01222017Headline:

Côte d’Ivoire/Que se passe t-il ?: Des migrants bangladeshis se meurent dans une rue à Cocody-Angré

bangladesh,migrant

Ça ne se passe pas qu’en Occident ou ailleurs. L’histoire de ces personnes qu’on arnaque et rançonne en promettant l’eldorado de l’autre côté de la mer. Cela se déroule aussi ici en Côte d’Ivoire.

Des victimes du même scénario. A l’image de ces 12 ressortissants Bangladeshis abandonnés par l’un de leurs compatriotes et qui se meurent à la belle étoile, par ces temps de pluies, dans une rue à Cocody-Angré. L’histoire est rocambolesque. Après avoir servi en Côte d’Ivoire, dans un contingent onusien, le nommé Anouar, retourné dans son pays, le Bangladesh, est piqué par le virus de l’arnaque. L’idée vient à l’homme de trouver un subterfuge pour rançonner des compatriotes et espérer faire fortune en usant de leur ignorance. Il contacte une cinquantaine de personnes, auxquelles qui il fait savoir qu’il peut leur trouver du travail dans des magasins et restaurants en Côte d’Ivoire pour une rémunération mensuelle de 500 dollars (300.000 F Cfa) chacun. Une offre très alléchante pour des populations indigentes d’un pays pauvre comme le sien. Pour le voyage, Anouar ne se montre pas du tout philanthrope. Il exige la somme de 4 millions de F Cfa à chacune de ses victimes. Cet argent devant servir à payer leurs billets d’avion et les charges jusqu’à ce qu’ils trouvent du travail. Très intéressés, ce sont 50 de ses compatriotes qui vont faire cotiser leurs familles pour ce voyage ”salutaire”. Quitte à rembourser progressivement cet argent une fois arrivé en Côte d’Ivoire où ils ont la certitude de trouver un travail bien rémunéré. C’est en décembre 2014 que les 50 Bangladeshis débarquent à Abidjan. Avec à leur tête « leur bienfaiteur », qui leur trouve un premier logis à Angré 7ème Tranche. Avec l’argent rançonné, Anouar réalise un restaurant baptisé ”Restaurant international” dans la même commune, où il fait travailler ses compatriotes, dans l’espoir que cela va prospérer et lui permettre de faire fortune. Mais, à peine trois semaines après son ouverture, ce business montre ses limites. Point de clientèle, point de recette. L’affaire tourne en dérision. Anouar, ne sachant quoi trouver pour ses compatriotes pour les occuper comme promis, prend la poudre d’escampette. Ceux-ci, après un bref séjour dans le logis du quartier 7ème Tranche, ont eu le temps de se trouver une villa dans le nouveau quartier d’Angré Star 16. Une grande bâtisse de R+1 comprenant une dizaine de pièces, qu’ils occupent entièrement, à hauteur de 500.000 F Cfa de loyer mensuel payé sur 8 mois, dont 3 en caution. Ne sachant où aller, ces migrants, confrontés au problème de langue et de communication, sont voués à toutes les incertitudes dans l’inconnu de la grande métropole abidjanaise. Sans le moindre sou, abandonnés par leur compatriote, qui a du se fondre dans la nature pour éviter de subir la furia de ses ”frères”, les 50 hommes, dont l’âge varie de la vingtaine à plus de la quarantaine, ont passé des mois à écumer les rues d’Angré. Où chacun les côtoie sans pourtant savoir la tragédie humaine qu’ils vivent au quotidien dans leur villa cossue. «On les voit ici. Ils parlent une langue que personne ne comprend. Donc personne ne s’occupe d’eux et ne communique avec eux», témoigne un habitant du quartier où l’on signale la présence d’un haut gradé de l’armée.

