03292017Headline:

Côte d’Ivoire – Un mauvais coup se prépare depuis Bouaké/ Voici les acteurs

ex combattant

Situation sécuritaire: Un mauvais coup se prépare depuis Bouaké

Des ex-combattants démobilisés, vivant à Bouaké, ne sont pas contents de leur vie actuelle. Cette vie qu’ils mènent et qu’ils considèrent comme un « chômage chronique », ils le disent à qui veut l’entendre, ils n’en veulent plus
Pour eux, la solution qui convient aujourd’hui à leurs problèmes, c’est de leur trouver du travail. Aussi, envisagent-ils d’entamer des actions les jours à venir, pour se faire entendre.

Jeudi 9 juin 2016. Dans des locaux délabrés d’un patrimoine de l’Etat de Côte d’Ivoire, situé au quartier commerce, à quelques pas du siège du Rassemblement des républicains (Rdr, parti au pouvoir), sont rassemblés des ex-combattants démobilisés. C’est leur bureau. Il est pratiquement 8 h 45, et ils sont déjà une bonne douzaine dont trois femmes, à être présents. Assis autour de leur chef, Kaba Sory, président de l’Association des démobilisés de Côte d’Ivoire (Adci), ils méditent sur leur avenir. La mine renfrognée, ces ex-combattants démobilisés, qui ont pourtant perçu leurs filets de réinsertion de la part de ex-Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réinsertion (Addr), se disent convaincus que leur « papa », le président Alassane Ouattara ne les abandonnera pas. Sans porter de gants, Kaba Sory ouvre les « hostilités », et plante le décore. « Je suis toujours le président de l’Adci. C’est une association que nous avons créée depuis 2007. On se retrouve toujours ici parce que la réinsertion n’a pas marché. On avait voulu manifester un moment pour montrer au président de la République que la réinsertion n’a pas marché, mais on a dû surseoir à cette idée pour l’heure », soutient M. Kaba. Revenant sur le filet de réinsertion évalué à 800 mille F Cfa, que chaque ex-combattant a perçu pour monter une « affaire » afin d’être réinséré dans la société, le président des ex-combattants démobilisés affirme que cette somme d’argent ne leur a pas profité. « Personne ne travaille parmi nous. Quand ils ont créé la Cellule de coordination et de suivi de la réinsertion (Ccsr), ils ont mené leurs enquêtes, et ils ont compris qu’aucun ex- combattant ne travaillait à ce jour. Vous me parlez des 800 mille F Cfa qu’on a reçus comme filet de réinsertion ? Ce que vous ne savez pas, c’est qu’ils nous ont payé ces 800 mille F Cfa en monnaie de singe. Une fois qu’on vous paye 300 mille F Cfa, il faut attendre six mois, avant d’avoir 200 mille F Cfa, et quatre mois après, on vous paye le reste », dénonce-t-il. Et de se tourner vers le premier des Ivoiriens :« Nous faisons confiance au président de la République. Et, nous savons qu’il nous trouvera quelque chose à faire. Nous savons qu’il nous comprend. Nous demandons des emplois, et non pas de l’argent. Je vous ai dit que les 800 mille F Cfa ont été payés en monnaie de singe. Quelqu’un qui sort d’une crise de 10 ans, comment peut-il s’en sortir avec ça ? Il doit payer son loyer, il doit soigner sa famille, il doit se nourrir Comment fera-t-il ? ». « Certains ont essayé de gérer leur argent, mais à dire vrai, rien n’a marché. Ils devaient aux propriétaires de leurs maisons, ils devaient à leurs proches. Sur 74 000 ex-combattants, ceux qui ont réussi avec cette somme d’argent, c’est ceux qui ont été aidés par leurs propres parents. Sinon, je vous dis qu’aucun ex- combattant n’a pu réussir avec ces 800 mille francs », persiste Kaba Sory.

Livrés à eux-mêmes

Il poursuit pour dire qu’ils sont, depuis lors, livrés à eux-mêmes. « Et pourtant, Dieu seul sait que nous avons combattu le vrai combat. Nous avons lutté pour imposer une démocratie dans notre pays, et il y a eu des élections transparentes, libres et ouvertes à tous, ce qui a vu l’élection du président Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Nous ne regrettons pas d’avoir mené ce combat, mais ce que nous déplorons, c’est d’être aujourd’hui au chômage, alors que nous avons lutté pour que les choses changent dans notre pays. Nous ne comprenons pas que les combattants que nous avons été, soient aujourd’hui en train de broyer du noir. Tous les matins, nous nous retrouvons ici au bureau (des locaux délabrés de l’Administration publique, sans portes ni fenêtres, un véritable nid de reptiles, Ndlr) pour cogiter sur notre avenir. A dire vrai, l’avenir est très sombre pour nous », confesse le président de l’Adci. Son conseiller spécial, Coulibaly Fadia, ne dira pas le contraire. « Nous réclamons une réinsertion des ex-combattants que nous sommes. En son temps, nous avions souhaité être recrutés dans le corps des paras militaires, à savoir, les Eaux et forêt, la douane, les gardes pénitentiaires, mais on nous a imposé les 800 mille F Cfa », indique-t-il les yeux hagards.

