ils sont encadrés par une équipe d’inspectrices d’éducation spécialisée, d’éducateurs spécialisés, éducateurs préscolaires, d’enseignants et une équipe médicale constituée d’un pédopsychiatre, d’un psychologue, d’un kinésithérapeute… Patience, amour, courage, don de soi sont les maîtres-mots des travailleurs de l’institution qui doivent donner à leurs protégés des raisons de croire en la vie. Un jeudi du mois de janvier 2023, en début de matinée, le car de ramassage vient de stationner à 9 heures 50 minutes. Nous y étions pour voir les conditions dans lesquelles sont encadrés les pensionnaires.

Au programme, plusieurs ateliers à partir de 10 heures. L’agropastoral, (atelier d’apprentissage professionnel pour initier les enfants à des activités génératrices de revenus), l’informatique, les arts et l’artisanat, la poterie, l’autonomie et vie quotidienne… Au nombre des pensionnaires, Herbert Camara et ses camarades sont à la tâche. Sur un espace de 2 mètres carrés, on y trouve un champ de maïs, de tomate, d’aubergine, de salade.

A un jet de pierre de là, le poulailler et la cage des lapins occupent un espace. En nous les présentant, Koffi N’Dri Guillaume, Naho Coulibaly Adam, tous deux assistants et Koné Coulibaly Kiffo, inspectrice d’éducation spécialisée, responsable de l’atelier agropastoral, nos guides, sourire aux lèvres, confient qu’ils partagent les plus beaux moments de leur vie avec leurs compagnons.

Nos deux interlocuteurs (pensionnaires) qui peuvent placer des mots sont tout de suite désignés. Herbert Camara et Christian. Bien qu’ils présentent des troubles du langage, font l’effort de se faire entendre. «Nous sommes heureux de travailler dans notre champ de maïs. Nos maîtres nous encadrent très bien. On travaille un peu et on va se reposer et passer à table à midi pour le repas », confient-ils.

Page Blanche salle multimédia exercice d’informatique (6)
Page Blanche salle multimédia exercice d’informatique (6)

Adama Camara fait partie des plus anciens pensionnaires. En plus de son handicap, il est asthmatique. Ce qui l’empêche d’être à la tâche avec ses amis. Assis sous le préau, d’un air admirateur, il observe ses camarades travailler. Avec lui, l’on découvre aussi des pensionnaires qui paressent. Quand certains de leurs camarades s’activent pour d’autres ateliers. La poterie, les arts et l’artisanat, l’informatique… Des pots de fleurs, du colorant, des pinceaux sont réunis… Autour d’une table, en compagnie des encadreurs, chacun essaie d’assimiler le cours qu’on lui dispense afin de le reproduire sur les objets. Anna Népa Iris Anaëlle a 11ans. Dévouée, avec un grand sourire, elle partage son envie de réussir à peindre le pot de fleur qui lui a été remis par sa maîtresse.

« Je suis en train de faire un pot de fleur avec la couleur bleue pour l’offrir à ma maman. Quand maman reçoit le pot de fleur, elle me dit que c’est beau. Nos maîtresses sont gentilles. Qu’elles nous amènent à travailler encore plus », forme-t-elle le vœu toujours avec le même large sourire. Après leurs travaux, ils s’éparpillent dans la cour qui épouse les couleurs de leurs blouses et combinaisons vertes, bleues… leur uniforme apporté par les parents en début d’année à l’inscription. « Ils sortent de l’atelier agropastoral et on leur a accordé quelques minutes pour se défouler. Ensuite, on reprend avec les arts et l’artisanat », explique Prunelle Gami, éducatrice préscolaire très passionnée de ce métier pour lequel elle a démissionné du centre social où elle exerçait, il y a trois ans.

Les pensionnaires de La Page Blanche dans l’activité agropastorale. Photo (Véronique Dadié)
Les pensionnaires de La Page Blanche dans l’activité agropastorale. Photo (Véronique Dadié)

Son activité a pour objectif d’amener les pensionnaires à créer, réaliser et confectionner des objets afin de leur permettre de s’insérer un jour dans la société. « Quand les enfants arrivent à peindre les pots de fleur, les perles… cela leur permettra de se prendre en charge demain. C’est vrai qu’ils font les choses selon leur humeur, leurs émotions mais nous ne nous décourageons pas », assure-t-elle.

L’accent, dans chaque activité, est mis sur le sens du partage et l’esprit d’équipeL’éducatrice préscolaire confie d’ailleurs qu’il faut aimer son métier. « Quand tu aimes ce que tu fais, tu ne vois pas le temps passer. On le fait toujours avec le sourire. L’enfant va même essayer de te mordre souvent. Mais il n’y a pas de travail sans difficultés. Une personne en situation de handicap a ses défauts. Donc je ne me décourage pas. Je fais ce travail avec passion et détermination. Nous avons tous une obligation de résultat. L’accent, dans chaque activité, est mis sur le sens du partage et l’esprit d’équipe. Pour atteindre cet objectif, le soutien de tous les travailleurs est sollicité », confie-t-elle.

Avec son aire de jeux, son préau, un espace qui est en train d’être aménagé pour servir de jardin…, tous biens entretenus, il règne dans ce centre un air de tranquillité où il doit faire bon vivre. Des dortoirs aux petits lits propres et bien dressés, des salles d’eau aux salles de classe studieuses en passant par le réfectoire décoré de dessins qui attisent l’appétit, la Page blanche a mis les bouchées doubles pour permettre aux êtres d’être un jour autonomes. Mais surtout pour qu’ils puissent s’insérer dans la société à travers le travail d’apprentissage. Les pensionnaires, sous la supervision des éducateurs, des enseignants et des assistants apprennent à se construire grâce à un suivi scolaire efficace et des projets éducatifs (hygiène corporelle, environnementale, l’art de se tenir à table, le savoir-vivre, le brossage des dents). Autre étape : Les cours d’informatique qui se font à la salle multimédia équipée de plusieurs postes et de connexion internet.

La construction de cette salle multimédia concourt à donner le goût de la lecture aux pensionnaires et aussi à les initier aux nouvelles technologies de l’information. Touré Blandine est inspectrice principale d’éducation spécialisée. Elle est la responsable de l’atelier des activités scolaires et développement des capacités expressives. Dans cet atelier, avec l’appui de trois encadreurs, elle prend en charge 11 enfants. Assis devant leur écran, Jacques Philippe, Régis Koffi et leurs amis de classe saisissent des textes. A la demande des encadreurs, ils apprennent à lire. « Nous sommes dans un monde informatique, et nous voulons apprendre à ces enfants, outre les autres activités, à connaitre l’outil informatique, d’où la nécessité de mettre à leur disposition ces ordinateurs. Notre travail demande beaucoup de patience. Il y a certains enfants qui s’en sortent, qui nous font plaisir. Par contre, pour d’autres ce n’est pas facile. C’est en fonction de leur capacité de réception que nous travaillons avec eux. Quand on voit qu’un enfant n’arrive pas à assimiler vite, on est plus tolérant», explique Touré Blandine. Selon elle, certains pensionnaires sortis de cette institution ont pu réintégrer l’école normale. Son souhait est que chacun des encadreurs puisse, par sa générosité, son amour et sa présence, offrir une chance à ces enfants de se construire un avenir qui tranche avec leur handicap .

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