07242017Headline:

Chu de Yopougon/ Un enfant meurt: Une sage-femme pourchassée et tabassée

sage femme

Les personnels de santé arrêtent le travail
Des jours sombres annoncés

Les agents de santé du Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yopougon ont observé une demi-journée d’arrêt de travail, le jeudi 21 avril 2016.

La tension était vive, dans le hall d’accueil. Les agents, assis ou debout, y étaient, en grand nombre, en blouse, pour la plupart. «Plus jamais ça», «On ne peut pas accepter ça», entendait-on çà et là quand nous sommes arrivés peu après midi. Renseignements pris, il s’agit d’un mouvement de protestation contre l’agression d’une sage-femme, la nuit. Vers 12h15, l’inspecteur général de la santé, Pr Boa; le Directeur général (Dg) de la Santé, Pr Blédi et le Dg du Chu, Pr Assémien, arrivent, suivis des syndicalistes. Ils disent avoir entendu le message des mécontents, et laissent la place aux syndicalistes qui exhibent les points d’accords obtenus, après des échanges. ‘’ Ce matin, nous avons appris que l’une de nos collègues a été bastonnée par un individu dont l’enfant est décédé dans les services de pédiatrie 1, au 2ème étage, peu après 1h du matin. L’enfant était hospitalisé depuis le 16 avril 2016. Le soir, quand les sages-femmes sont arrivées, elles ont demandé les médicaments. Deux manquaient. Il s’agit du Mesphorin et de la gentalline. Les sages-femmes ont saisi le médecin. Celui-ci a délivré une ordonnance pour l’achat de ces médicaments. Les parents ont dit avoir informé le médecin de ce qu’ils ne pouvaient pas acheter le Mesphorin parce qu’il coûte cher, c’est autour de 10 mille francs Cfa. Ils ont acheté la gentalline. Mais l’enfant est alimenté par sonde’’, nous apprendra, plus tard, Adia, surveillant d’unité de soins, vice-président du Comité technique de l’entreprise (Cte). Selon lui, au moment où les agents étaient allés pour faire le gavage, l’enfant était en détresse. «L’enfant qui manquait d’oxygène, respirait mal. Une des sages-femmes était en train de le réanimer quand l’autre est allée appeler le médecin. Le médecin est descendu pour aller chercher les réanimateurs. L’enfant a rendu l’âme quand ils montaient, à1H par là. Dès que l’enfant est décédé, la mère menaçait déjà. Le père est rentré dans la salle de garde, non sans avoir défoncé la porte. C’était la débandade. Une course-poursuite s’engage. Dans les escaliers, dans l’entresol, il a rattrapé une des sages-femmes, l’a saisie au collet, l’a traînée par terre, en attrapant ses cheveux et l’a bastonnée. Elle est enceinte, je le souligne. C’est au moment où il voulait donner le coup fatal, qu’un autre parent de malade, est arrivé, et a saisi son bras. Les vigiles alors sont intervenus. Ils l’ont pris, et ils sont allés le déposer au commissariat de Police», relève notre interlocuteur qui ajoute que ce matin, les syndicats du Chu et le Cte qui représente le personnel technique et administratif, ont alors décidé de marquer un arrêt de travail de protestation.

 

Les exigences

Quant à Boko Kouao, secrétaire général du Syndicat national des infirmiers de Côte d’Ivoire (Synici), et porte-parole adjoint de la coordination des agents de santé, il n’a pas été avare en parole. « Dans nos échanges avec les autorités du Chu, nous avons exigé que l’équipe de sécurité ou de gardiennage sur la sécurité physique au niveau du Chu, soit renforcée pour que les éléments soient plus actifs et réactifs. Nous avons exigé que la direction prenne en charge les frais que nécessitent les soins de notre camarade. Nous avons exigé que la procédure judiciaire soit engagée, et qu’elle se poursuive, à savoir porter plainte contre l’agresseur, et que l’avocat du Chu assiste notre camarade. Nous avons demandé qu’une mesure générale de sécurité des hôpitaux, soit prise par notre ministère de tutelle. Parce que trop, c’est trop ! Le personnel est régulièrement agressé, verbalement comme physiquement. Quand nous sommes en faute, la ministre réagit immédiatement en annonçant des mesures devant la presse. Cette fois-ci, on nous a agressés impunément. Nous exigeons que notre tutelle fasse une déclaration officielle de condamnation. Si l’ensemble des mesures n’est pas respecté, nous allons réagir, nous allons déposer un préavis de grève», fait-il savoir , peu après avoir rendu compte aux agents qui ont aussitôt repris le travail. Un tour dans le service d’où tout est parti, nous a permis de voir des vitres qui ont volé en éclat, tant dans la chambre qui a accueilli le malade que dans la salle de garde, de même que des affaires, sens dessus dessous, dans le couloir qui sépare les deux compartiments. Du côté de la direction que nous avons approchée, il nous a été dit qu’il s’agira de saisir la ministre, et non de lui dicter ce qu’elle a à faire.

 

Dominique FADEGNON

Soir Info

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