04052020Headline:

John Pololo: histoire d’une vie

Seri Gnadre Lazare alias  » John Pololo Sogbi  était un gangster qui terrorisait la ville d’Abidjan par sa force physique, champion d’arts martiaux d’où il tirait son inspiration. Il fut tué en 2000 par la FIRPAC, Force d’Intervention Rapide Para-Commando, unité d’élite du président Robert Guéï dans des conditions atroces. Malgré tout, il était très populaire chez les jeunes qui l’idolâtraient . Concepteur du style de danse le “logobi” qui imite des gestes des loubards ou bandits en action lors de combats de rue, il relate les réalités sociales diverses vécues par les loubards et porte tantôt des messages de courage, tantôt des messages de loubards ou, bien plus souvent, explique la vie à travers leur vécu. Sa philosophie est basée sur la culture des arts martiaux, des réalités sociales, de la misère, et prône le courage.

Adulé par certains et détestè par d’autres , découvrons à travers ses témoignages qui était John Pololo, caïd de la société ivoirienne des années 80.

 » Si j’avais les moyens, je ferais un grand documentaire sur Pololo. Mettons de côté les accusations portées à tort ou à raison contre lui (de toutes les façons, nul n’est parfait, sauf Dieu), et regardons POLOLO le génie créateur.  »

«  Moi, il a personnellement marqué mon adolescence et surement celle de millions de personnes. Grand pratiquant d’arts martiaux, grand danseur (il allie les pas de karaté à la gestuelle musicale), grand esprit (il arrivait à vaincre psychologiquement les adversaires apparemment plus forts que lui avant de les battre physiquement), il a créé le gnamagnaman, le ziguéhi, créé pleins de néologismes aujourd’hui vulgarisés dans le langage populaire ivoirien (ya fohi, enjaillement, je vais te kouman, gawa, yèrè, ……etc.), il a créé un style de démarche et d’habillement, il a vulgarisé la musique de nombreux artistes (Jojo Ngalé le camerounais, l’ivoirien Kéké kassiry…), il a amené de nombreuses hautes personnalités à regarder les loubards avec respect (Houphouet Boigny a créé VS vagabond salarié), il était directeur de société (beaucoup ne le savent pas mais il avait une grande société de gardiennage), il demeure à ce jour le loubard le plus populaire de l’Afrique de l’Ouest (je n’exagère pas, abidjan étant la plaque tournante de l’afrique de l’ouest, tous ceux qui étaient célèbres en Côte d’Ivoire, l’étaient dans toute l’afrique de l’ouest, or Pololo était très célèbre en CI, donc forcement célèbre en afrique de l’ouest) » .

« Un vrai champion qui allait affronter les adversaires sur leur propre terrain., c’est ce qui faisait sa particularité et explique que pendant que les autres sont des loubards locaux (connus seulement dans leur commune), Pololo était un loubard international (connu dans toutes les communes de la Côte d’Ivoire et dans une partie de la France où il a séjourné pendant quelques années avec son ami Las Vegas) » .

« Il était à l’aise avec tous les groupes de loubards tels que les Mapléssiens, les Farèmois, les Youpléss, la Gestapo d’abobo, ….etc. Lors de leur passage à la MACA où ils avaient été transférés après des mouvements syndicaux de la FESCI, certains grands leaders d’opinion de ces temps ci (Soro Guillaume, Blé Goudé Charles, Damana Pikass….) ont été pris sous la coupole de Pololo qui séjournait dans ce milieu carcéral; il a mis en garde les autres prisonniers de ne point toucher à un seul cheveu de ces célèbres prisonniers estudiantins (pour dire qu’il a cotoyé toutes les classes politiques, estudiantines, sociales, professionnelles….) » .

« Il a eu des échauffourées avec Alpha Blondy sur la chanson « ya fohi » où il voulait que la reaggae star lui reverse des droits pour avoir utilisé son néologisme sans son accord. Lui et Alpha ont fini par s’entendre (il faut rappeler en passant qu’il a mis au tapis le gros bras de Blondy). Pololo, c’était aussi le justicier. Je me souviens qu’il a défendu un jeune face à l’agression de 4 personnes armées de couteau. Cela s’est passé devant le cinéma Etoile d’abobo (j’en suis un témoin privilégié) et pleins de témoignages confirment qu’il avait l’habitude de défendre les plus faibles ».

Figure emblématique du langage de rue, aujourd’hui ‘noushi”, parlé de John Pololo de façon détaillée nécessiterait un documentaire qui mettra en exergue ses prouesses.

AbidjanTV

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