La providence comme solution

N’ayant rien pour assurer leur pitance, ces gaillards abandonnés n’ont plus que la providence comme solution. Cette providence, ils l’ont trouvée en une dame, propriétaire de la villa abritant le restaurant fermé qui, prise de pitié pour ces adultes mourant de faim loin de leur terre natale, leur vole au secours avec quelques vivres. Comme elle, de rares bienfaiteurs, à l’instar de dame Solange A., qui a eu des échos de la situation de ces migrants dans le voisinage. Vivant leur tragédie dans une fausse dignité, les compatriotes d’Anouar, qui prient pourtant dans une mosquée voisine, n’ont jamais eu le courage de s’ouvrir aux guides des lieux. «C’est dur, mais on ne veut pas attirer l’attention des gens sur nous. C’est pourquoi on n’a parlé à personne», expliqueIbrahim, l’un des rares du groupe à pouvoir se débrouiller en anglais. Espérant pouvoir obtenir secours auprès d’eux, cependant, Ibrahim et ses camarades vont s’adresser à leurs compatriotes travaillant à l’Opération des nations unies (Onuci), qui comporte un important contingent bangladais. Mais, la réponse de ces derniers les laisse pantois. «Ils disent qu’ils sont ici pour une mission et que notre situation n’a rien à voir avec cette mission. Ils ne peuvent pas se mêler de ça». Voilà qui va enlever tout espoir au groupe des 50, qui vont encore se refermer sur eux-mêmes, et mourir à petit feu, en attendant un sauveur providentiel, qui viendrait de nulle part. Ceux du groupe, qui le peuvent, tentent de joindre leurs familles pour trouver une solution. Finalement, 37 d’entre eux vont finir par obtenir un coup de grâce et regagner leur terre natale, au grand dam des 13 autres coincés par leur indigence. «Ceux qui sont partis sont ceux dont les familles ont pu se cotiser pour leur payer leur billet d’avion. Nous qui sommes restés, nos familles sont très pauvres. Elles n’ont rien. Elles ne peuvent pas nous faire partir. Nous risquons tous de mourir ici. On n’a pas le choix. De grâce, aidez-nous. On veut seulement rentrer chez nous…», plaide, les larmes aux yeux, le plus âgé du groupe, un homme avoisinant la cinquantaine, visiblement amaigri par la faim et l’angoisse.Lacrainte et l’angoisse de cet homme et des autres sont d’autant plus fondées qu’au moment où nous les rencontrions, ils venaient de perdre l’un des leurs. Souffrant d’un paludisme, selon ses frères, Jamal est décédé faute de soin, au moment où ils se sont résolus à l’amener dans un centre de santé pour plaider son cas. Depuis, ils ont abandonné son corps dans une morgue de Treichville, espérant trouver une solution pour l’expatrier. Dans leur villa, où ils passent les jours et les nuits sur des cartons ou des tapis disposés à même le sol, deux autres malades dans des états très critiques, gisent dans le désarroi. «Nous n’avons aucun sou. Ces frères sont très malades, on n’a rien comme médicament. Au secours, sauvez-nous», plaide le doyen du groupe, qui coule des larmes en annonçant la menace du propriétaire de les expulser le lendemain. Effectivement, depuis le dimanche 12 juillet dernier, les 12 survivants sur les 13 bloqués en terre ivoirienne, sont livrés à la belle étoile. Vivant sous le hangar d’un garage automobile, dans les encablures de la section de l’ambassade de Chine à Cocody-Angré.

«Souvenez-vous de mes camarades»

Emouvant et pathétique a été le message que nous a laissé, au moment de quitter leur villa, où ils habitaient encore, le doyen du groupe de ces migrants abandonnés. «Souvenez-vous de nous, en partant d’ici. Voyez dans quelle condition nous sommes. S’ils vous plaît, ne nous oubliez pas. Souvenez-vous de mes camarades. Moi, je me souviendrai toujours de vous. Peut-être vais-je vais mourir, mais avant de rendre l’âme, je vais me souvenir de vous, et ma dernière prière sera de demander à Dieu que vous vous souveniez de mes frères pour les sortir d’ici». Triste signature au terme d’une rencontre qui révolte quant à la cruauté de l’homme. Que devient Anouar, l’homme orchestre de cette tragédie humaine? Selon Ibrahim, qui nous a brandi un récépissé de police à lui délivré par le commissariat du 30ème arrondissement, l’homme s’est attaché les services d’un avocat, pour se tirer d’affaire. «Même, quand il est convoqué par la police, il réussit par les moyens dont il dispose, à corrompre les gens et à s’en sortir. Il a corrompu tout le monde», expliquenotre interlocuteur. Selon lui, il est arrivé que le groupe mette la main sur cet indélicat compatriote et tente de le contraindre à trouver une solution immédiate à leur situation. Mais, comme par hasard, un homme, se présentant à eux comme un agent de police, simule une arrestation et disparaît avec Anouar, qui a toutes les stratégies pour leur filer entre les doigts. Aujourd’hui, Ibrahim et ses camarades n’ont qu’un seul espoir: la magnanimité des autorités ivoiriennes pour sauver leurs vies. «Nous voulons juste retourner chez nous. Qu’on nous paye le billet retour pour qu’on regagne notre pays. Là-bas, nous ne périrons plus. De grâce, aidez-nous», pleurent ces ”aventuriers” qui vont vivre le ramadan 2015 loin de chez eux, en véritables suppliciés.

Félix D.BONY

L’INTER

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