Pour se faire entendre, Coulibaly Fadia avance que les ex-combattants démobilisés devraient observer une grève de la faim en début de ce mois de juin. « Mais pour des mesures de sécurité et d’organisation, nous avons sursis à notre grève de la faim. Ce n’est que partie remise. Nous nous organisons, et vous serez informé au moment opportun », prévient-il amer. Son chef, Kaba Sory est plus pragmatique, et ne fait pas dans la dentelle. Selon lui, s’ils n’obtiennent absolument rien de la part du chef de l’Etat, ils se tourneront vers leurs ex-chefs de guerre, à savoir les anciens com-zones, pour la plupart, des lieutenants-colonels dans l’armée régulière. « Je les connais tous (les ex-chefs de guerre). J’irai vers eux. On attend que le président de la République réagisse pour nous. S’il ne le fait pas, nous allons nous tourner vers les chefs de guerre. Et avec eux, nous allons réclamer notre avenir. Nous allons tenir des meetings partout, et nous irons à Abidjan les rencontrer », martèle Kaba Sory. « La réinsertion a échoué. Les fonds n’ont pas été gérés comme nous le voulions. En son temps, nous avions proposé qu’on ouvre des sociétés avec ce fonds, pour nous permettre de travailler. Nous n’avons pas été écoutés. Je n’ai pas été suivi », tempête-t-il. Pour le Secrétaire général de l’Adci, Diomandé Siamaté. « Tous les ex-combattants se reconnaissent en Kaba Sory. Quand il parle, il parle en notre nom à tous », fait-il savoir. Et de poursuivre : « au soir de la démobilisation, nous avons été renvoyés à la vie civile, avec le statut de caporal. Mais nous n’avons point reçu de compensation de ce grade. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas joui des retombées de ce statut, c’est injuste. Nous réclamons justice. C’est dans cette veine que nous avons voulu engager une grève de la faim », souligne le secrétaire général de Kaba Sory.

Le cas d’un disparu depuis 2013

Dans leur chapelet de revendications, un nom revient. Il s’agit de leur ex-Porte parole, Koné Issouf, disparu le 15 avril 2013. Le président de l’Adci plaide en sa faveur. « Je demande au gouvernement de nous aider à retrouver Koné Issouf qui a disparu depuis le 15 avril 2013. Il a été enlevé par des hommes en armes à Bouaké, selon des témoins, et depuis, nous n’avons plus eu de ses nouvelles », rappelle M. Kaba.

Plusieurs tentatives pour joindre les responsables du bureau central d’Abidjan, de la Cellule de coordination et de suivi de la réinsertion (Ccsr), pour avoir une idée générale et le bilan du taux de réussite de la réinsertion et de la réintégration, ont été vaines. Nous n’avons pas pu parler avec le point focal de la Ccsr de Bouaké, Mme Kouamé née Sanou Thérèse. Une interlocutrice au bout du fil, nous a expliqué qu’elle ne se sentait pas bien, et qu’elle avait gardé le lit.

Notons qu’en dehors de l’équipe de Kaba Sory, certains de ses camarades démobilisés qui ne se reconnaissent pas en lui, disent que s’ils n’ont plus d’interlocuteurs à Bouaké, c’est tout simplement parce que l’ex-chargé de communication de l’Addr- bureau de Bouaké, Traoré Sékou dit Leguen, n’est plus en service. Pour Kaba Sory, après avoir épuisé toutes les voies de recours qui leur reste, ils passeront à la phase pratique qui consistera à organiser des meetings partout, pour se faire entendre. « Nous avons exploité toutes les voies de recours et personne ne nous écoute. Que voulez-vous que l’on fasse à présent ? Au risque de me répéter, nous comptons sur notre « papa », le président de la République afin qu’il nous trouve du travail à faire. Le cas échéant, nous irons trouver les chefs de guerre là où ils se trouvent. La suite, vous la verrez », crache Kaba Sory.

Traoré Gaoussou, lui, est un blessé de guerre. Amputé d’une jambe, il se plaint de son handicape, et souhaite qu’on trouve des solutions idoines pour des soins appropriés. « Je demande simplement qu’on nous soigne régulièrement. Ma jambe est en train de pourrir dans ma prothèse, je n’ai aucun moyen. Pour les soins, c’est compliqué. Qu’on nous aide à nous soigner », supplie-t-il. « Qu’ils pensent également aux femmes que nous sommes. Depuis 2002, nous sommes aux côtés des hommes, nous demandons juste de la pitié », indique Kéïta Abi, présidente des femmes de l’Adci.

Pour l’heure, la ville de Bouaké, ex-capitale des ex-Forces nouvelles (Fn), vit paisiblement à l’image des autres villes de la Côte d’ Ivoire. Mais pour combien de temps ?

Ladji Abou SANOGO (Correspondant régional)

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