10172017Headline:

Beaucoup de prostituées françaises s’exilent en Suisse

Prostituées

Dans le bar d’un des palaces qui bordent le lac Léman à Genève, deux jeunes femmes, qui avouent ne pas avoir vingt ans, ingurgitent à un rythme un peu effréné des coupes de champagne. En une petite heure, elles laissent à la caisse l’équivalent de deux semaines de travail d’un salarié français moyen. L’une est blonde, l’autre brune, d’origine maghrébine. Elles viennent d’Annemasse, en Haute-Savoie, juste de l’autre côté de la frontière. Elles ne parlent pas de prostitution. Mais elles reconnaissent sans hésitation « se faire des mecs fortunés ». Cela leur rapporte entre 1 000 et 1 200 euros la soirée, qu’elles dépensent presque aussitôt.
Ce sont des « occasionnelles », selon la terminologie de la brigade des mœurs du canton de Genève. Elles ne sont donc pas comptabilisées parmi les 8 875 prostituées du canton de Genève, soit une pour 55 habitants ! Depuis 2008, si l’on en croit La Tribune de Genève, le nombre de travailleuses du sexe, qui s’annoncent chaque année, a été multiplié par quatre, avec l’afflux massif de Françaises. Elles quittent en masse l’Hexagone, fuyant la lutte « contre le système prostitutionnel », qu’il s’agisse, dans un premier temps, de condamner le racolage passif, puis, tout récemment, de pénaliser la clientèle.
La prostitution « soulage les misères humaines »
Contrairement à ce qui se passe en France, les travailleuses et les travailleurs du sexe bénéficient d’un vrai statut dans la cité de Calvin. En premier lieu, ils doivent s’annoncer auprès de la police. Ils bénéficient ensuite d’une vraie protection. Une prostituée ennuyée par un client n’hésite pas à téléphoner. Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre interviennent. Par ailleurs, ce statut leur permet d’exercer leur métier en indépendante, sans souteneur. En prime, elles cotisent pour leur retraite, ce qui évite aux dames âgées de continuer à arpenter les trottoirs. Un statut obtenu de haute lutte par la Suissesse Grisélidis Réal, écrivaine, peintre et prostituée, décédée en 2005. Elle revendiquait le rôle social de la prostitution, une activité qui, selon elle, « soulage les misères humaines et qui a sa grandeur ».
Auteur de La Passe imaginaire, Grisélidis Réal a été enterrée au cimetière des Rois à Genève, aux côtés des personnalités illustres du canton, ayant demandé que l’on grave la profession de « prostituée » sur sa tombe. Si, pour les autres travailleuses du sexe sur les bords du lac, « la prostitution n’est pas un acte révolutionnaire », elle leur permet néanmoins de vivre en général très correctement. En 2008, 330 jeunes femmes (ou hommes) s’étaient fait enregistrer pour la première fois auprès de la police genevoise. En 2014, ils étaient 1 187, et l’année dernière, 1 429.
Entre un quart et un tiers des prostituées

Il est vrai que la clientèle ne manque pas, entre les fonctionnaires internationaux de passage, qui transitent au siège de l’ONU en Europe sans leur famille, les exilés fiscaux en goguette chez leurs banquiers, et les émirs fortunés du Golfe. Depuis 2002 et les accords bilatéraux signés entre la Suisse et l’Union européenne concernant la libre circulation des personnes, les prostituées européennes, et notamment françaises, peuvent s’établir sans trop de problèmes en Suisse. Qu’il s’agisse d’occuper les trottoirs du quartier des Pâquis, à proximité de la gare centrale de Cornavin, ou de rejoindre les salons de massage et les agences d’escort girls. Elles représentent aujourd’hui entre le tiers et le quart des prostituées de Genève. Par ailleurs, une récente enquête révélait que les ambassades suisses en Russie et dans les pays de l’Est se montraient curieusement plus généreuses pour octroyer des visas aux danseuses de cabaret qu’à d’éminents chercheurs munis de multiples doctorats.

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