01192017Headline:

Côte d’Ivoire/Trafic d’enfants: Un père recherche son fils /Voici Comment les réseaux opèrent

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Des villes de Sikasso, Koutiala, Ségou, Balandougouba, Bougouni, Zangasso, Ziéna, Sinkolo, Tiéré , Katana Gnienom… (Mali), en passant par la ville de Korhogo, au Nord de la Côte d’Ivoire, vers les plantations des villes ivoiriennes de Guiembé, Dikodougou, Mankano, Séguéla, Vavoua, le trafic et l’exploitation des enfants ont pris de l’allant depuis quelque temps.

Ainsi, des réseaux se sont installé entre ces localités des deux pays, pour convoyer ces mineurs dont l’âge varie entre 9 et 16 ans pour les filles, et 12 et 21 ans pour les garçons. Ces gamins sont destinés aux travaux domestiques en ce qui concerne les filles, et aux travaux agricoles et de surveillance du bétail d’animaux (bœufs, moutons, cabris) pour les garçons, notamment dans les plantations de coton, riz, anacarde… Ces réseaux sont bien organisés pour échapper aux contrôles des forces de sécurité des frontières terrestres des deux pays, devenues poreuses. Ils empruntent nuitamment les pistes à travers des taxis-brousse avec leurs ‘’produits’ (enfants) et les livrent aux employeurs, au petit matin, sans laisser de traces. Les causes de ce trafic des enfants sont principalement la pauvreté. Les acteurs des réseaux fixent des salaires allant de 25000 à 30000 FCFA pour les garçons, et de 12000 F à 15000 FCA pour les filles. Et l’argent n’est pas versé directement à l’employer mais au démarcheur qui est libre de le remettre ou pas à l’enfant travailleur. Un des acteurs du réseau, nous a livré les secrets du trafic quand nous nous sommes fait passer pour des employeurs à la recherche de ces enfants main d’œuvre facile :«Des personnes vont spécialement à Sikasso et environnants (Mali), dorment dans des hôtels. Ensuite, elles donnent 12 000 Fcfa aux «chercheurs » qui sont des autochtones des villes du Mali, dont le système se compose comme suit : 10 000 FCFA comme prime et 2000 FCfa de ration alimentaire. Et ces gens prennent immédiatement d’assaut les villes, villages et hameaux de Sikasso, Koutiala et autres, à la recherche des filles et garçons, en leur promettant l’eldorado en Côte d’Ivoire où ils seront plus heureux et épanouis. Les enlèvements ou détournements se font généralement sans le consentement des parents. Les enfants quittent discrètement la famille biologique. Ensuite la seconde étape est le coût du transport entre la ville de Sikasso et celle de Korhogo, fixé à 17500 Fcfa par les taxis-brousse qui parcourent l’axe Sikasso- Korhogo. Pendant le parcours, ils corrompent ou trompent la vigilance des forces de sécurité des frontières terrestres des deux pays, en faisant croire que ces enfants sont des proches. Surtout que ces gamins ne possèdent aucun document administratif (ni carte nationale d’identité ni extrait de naissance).

Des morts

Les éventuels employeurs de ces gamins se retrouvent tôt, chaque lundi matin, la veille du marché hebdomadaire de la ville de Sikasso à la gare routière des ‘’badjans’’ de Korhogo, située à proximité de la grande mosquée du quartier koko. Là ils viennent chercher leurs proies, et le marchandage commence entre employeurs et démarcheurs, en présence de l’enfant qui ne sait à quelle sauce il sera mangé. Puis, le salaire est fixé entre 25 000 et 30 000 Fcfa, allant d’une période de 6 à 12 mois, à verser, chaque mois, dans les mains du démarcheur. Ces enfants (garçons), au fil des années, se perdent dans la pleine brousse, sans aucun contact des parents. Certains y meurent sans que les parents biologiques n’en soient informés. Des filles, grandissant au fil des années, se rendant compte de leur exploitation, prennent leur indépendance en se livrant à la prostitution. Récemment, un père venu de la ville de Koutiala était en larmes à la gare routière des ”badjan” de Korhogo. Il était à la recherche de son fils qui serait dans les plantations de Seguela ou Vavoua au centre et centre ouest de la Côte d’Ivoire. Il s’est rendu dans ces localités, mais est revenu bredouille à Korhogo. Selon lui, les dernières informations lui auraient signifié que l’enfant se trouverait dans le département de Dianra. Et le vieux Fofana Bakary qui n’avait plus d’argent, non seulement pour survivre et poursuivre le reste de son investigation, est venu solliciter de l’aide à l’Organisation non gouvernementale (Ong) ”Action pour la défense des droits des éleveurs et cultivateurs” (Addec), basée au quartier haoussabougou de la commune de Korhogo, au Nord de la Côte d’Ivoire. Ensuite, Diakité Abou (19 ans) et Sanogo Mamadou (20 ans), aujourd’hui, ont été interceptés entre Sikasso et Korhogo en 2012, quand ils avaient 16 et 17 ans, puis envoyés dans une ferme agropastorale. Alors qu’ils partaient pour la ville de Fresco au sud ouest de la Côte d’Ivoire, pour rejoindre leur oncle. Ils ont déserté la plantation pour se retrouver à Korhogo, au siège de l’Ong Addec, en abandonnant bagages et salaires. Le secrétaire général 2 de préfecture de Korhogo, Binaté Lassina en avait la gestion du dossier. L’Ong, dans son investigation, a intégré le réseau du trafic d’enfants entre le Mali et la Côte d’Ivoire, en se faisant passer pour des employeurs de ces mineurs. Elle a découvert le fonctionnement, a expliqué Neou Lassina, le président du conseil d’administration de cette structure humanitaire. Celui-ci a souhaité un appui juridique et un soutien, pour mieux collaborer avec les forces de l’ordre, et pour s’occuper de l’hébergement de ces mineurs qui transitent par eux. «Nous rencontrons régulièrement, lors de nos missions, ces enfants en pleine brousse, derrière les troupeaux de bœufs ou dans les champs. Il sont souvent malades ou mordus par des serpents. Certains en meurent et sont enterrés sans que les familles biologiques ou le présumé ‘’passeur’’ ou intermédiaire du réseau, ne soient informés.

Réalisé par Aly OUATTARA (Correspondant des savanes)

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