04232024Headline:

Gambie: le parlement examine un texte légalisant à nouveau l’excision

Le parlementaire Almameh Gibba a introduit la proposition de loi en première lecture. L’examen a été renvoyé à une seconde lecture prévue le 18 mars 2024. Les perspectives d’adoption et d’application sont incertaines.

L’éventualité d’un retour à la légalisation des mutilations génitales féminines (dont l’excision) divise l’opinion gambienne depuis des mois. Quelques dizaines de femmes et d’hommes ont manifesté à l’extérieur et à l’intérieur du Parlement pour la levée de l’interdiction.

Ils ont fait valoir l’argument communément brandi selon lequel ce qu’ils appellent la « circoncision féminine » et qu’ils distinguent d’une mutilation génitale est une tradition profondément enracinée et que l’interdire enfreint leurs droits à pratiquer leurs coutumes. Au contraire, de nombreuses organisations de la société civile pressent le gouvernement de rester ferme.

L’International Bar Association, association d’avocats, estime dans un communiqué daté de janvier que la proposition de loi levant l’interdiction a peu de chances d’entrer en vigueur à cause des obligations internationales de la Gambie : la loi actuelle est en effet adossée au Protocole de Maputo de l’Union africaine sur les droits des femmes, que la Gambie a ratifié
L’Unicef indiquait dans un rapport en 2021 que 76% des Gambiennes de 15 à 49 ans avaient subi des mutilations génitales et 75% des Gambiennes de 15 à 19 ans. L’ancien dictateur Yahya Jammeh, aujourd’hui en exil, a décrété l’interdiction de l’excision en 2015 en assurant qu’elle n’était pas prescrite par l’Islam. La quasi-totalité de la population est musulmane.

Le Parlement a adopté la même année le premier texte interdisant spécifiquement les mutilations génitales féminines, désormais punies de peines allant jusqu’à trois ans de prison. Entre 2018 et 2021, une seule affaire de mutilations génitales a été portée devant un tribunal et aucune condamnation ni sanction prononcée, disait l’Unicef dans son rapport.

La querelle s’est avivée mi-2023 avec la condamnation de trois (03) femmes à des amendes ou à des peines de prison. Un chef religieux a payé les amendes. Le Conseil islamique suprême a publié une fatwa (avis) affirmant la légalité de la « circoncision féminine » au regard de l’islam et disant qu’elle n’est pas seulement une coutume ancestrale mais aussi « une des vertus de l’islam ». Le Conseil, principale organisation musulmane du pays, demandait au gouvernement de reconsidérer l’interdiction.

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