03262017Headline:

Quand le sexe devient une souffrance/Quatre hommes et une femme témoignent de l’enfer…

Quatre hommes et une femme témoignent de l’enfer que constitue l’hypersexualité et comment ils tentent de s’en sortir.

Ils ne sont ni pervers ni séducteurs invétérés. Samuel, Samir, Marc, Max et Elodie souffrent d’une maladie : l’addiction au sexe. Ils témoignent – parfois à visage découvert – dans le documentaire Sex Addicts, afin de modifier les représentations sur leur pathologie.

« Ça pouvait être plusieurs [hommes] par jour, par nuit, c’était presque illimité. Un rapport sexuel se terminait, et il fallait que j’en trouve un autre », raconte Samuel, 36 ans, qui décrit l’addiction sexuelle comme une « prison ». Et pour cause  : « On bascule de l’hypersexualité à l’addiction lorsqu’on ne cherche plus le plaisir dans le rapport sexuel, mais quand on est dans un besoin », explique Jean-Benoît Dumonteix, psychanalyste spécialiste de l’addiction sexuelle.

Manque oppressant

Dans ces cinq histoires, on retrouve un manque oppressant, impossible à remplir, qui fait perdre tout contrôle de son corps. Un vide que le documentaire représente en filmant des mannequins de vitrine aux visages désincarnés. Placés autour des sex addicts lors de leur récit, ils symbolisent la multiplicité des partenaires anonymes et le sentiment d’étouffement. La même sensation que Samir décrit lorsqu’il croise des femmes dans la rue ou au travail. « Je sais que, tôt ou tard, j’arriverai à une situation où il me faudra me libérer, exploser et laisser libre cours à mes désirs. »

A la base de cette addiction, il y a certaines blessures qui peuvent remonter à l’enfance  : un parent également addict, des traumatismes sexuels, mais aussi des ruptures familiales ou sentimentales douloureuses.

L’Internet favorise souvent ce passage à l’addiction. Cela a été le cas pour Marc, porno-dépendant. L’homme de 46  ans ne ressent pas le besoin irrépressible d’avoir des rapports sexuels, mais peut passer des journées entières à se masturber sur des sites pornos, sans boire ni manger.

La dépendance au sexe concerne également les femmes, qui représentent plus d’un addict sur cinq. Elodie, 30  ans, est incapable de dire avec combien de personnes elle a fait l’amour. Elle se rappelle seulement une «  vraie descente aux enfers  » une fois l’acte terminé. «  Mais le manque se crée, et il faut recommencer, encore et encore.  »

Une maladie taboue

Comment sortir de l’addiction ? Certains décident d’en faire leur profession, comme Max, devenu acteur et réalisateur porno. Il y a aussi ceux qui veulent guérir. Thérapies avec des psychiatres, groupes de parole et relaxation permettent de reprendre confiance en soi et de se réapproprier son corps. Mais c’est un long chemin, pour le malade et pour son entourage. «  Pour pouvoir reconstruire une histoire saine, on a détruit toute notre histoire, on a dû tout démonter  », témoigne avec émotion Betty, la compagne de Marc.

Après une tentative de suicide, Samuel, lui, a fait le choix de partir. Il a quitté son appartement parisien pour rejoindre sa sœur à La Réunion. Là-bas, il parvient enfin à construire des projets qui n’ont aucun lien avec le sexe.

Ce documentaire aux propos souvent crus est essentiel pour comprendre une maladie taboue qui touche aujourd’hui 5 % de la population sexuellement active. Il se place dans la continuité du travail de Florence Sandis, coauteur, avec Jean-Benoît Dumonteix, de l’ouvrage Les Sex Addicts. Quand le sexe devient une drogue dure (Hors Collection, 2012).

Lauriane Clément
lemonde.fr

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