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Abidjan: Gbazé Thérèse pleure l’exécution de son fils et est surprise de savoir que quelqu’un décroche son téléphone

Dans un entretien émouvant accordé le mercredi 6 août 2017, Gbazé Thérèse entre deux sanglots, revient sur les circonstances tragiques de la mort de son fils,Toya Sompleny Williams 39 ans. Assise au milieu de parents et amis venus lui apporter du réconfort à son domicile de Yopougon, parmi lesquels de nombreux comédiens, ses collègues, elle lance un appel aux autorités.

Une semaine après le drame, la douleur reste toujours vivace dans l’esprit ?

Je salue tous les Ivoiriens. J’ai passé 30 années de ma vie à égayer les gens, aujourd’hui, on m’a servi des pleurs. Mon fils, Toya Sompleny Williams 39 ans a été lâchement tué. Je ne sais pas où vais-je trouver à nouveau un autre fils de cet âge. J’ai perdu, je ne suis plus rien, à présent où je vous parle. La Gbazé que vous connaissez, cette femme forte, elle ne maîtrise plus la situation (sanglots ! puis elle reprend la parole, la gorge nouée : Ndlr). Je suis perdue ! Je ne maîtrise plus rien.

Pouvez-vous revenir, s’il vous plaît, sur les circonstances du drame ?

De Doropo où il était en fonction, Willy (le diminutif du prénom de son fils Williams) a été affecté à Sakassou. Il a donc fait la fête avec ses amis pour leur dire au revoir. Puis après, dans la nuit, il a emprunté son car, avec comme direction, Abidjan. Il voulait célébrer la fête de la tabaski en famille ici, surtout avec ses enfants. Puis, entre lundi et mardi, il allait retourner à son lieu d’affectation. Entre temps, j’ai perdu mon cousin et j’étais à la veillée lorsque j’ai appelé l’enfant (Willy). Je lui ai dit : ‘’tu es où ?’’. Et il a répondu : ‘’maman, j’arrive’’. Et j’ai répété : ‘’ Willy, je te dis tu te trouves où ?’’. Et il a dit : ‘’Maman, je dis que j’arrive’’. Et je lui ai dit : ‘’ok, donc on t’attend ici, toi qui n’aime pas payer les cotisations, aujourd’hui, au décès de mon cousin qui est mort dans des conditions brutales, tu vas payer’’. Et sa sœur qui était à mes côtés a ajouté : ‘’tu vas payer, on t’attend ici’’. À 22 heures, sa sœur le rappelle, et elle s’aperçoit que son téléphone portable ne passe pas. Ceux qui allaient tuer mon fils, avaient déjà dévié le car de sa trajectoire;?pendant ce temps, Willy qui était dans le car, était endormi parce qu’il avait fait la fête avec ses amis. Cela s’est passé à 5 kilomètres de Séribadougou, dans la région d’Akoupé. Ils ont détourné le car qu’ils ont conduit loin dans la brousse, dans une plantation de cacao. C’est un militaire. Il a fait l’Armée avant d’être un agent des Eaux et forêts. Et donc lorsqu’il s’est réveillé en sursaut pendant que toute la scène se passait, les coupeurs de route ont dit qu’il veut se rebeller. Ils l’ont donc extrait du car, parmi les autres passagers pour l’amener dans la brousse, avant de tirer sur lui à bout portant avec une arme de calibre 12, à canon scié. Ils ont tiré sur lui à bout portant, du côté du cœur. Et le comble de l’horreur, lorsqu’ils ont fini de l’abattre, ils ont adossé son corps sur un tronc d’arbre. Après leur crime, lorsqu’ils étaient de retour auprès du car, les femmes qui étaient dans le véhicule se sont toutes mises à pleurer. Et lorsque ces femmes leur ont demandé ;‘’où est le jeune qui était avec vous ?’’. Ils ont répondu : «Qu’il reste là-bas. Il n’a pas dit qu’il voulait vous défendre ? Si on fini, il va venir ». C’est après qu’ils ont commencé à violer les femmes du car. Mais moi, je sais que c’est mon enfant qu’ils sont venus tuer parce qu’ils lui ont tout pris. Il avait sur lui, un sac en bandoulière à son cou que je n’ai pas retrouvé. Ils ont seulement laissé auprès du corps, sa pièce d’identité et consort.

Et cela s’est passé quand, exactement?

