04202024Headline:

Mode: haut de gamme «made in Sénégal», le pari des créateurs

L’artisanat de luxe est en plein boom au Sénégal. Dakar n’a pas attendu le défilé de la célèbre marque française Chanel en décembre dernier pour être à la pointe de la mode. De plus en plus de marques sénégalaises haut de gamme émergent ces dernières années, fortes d’une créativité débordante. Elles bénéficient d’un nouveau regard sur l’Afrique et ont déjà séduit le marché international.

Dans un discret atelier de Tivaouane Peulh, en banlieue de Dakar, quatre artisans découpent et tressent des bandes de cuir et de wax. Sur des étagères, des rouleaux de peau de toutes les couleurs. Nous sommes chez Wude studio, une marque de sacs à main imaginée par la Franco-Sénégalaise Cécile Ndiaye. « Le sac a le dos en veau et tout le reste est tressé en vert et le wax qui rajoute une touche très lumineuse », décrit-elle.

Son pari d’origine : faire du haut de gamme zéro déchet made in Sénégal. Les techniques de fabrication sont puisées dans les traditions de la région, mais le cuir utilisé provient d’invendus européens, faute d’un tannage local de qualité. « Il y a beaucoup de migrants sénégalais qui sont en Italie, qui travaillent dans les tanneries ; ils sont suffisamment organisés et ils ont suffisamment le sens du commerce pour racheter les excédents industriels des tanneries dans lesquelles ils travaillent pour les revendre ici dans des réseaux de distribution », explique la créatrice.

Les débuts difficiles du made in Sénégal
Mbor Ndiaye a cocréé la marque avec Cécile il y a 18 ans. Ce maroquinier autodidacte est tombé amoureux du cuir. « J’ai été formé comme électricien, on ne sait jamais ce que le Bon Dieu nous a tracé », dit Mbor Ndiaye. « Moi, j’aime taquiner les pièces qui sont tellement sensibles, ces toutes petites pièces-là. »

Mais lorsqu’il se lance dans la maroquinerie, le made in Sénégal n’attire pas, bien au contraire. « Une fois présent pour confectionner ce que je devais faire, des sandales, des nus pieds, on prenait des étiquettes venant d’Italie ou bien de la France, parce qu’à cette époque, le Sénégalais n’affectionnait pas les produits locaux », se souvient-il.

Un secteur qui fait des émules
Désormais, le marché se développe et la mode africaine bénéficie du coup de projecteur de certaines célébrités comme Beyoncé ou Michelle Obama. « Les réseaux sociaux ont fait beaucoup la vision de qu’on a de l’Afrique. Elle est beaucoup plus positive. Faire rêver aussi. Et puis dans la mode, on est à la pointe », souligne Cécile Ndiaye.

Dans le centre de Dakar, Faiez Ftouni vend les sacs de Wudé Studio ainsi que des marques de créateurs sénégalais et africains. Depuis 2017, il a vu le secteur exploser. « On a fait des événements, des afterworks pour faire présenter de nouveaux jeunes créateurs. En fait, on a commencé avec quatre, on est peut-être à 80 », estime Faiez Ftouni.

Sa clientèle reste principalement étrangère, africaine et européenne. Le haut de gamme est encore un luxe au Sénégal, où le salaire moyen dépasse à peine 120 euros.

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