08202018Headline:

Côte d’Ivoire: Des villages sur le pied de guerre, d’importants biens détruits, plusieurs gendarmes déployés

Les puzzles d’une véritable déflagration sociale, dont les conséquences pourraient être lourdes tant au plan humain que matériel, sont en train de se mettre en place dans le Nord ivoirien, précisément dans la région de la Bagoué, département de Boundiali. Au centre, un conflit foncier. La parcelle litigieuse s’étend entre les villages de Pongafré et Baya, la Sous-préfecture dont le canton compte 17 villages. Les acteurs : les populations des villages de Nadiguidi-Bélé Dala et celles de Pongafré dans le canton Pongala. Les autorités préfectorales, coutumières, sécuritaires et judiciaires ont montré leurs limites dans le règlement de ce conflit, au point qu’aujourd’hui, selon notre source, un cadre de Boundiali, « un bain de sang ne peut pas être évité ». Malgré la présence d’un contingent d’au moins 47 éléments de la gendarmerie nationale, des vols et destructions des biens des populations sont commis. La famille royale du village Nadiguidi-Bélé Dala ne connaît donc pas de répit. La situation est très tendue en ce moment.

Depuis le dimanche 21 janvier 2018, 23 gendarmes ont été déployés sur les lieux. Peu après, 24 autres sont arrivés en renfort. Soit un total de 47 éléments. Mais, malgré leur présence, des populations de Pongafré auraient lancé l’assaut sur le campement de Zouakounou, qui a été saccagé. Les greniers ont été détruits, avec à la clé, des vols et pillages des sacs d’anacarde, des destructions de champs, de plantations d’anacarde, des pillages de semences. « Nous ne voulons pas de violences mais, trop c’est trop ! Nous allons prendre nos responsabilités et répondre du tac au tac. Nous n’allons plus rester les bras croisés. Nous sommes dans un pays de droit et de justice. Et si ceux qui sont chargés d’appliquer le droit, et faire respecter l’ordre public, sont impuissants devant des actes de barbarie, de violence gratuite, nous allons nous faire justice. Et dans le cas d’espèce, c’est un bain de sang qui va résulter de notre réaction », a prévenu D. Ouattara, un cadre du village Nadiguidi-Bélé Dala.

Un homme, dont nous taisons le nom, est pointé du doigt comme faisant la pluie et le beau temps dans le village de Pongafré. «  Nous demandons aux autorités de réagir dans les meilleurs délais… Nous n’allons jamais laisser nos terres entre les mains des personnes qui n’ont aucun droit ni titre sur ces parcelles », a-t-il encore menacé. De fait, les deux villages frontaliers revendiquent, chacun, selon ses moyens, une immense parcelle de terre qui s’étend entre Pongafré, Baya et Nadiguidi-Bélé Dala. La famille royale de Kélétiguidala réclame un droit sur ces terres qu’elle occupe depuis la nuit des temps. Depuis quelque temps, explique notre source, « on nous combat pour nous arracher nos terres ».

Le chef du canton Pongala, le Sous-préfet de la localité, le préfet du département de Boundiali et la justice ont été saisis. Mais aucune solution n’a pu être apportée. «  Toutes ces autorités ont convoqué (un haut responsable) de Pongafré, qui n’a pas donné suite à ces convocations. C’est ainsi que le préfet du département a dépêché auprès (de ce responsable), 5 chefs de canton, venus de Boundiali, Gbon, Kolia, Kouto et Kasseré. Il a refusé de recevoir ces autorités traditionnelles encore moins discuter avec elles », nous explique encore D. Ouattara. C’est alors que le préfet du département, ulcéré par cette attitude, a agi… Une décision qui se révèle comme un jet de pierre dans un essaim d’abeilles. La tension est montée avec des descentes musclées dans les villages et campements. Un comité de crise est mis en place, qui sera vite sabordé par celui-ci.

C’est alors que les autorités traditionnelles du village de Nadiguidi-Bélé Dala se tournent vers la justice. Mal leur en prit. Les convocations adressées à ce responsable de Pongafré sont restées sans suite. Il reste droit dans ses bottes de refus de discuter avec qui que ce soit, préférant le langage de la force.

La semaine dernière, une descente dans le campement de Zouakounou, s’est soldée par des saccages, pillages, destructions de biens d’autrui et voie de fait. «  Nous ne voulons pas de violence. Mais, nous n’en pouvons plus. Nous ne pouvons plus maîtriser nos jeunes qui menacent de passer à l’action. Et si rien n’est fait, le sang va couler, abondamment. C’est pourquoi, nous demandons aux autorités d’agir, dans le sens de la préservation de la paix sociale. Nous avons fait ce qui est humainement faisable. Mais, aujourd’hui, nous sommes à bout. La coupe de la colère et des frustrations est pleine et va déborder. On ne peut plus rester sans réaction face à ces actes de pur vandalisme. Le gouvernement doit faire quelque chose pour éviter un bain de sang dans la région de la Bagoué. La gendarmerie, massivement déployée, reste sans réaction, en attendant, selon elles, un ordre du ministre de la défense. S’il y a affrontement, en 24 heures, le village de Pongafré va disparaître », a averti notre interlocuteur.

Signalons que cette zone querellée est très fertile et réputée aurifère. « C’est pourquoi, ils veulent l’annexer pour s’accaparer toutes ces richesses », fait-il encore valoir.

Armand B. DEPEYLA

linfodrome

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