04072020Headline:

L’Iran a reconnu avoir abattu “par erreur” un avion civil ukrainien et présenté ses excuses

Dans une spectaculaire volte-face, l’Iran a reconnu samedi avoir abattu “par erreur” un avion civil ukrainien et présenté ses excuses, tout en pointant la responsabilité de l'”aventurisme américain” dans ce drame ayant fait 176 morts.

Le Moyen-Orient est le théâtre de fortes tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, des ennemis jurés, surtout après l’élimination le 3 janvier du puissant général Qassem Soleimani, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, dans un raid américain à Bagdad.

L’Iran a juré de venger sa mort et mercredi avant l’aube, le jour du vol fatal du Boeing 737, ses forces armées ont tiré des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak, sans y faire de victimes.

Le vol PS752 de la compagnie Ukraine Airlines International (UAI) s’est lui aussi écrasé avant l’aube à l’ouest de Téhéran, très vite après son décollage. Les victimes sont essentiellement des Iraniens et des Canadiens, mais également des Afghans, des Britanniques, des Suédois et des Ukrainiens.

Après avoir catégoriquement nié la thèse, privilégiée par plusieurs pays dont le Canada, selon laquelle l’avion aurait été touché par un missile, l’Iran a finalement reconnu l’avoir abattu.

“L’enquête interne des forces armées a conclu que de manière regrettable des missiles lancés par erreur ont provoqué le crash de l’avion ukrainien”, a affirmé le président Hassan Rohani, parlant d’une “grande tragédie” et d’une “erreur impardonnable”.

Selon l’agence de presse Fars, le guide suprême d’Iran Ali Khamenei a été prévenu vendredi qu’une erreur humaine était à l’origine de la catastrophe. Il a alors donné l’ordre que la vérité soit révélée.

Le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif a exprimé des “excuses”, tout en déplorant une “erreur humaine en des temps de crise causée par l’aventurisme américain (qui) a mené au désastre”.

Les forces armées ont expliqué dans un communiqué de l’état-major que l’appareil avait été pris pour une “cible hostile”. Selon les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique d’Iran, l’avion semblait s’approcher d’un de leurs centres “militaires sensibles”.

Le général de brigade Amirali Hajizadeh, commandant de la branche aérospatiale des Gardiens, a endossé la “responsabilité totale” du drame.

“J’aurais préféré mourir plutôt que d’assister à un tel accident. La nuit de l’accident (…) l’état d’alerte était au niveau guerre. Nous étions prêts pour un conflit total”, à cause des menaces américaines, a-t-il indiqué dans une déclaration télédiffusée.

Le soldat chargé de tirer, a pris l’avion pour un “missile de croisière”, a déclaré le général. Il a alors cherché à entrer en contact avec ses supérieurs pour “obtenir vérification de la cible” mais il n’a pas pu le faire car son système de communications a “apparemment été perturbé”.

“Il avait 10 secondes” pour décider et il “a pris la mauvaise décision”, a-t-il ajouté. Le missile a explosé près de l’appareil, selon lui.

Selon l’état-major, “le coupable” doit être traduit “immédiatement” en justice.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a réclamé une “enquête complète et approfondie” qui établisse les responsabilités et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exigé la punition des coupables et des compensations. Londres a qualifié de “premier pas important” l’aveu par l’Iran.

Pire catastrophe depuis 1988 –

Après le crash, une vidéo d’une vingtaine de secondes, qui montrerait le moment où un missile frappe l’appareil, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. On y voit un objet lumineux s’envoler rapidement vers le ciel et frapper ce qui semble être un avion.

Dès jeudi, Justin Trudeau a fait état d'”informations de sources multiples” selon lesquelles “l’avion a été abattu par un missile sol-air iranien”.

Les appels à faire la vérité se sont ensuite multipliés, et l’Iran a promis une enquête “transparente”.

Téhéran -avec qui Ottawa a rompu ses relations en 2012– a dit en outre attendre l’arrivée d’une équipe canadienne chargée de “s’occuper des affaires relatives aux victimes canadiennes”.

Mais le chef de la diplomatie canadienne François-Philippe Champagne a affirmé que l’Iran avait délivré seulement deux visas à la douzaine de représentants canadiens attendus, précisant avoir “espoir qu’on pourra rapidement résoudre le cas des dix autres visas”.

Après le drame, l’Iran a invité Boeing, le constructeur américain de l’avion, à participer à l’enquête, ainsi que les Américains, les Canadiens, les Français et les Suédois.

Il s’agit de la pire catastrophe connue par l’aviation civile en Iran depuis le drame de l’Airbus d’Iran Air (290 morts) que l’armée américaine avait assuré avoir abattu par erreur en 1988.

Avec Afp

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