05262022Headline:

En Inde, une vague d’islamophobie soutenue par le parti au pouvoir

Plusieurs récentes opérations punitives contre des musulmans, organisées par des extrémistes hindous et encouragées par des membres du BJP font planer la menace d’une violence généralisée.

La mosquée Jama Masjid, construite au XVIIe siècle par l’empereur moghol Shah Jahan, qui se dresse comme un phare dans la capitale indienne et peut accueillir 25 000 fidèles, était pleine à craquer, dimanche 24 avril. Plus un centimètre carré de libre où s’installer. Les familles, munies de tapis et paniers, sont arrivées bien avant le coucher du soleil pour gravir les énormes marches en granit rouge donnant accès à l’une des trois portes d’entrée de l’édifice. Une marée humaine, comme s’il fallait rattraper le temps perdu ou conjurer le sort. Depuis deux ans, en raison de l’épidémie de Covid-19, aucun iftar n’avait été autorisé à la Jama Masjid.

Chacun a déballé dattes, beignets de légumes, morceaux de poulet tandoori, fruits, pois chiches épicés. La nappe des étrangers – peu nombreux et peu prévoyants – s’est vite garnie de petites coupelles offertes par les voisins. A la nuit tombée, l’édifice, avec ses deux minarets et ses trois dômes, est apparu dans toute sa splendeur et le jeûne fut rompu.

En bas des marches, les rues bondées d’Old Delhi exhumaient le parfum des brochettes et des viandes rôties, des dattes, des naans, des pakoras, des phirni, sheermal et autres kheers. Des guirlandes et des lampions formaient comme un plafond dans le ciel. Il flottait dans la vieille ville une atmosphère joyeuse et légère.

Le climat dans New Delhi et dans le reste de l’Inde n’est pourtant pas à la fête pour les musulmans. Une vague d’islamophobie balaye le pays, avec l’assentiment silencieux des autorités. Dans plusieurs Etats, en particulier ceux dirigés par le Bharatiya Janata Party (BJP), la formation du premier ministre, Narendra Modi, des extrémistes armés de sabres et de pistolets défilent en procession à l’occasion de fêtes hindoues devant les mosquées ou les quartiers musulmans, scandent slogans hostiles et injures jusqu’à provoquer l’affrontement. Les responsables locaux du BJP entrent ensuite en action. Les musulmans sont désignés comme les responsables, arrêtés, puis leurs maisons détruites ou incendiées.

Après le Gujarat et le Madhya Pradesh, cette opération punitive s’est reproduite, le 20 avril, dans le quartier Jahangirpuri, dans le nord de la capitale. Quatre jours après une procession hindoue, une série de provocations et le caillassage d’une mosquée et de ses fidèles, les bulldozers, sous l’œil des caméras de télévision conviées pour l’occasion, ont détruit tous les magasins appartenant à des musulmans autour de l’édifice religieux, jusqu’aux charrettes de modestes marchands ambulants.

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