Le jeudi 31 août 2017. C’est le mois dans lequel je suis née (Elle pleure)… qu’ils ont tué mon enfant.Lorsque j’ai appris la nouvelle, on m’a dit que mon fils était blessé et qu’il était l’hôpital d’Akoupé où je me suis immédiatement rendue. Et après on me demande d’aller au Cantonnement. Et lorsque je suis arrivé là-bas, on m’a encerclée. Et c’est là qu’on m’annonce que mon enfant a été tué et le corps couché à la morgue. Du cantonnement, des éléments des Eaux et forêt m’ont accompagnée à la morgue. Quand je suis arrivée, j’ai vu mon enfant couché sur une planche, recouvert d’un sale drap (Sanglots !). Mon fils qui aime tant la propreté. Une mouche survolait sur lui que je voulais chasser et on m’a à nouveau attrapée. Et j’ai été étouffée. On me disait : ‘’Maman, reste tranquille ! Maman, yako ! Maman pardon !’’ Je ne sais pas pourquoi on me demandait pardon.

Etait-il marié ?

Non, mais il vivait en concubinage avec une femme avec laquelle il a eu deux enfants. Mais lui, il en avait six, au total.

Mais à présent, où en êtes-vous avec l’affaire ?

L’affaire est entre les mains de la Gendarmerie. Je ne sais pas comment elle va faire. La Gendarmerie va-t-elle mener une enquête pour retrouver les coupables, les tueurs de mon fils ? On me demande d’aller porter plainte contre X. Mais plus choquant encore, lorsqu’on appelle sur le téléphone de mon fils, quelqu’un décroche. Puis, éteint l’appareil sans répondre. Une façon de nous narguer davantage, nous les parents. Il allume, il éteint, c’est vraiment pénible. Je ne sais pas…je ne sais plus…

Présentement, le corps se trouve où ?

Le corps a été transféré à la morgue de Kilomètre 17.

Et qu’est-ce qui a été décidé au niveau de la famille ?

On va faire la veillée le 6 octobre et puis le lendemain 7, on va l’enterrer. Il sera inhumé au cimetière municipal de Yopougon (pleures). À tous les Ivoiriens, je dirai que les armes sont ‘’versées’’ en Côte d’Ivoire. Si à cette allure on doit tuer nos enfants un à un, ce n’est pas possible ! On ne peut pas supporter. Où je suis là, je suis meurtrie, j’ai mal au cœur. Mon fils qui devait m’enterrer, c’est lui que je vais enterrer. J’ai fait deux ans de maladie, pourquoi la maladie ne m’a-t-elle pas emportée pour que mon fils ait la vie sauve. Je bénis ceux qui ont tué mon enfant. Ceux qui ont tiré sur lui, je les bénis. Que Dieu les bénisse ! Mon cœur est déchiré, je ne fais que pleurer…Depuis vendredi, je pleure,… je pleure. Willy m’a dit : «maman j’arrive et il ne vient pas. Willy ne vient toujours ! Willy ne vient pas (pleures). Et depuis jeudi, c’est hier (mardi 5 août 2017 : Ndlr) qu’il est arrivé à Abidjan. Willy est venu, mais il est venu dans un cercueil, dans un corbillard et non dans un car. Je suis parti et on m’a dit ; ‘’viens voir ton enfant’’ et j’ai vu mon enfant, couché dans un cercueil, mort. Je m’en remets à Dieu. Que puis-je faire. Moi, pauvre femme ! Enfin, je voudrais dire aux autorités de faire quelques choses parce que les armes circulent dans le pays. Que les autorités se réveillent pour faire quelque chose! Surtout sur cette voie où Willy a été tué. Que tout le mode se réveille. Ce n’est pas normal que l’on tue des enfants là-bas. On tue mon fils, un honnête citoyen, ce n’est pas un voleur, il travaille. Il est fonctionnaire d’État. C’est lui qui a été abattu gratuitement, mon enfant à moi. (…) On m’a dit que l’État ne prend en charge que deux semaines pour la conservation du corps à la morgue, le cercueil et le transfert du corps. Et le reste me revient. Je remercie Dieu ! Je voudrais pour terminer adresser un message à mon fils : ‘’Willy, repose en paix, car, même si tu étais venu dans la journée, ils allaient te tuer sur la route parce qu’ils s’étaient préparés pour toi. Willy, ils t’ont suivi depuis Doropo. Willy, ils t’ont suivi pour te tuer exprès parce qu’on ne peut pas tirer à bout portant dans la poitrine, dans la partie du cœur d’une personne et dire que cette personne va vivre. Ils ont tiré dans le cœur de mon enfant avec une arme de calibre 12, à canon scié. Les armes circulent. Aujourd’hui c’est moi, demain, ça sera malheureusement quelqu’un d’autre. Moi, j’ai servi le rire pendant 30 ans, aujourd’hui, on me sert avec des pleurs. Je remercie les tueurs de mon fils et que Dieu les bénisse.

Claude Dassé

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